Coronavirus à Pau : Pour lutter contre l'isolement des étudiants, des familles paloises les invitent à manger

SOLIDARITE Pour aider les étudiants qui se retrouvent isolés avec la crise sanitaire, une association organise des repas partagés au sein de familles paloises

Elsa Provenzano

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Soixante familles paloises sont volontaires pour accueillir des étudiants le temps d'un repas.
Soixante familles paloises sont volontaires pour accueillir des étudiants le temps d'un repas. — Association La navette Pau
  • L’asso La navette étudiante et la ville de Pau ont lancé des repas partagés début février au profit des étudiants, d’autant plus esseulés en période de crise sanitaire.
  • Des familles paloises volontaires accueillent le temps d’un repas un ou deux étudiants soucieux de renouer avec un peu de vie sociale.
  • Des déclinaisons de balades partagées sont envisagées pour le retour des beaux jours.

« On a passé un très bon moment et cela a été réciproque, raconte Patricia qui a accueilli Yacine, étudiant en école d’ingénieurs, à l’heure du déjeuner dimanche. On a senti que cela lui faisait du bien d’être dans un cocon familial et de sortir de sa chambre étudiante ». Yacine confirme qu’il a passé « un moment super sympa et convivial » et a déjà accepté une invitation pour le week-end prochain. S’ils se sont rencontrés, c’est grâce à l’initiative « repas partagés » lancée par l’association La navette étudiante, avec le soutien de la ville de Pau.

Une soixantaine de familles paloises sont volontaires et une vingtaine d’étudiants se sont déjà montrés intéressés par le dispositif, lancé il y a quelques jours. Environ 13.000 étudiants, dont 1.600 étudiants étrangers, vivent sur l’agglomération paloise.

Une alerte sur la solitude des étudiants

L’isolement des étudiants en cette période de crise sanitaire interpelle la municipalité dès le premier confinement. « Je coordonne un dispositif qui s’appelle le resto du soir et propose un accueil inconditionnel, explique Béatrice Jouhandeaux, adjointe aux solidarités de la ville de Pau. Parmi les 80 personnes que l’on a l’habitude d’accueillir tous les soirs, on a vu arriver des étudiants et en particulier des étudiants étrangers ». L’envie de proposer des repas partagés germe à ce moment-là mais la ville peine alors à la concrétiser.

La crise continuant, la situation des étudiants a été de plus en plus mise en avant et l’idée fait son chemin. C’est l’association La Navette étudiante, connue pour aider les étudiants à se déplacer sur l’agglomération (Christophe Gomez organisait un taxi pour emmener les jeunes en ville le jeudi soir, quand cela était possible), qui va la relancer.

« Les repas ont commencé la semaine dernière, avec deux étudiantes africaines invitées dans une famille de l’agglo paloise, explique Gilles Cabel de l’association La Navette étudiante. Le week-end dernier, quatre repas partagés ont été organisés. A chaque fois, je rappelle les familles et les étudiants et tout s’est bien passé, ils gardent même souvent contact. »

« Cela fait cinq mois qu’ils n’ont pas pu nouer de contact »

Parmi les étudiants volontaires pour partager le repas d’une famille inconnue, des étudiants étrangers éloignés de leurs familles et beaucoup d’étudiants de première année qui n’ont pas eu le temps de faire des rencontres. « Cela leur fait un bien fou de sortir et de voir de nouvelles personnes. Arrivés en septembre pour la plupart, cela fait cinq mois qu’ils n’ont pas pu nouer de contact et en plus les cours sont en visio… », commente Gilles Cabel.

« Les familles nous disent merci d’avoir lancé ce dispositif car elles ne savaient pas comment aider les étudiants », pointe Corinne Letuppe, coordonnatrice du plan antisolitude à la ville de Pau. Certaines ont même proposé d’offrir des paniers repas ou même des week-ends, quand elles ne peuvent pas recevoir d’étudiants chez eux.

L’asso aussi à d’autres idées : « On aimerait décliner le dispositif en balades partagées pour que les familles sortent les étudiants sur la côte basco-landaise ou dans les Pyrénées, il y a des choses à faire sur le retour des beaux jours. » « Le virus nous pollue la vie mais il est aussi déclencheur d’initiatives », conclut Corinne Letuppe. Et certaines d’entre elles pourraient être pérennisées hors période de Covid.