Bordeaux : « Progrès spectaculaire » ou « d’un autre siècle », la place Gambetta rénovée n’a pas fini de faire parler

URBANISME Après plus de deux ans de travaux, la place Gambetta de Bordeaux, dont la rénovation avait été décidée sous l’ère Juppé, va être livrée ce vendredi

Mickaël Bosredon

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La nouvelle place Gambetta, à Bordeaux, réouvrira vendredi 19 février
La nouvelle place Gambetta, à Bordeaux, réouvrira vendredi 19 février — Patrick Bosc
  • La réalisation obtient un satisfecit complet de la part de l’association Esprit Gambetta, qui regroupe des riverains et des commerçants.
  • La nouvelle majorité verte qui a hérité du projet sans pouvoir l’amender, ou très peu, est en revanche beaucoup plus critique.
  • L’adjoint à la nature Didier Jeanjean évoque un objet « décoratif d’un autre siècle. »

Les barrières qui ceinturent actuellement la place rénovée, après plus de deux ans de travaux, devraient être retirées ce vendredi. Le public pourra à nouveau profiter de Gambetta, qui a été jadis un joyau dans le centre de Bordeaux, mais qui avait au fil des ans été délaissée… « Gambetta a été la grande oubliée des travaux d’embellissement de Bordeaux par Alain Juppé, résume Patrick Bosc, président de l’association L’Esprit Gambetta. Depuis 2011, les riverains, les commerçants, ont essayé de faire bouger les pouvoirs publics, et enfin on arrive au terme de ce chantier ! »

Et pour Patrick Bosc, le verdict est sans appel : l’aménagement réalisé par le cabinet d’architectes West 8 et la paysagiste bordelaise Sabine Haristoy est un succès sur toute la ligne. « La plus grande réussite du projet est la piétonnisation des côtés est et sud, où se trouve l’ex-magasin Virgin, analyse-t-il. On a cassé cet effet rond-point, c’est vraiment un progrès spectaculaire, car avant la place n’était qu’un grand carrefour routier impraticable. Ensuite, nous avons des trottoirs élargis qui éloignent les voitures et les bus des façades, ce qui était catastrophique pour les habitants, les usagers et les commerçants. Enfin, il y a une mise en valeur du patrimoine, grâce notamment à la mise en lumière des façades la nuit, tout en gardant une place paysagère, puisque l’on est passé de 38 arbres à 71. »

Quand Pierre Hurmic s’enchaînait aux marronniers de la place

Ah les arbres… Le sujet avait généré une vive polémique durant les travaux, puisque des manifestants, dont l’écologiste Pierre Hurmic qui n’était pas encore le maire de Bordeaux, s’étaient enchaînés en octobre 2018 aux 17 marronniers promis à l’abattage. Et malgré la contestation, ils avaient bel et bien été retirés.

La nouvelle majorité verte reste d’ailleurs très critique à propos de ce réaménagement décidé sous l’ère Juppé, et qu’elle va devoir réceptionner. Contacté par 20 Minutes, l’adjoint au maire chargé de la nature en ville et des quartiers apaisés, Didier Jeanjean, tente d’adoucir la situation, mais a du mal à cacher sa déception. « Nous sommes très heureux que cette place soit enfin livrée, mais il a tout de même fallu que l’on mette en place en dernière minute des aménagements cyclables qui ne figuraient pas dans le projet initial, même si ce ne sera pas parfait. »

« On est dans une pensée décorative de la ville »

Quant au concept même du projet, l’élu écologiste considère tout simplement qu’il s’agit « d’une place qui est à l’image des aménagements de la dernière décennie, elle n’est pas digne du XXIe siècle. » Pour Didier Jeanjean, « on est dans une pensée décorative de la ville, il suffit de regarder le jardin qui a une fonction ornementale datant d’un autre siècle. A aucun moment on a cherché à travailler le développement de la biodiversité. On a fait quelque chose de beau, de rutilant, et on ne s’y retrouve pas trop, même si je ne peux que saluer la qualité du travail réalisé. »

L’adjoint déplore aussi la disparition du ruisselet qui traversait naguère la place. « Aujourd’hui, c’est une fontaine aseptisée. Il n’y aura aucun oiseau, papillon, insecte, qui viendra y boire. Or, c’est ce qu’il faut ramener en centre-ville pour contribuer au développement de la biodiversité. »

La fontaine de la nouvelle place Gambetta à Bordeaux
La fontaine de la nouvelle place Gambetta à Bordeaux - Agence West 8

Un grand magasin pour l’ex-Virgin ?

Reste, enfin, la question du coût. Quelque 9,7 millions d’euros, financés à hauteur de 4,1 millions par la ville, et de 5,6 millions par la métropole. « C’est énorme, s’étouffe Didier Jeanjean, avec cette somme on aurait pu faire quelque chose de plus sobre sur la place, avec des bancs beaucoup moins coûteux par exemple, et en profiter pour irriguer les rues attenantes, en végétalisant des façades ainsi que la rue Bouffard. C’est comme cela que l’on recrée des trames vertes. »

A l’époque, la majorité d’Alain Juppé soulignait que ce projet était « un très bon compromis » permettant « d’apaiser la circulation et de rendre attractive la place. » L'ancien maire avait par ailleurs insisté pour « préserver l’esprit de jardin square du XIXe siècle. » Patrick Bosc ne voit pas quant à lui, « comment on aurait pu faire mieux, même si l’idéal eut été une place complètement piétonne, mais Gambetta reste un lieu de passage incontournable. »

La prochaine grande étape pour la place sera le devenir de l’ex-magasin Virgin. Fermé en 2013, le grand magasin s’étend sur quatre étages. Propriété de l’homme d’affaires Michel Ohayon, il devait dans un premier temps accueillir un hôtel de luxe. Aux dernières nouvelles, il pourrait plus sûrement redevenir un grand magasin, avec un espace de restauration.