Bordeaux : « Multiplier les petites touches pour se doter d’une charpente verte »

INTERVIEW L’adjoint à la nature au maire de Bordeaux, Didier Jeanjean, fait le point pour « 20 Minutes » sur l’avancée des projets en matière de végétalisation de la nouvelle majorité verte

Mickaël Bosredon

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Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (à gauche), avec son adjoint à la nature Didier Jeanjean
Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (à gauche), avec son adjoint à la nature Didier Jeanjean — UGO AMEZ/SIPA
  • L’élu annonce que la plantation de la première microforêt urbaine de la ville débutera début mars.
  • Il explique que la stratégie de la ville n’est pas de réaliser des coups spectaculaires, mais d’avancer par petites touches.
  • Si les résultats ne se voient pas pour l’instant, il assure que ce sera le cas dans six ans.

Héritage de la mandature d'Alain Juppé, la place Gambetta rénovée rouvre au public ce vendredi, après plus de deux ans de travaux. La nouvelle majorité verte ne goûte guère cet aménagement, qu’elle juge avant tout décoratif. 20 Minutes a interrogé l’adjoint à la nature en ville  Didier Jeanjean, pour faire le point sur l’avancée des projets en matière de végétalisation.

Vous dites que vous n’auriez pas aménagé la place Gambetta de cette manière, si vous aviez été aux manettes au moment de la décision, mais à quels endroits de la ville allez-vous donc pouvoir poser votre « patte » ?

Nous allons planter, dès le début du mois mars, 250 m2 de verdure sur un parking, au niveau de la placette Billaudel. On a cassé le bitume et on va planter une végétation qui sera un espace refuge de biodiversité [que la municipalité présente aussi comme une microforêt urbaine]. Ici vous n’aurez pas de grands arbres, ni d’assises en marbre, mais un îlot de fraîcheur et de biodiversité. C’est le contre-exemple de la place Gambetta, et c’est dix fois moins cher au mètre carré. On a identifié une trentaine de places où l’on pourra intervenir de la sorte, pour favoriser la nature et lutter contre le réchauffement. L’idée est de multiplier ainsi plein de petites touches pour se doter d’une charpente verte sur Bordeaux.

La placette Billaudel à Bordeaux, où sera plantée une microforêt urbaine
La placette Billaudel à Bordeaux, où sera plantée une microforêt urbaine - Google street View

Vous parlez de « petites touches », on vous reproche parfois de ne pas avoir, justement, de grand projet de végétalisation qui pourrait marquer votre mandature, et certains disent : « tout ça pour ça »… Vous, vous dites qu’il ne se passe pas rien ?

Effectivement notre stratégie est de replanter de la nature, plutôt que des arbres immenses. Au contraire, on plante petit pour que les arbres ne meurent pas au bout de dix ans. Aux allées de Boutaut, le long du tram, les arbres sont en train de mourir car cela a été mal conçu. C’était joli, mais ce n’était pas naturel. On n’est pas dans une logique décorative. Mais cela dit, on en est déjà à 1.000 arbres plantés depuis notre arrivée en juin dernier, jusqu’alors, la ville ne plantait en moyenne que 300 à 500 arbres par an. Cela ne se voit pas maintenant, mais dans six ans cela se verra. Nous allons aussi créer un corridor vert qui partira du fleuve pour aller jusqu’à la Jallère au nord de Bordeaux, que l’on pourra emprunter à pied. Je précise également que les saisons de plantation commencent en novembre/décembre, et qu’il nous a bien fallu attendre avant de commencer à planter…

Et sur les zones d’aménagement que vous vouliez verdir, comme Brazza ou Bastide-Niel, vous avancez ?

La situation sur Brazza est à pleurer… On peut tout à fait imaginer ce que cela va être dans quelques années, quand tous les immeubles seront construits. Mais j’ai quand même réussi à sauver deux hectares de friche naturelle, avec des arbres, qui devaient être remplacés par des immeubles. Et on ne va rien y faire, car il faut protéger la végétation qui s’y développe. Sur Bastide-Niel on a doublé l’espace de pleine terre, en diminuant les allées, en élargissant un jardin… On réanalyse tous les projets, mais il y a des choses qui sont signées, on ne peut pas faire ce que l’on veut. Pareil sur le projet de Rue Bordelaise, ce ne sera jamais notre modèle d’urbanisme, mais malgré tous les coups qui étaient partis on a gagné de l’espace vert.

Et sur le projet de la place Pey-Berland, où les travaux ont démarré, votre marge de manœuvre est également réduite ?

Nous avons des contraintes énormes. Il y a les normes de sécurité incendie à cause de la cathédrale, et elles sont immenses, on a les cafetiers qui travaillent sur la place et il faut respecter le commerce, on a les designers de la place qui ont un droit artistique, l’architecte des Bâtiments de France qui tient à ce que les perspectives soient respectées… Nous sommes beaucoup plus contraints que sur la placette Billaudel, mais pour autant nous avons réussi à exploiter le moindre centimètre carré pour y mettre une vingtaine d’arbres. On a choisi des essences d’arbres très feuillues, et qui peuvent résister au milieu aride de la place.