Bordeaux : Six personnes qui exploitaient des mineurs non accompagnés condamnés lors d’un procès emblématique

JUSTICE Les mineurs drogués aux psychotropes étaient obligés de voler contre un toit et un peu d’argent

20 Minutes avec AFP
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Le tribunal de Bordeaux, en février 2020.
Le tribunal de Bordeaux, en février 2020. —
  • Six personnes ont été condamnées à des peines allant de quatre mois à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs et recel « en bande organisée ».
  • Les receleurs se servaient de mineurs non accompagnés (MNA) qu’ils droguaient pour commettre des vols sur l’agglomération bordelaise.
  • En 2020, 700 faits concernant les MNA ont été recensés sur la métropole.

C’est un procès emblématique qui s’est terminé mardi soir à Bordeaux, impliquant des MNA (mineurs non accompagnés) dont la présence grandissante inquiète les autorités de l'agglomération. Les mineurs drogués aux psychotropes étaient obligés de voler contre un toit et un peu d’argent : six personnes viennent d’être condamnées par le tribunal correctionnel à des peines de quatre mois à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs et recel « en bande organisée » de médicaments, bijoux, téléphones portables et vélos volés par de jeunes mineurs isolés, pour des faits commis entre janvier 2017 et février 2020.

Des médicaments favorisant « un passage à l’acte violent »

En janvier 2020, des écoutes téléphoniques permettent d’identifier un trafic de psychotropes entre Aziz L. et une ancienne commerçante du marché des Capucins à Bordeaux, surnommée la « dame aux médicaments ». Aziz L., 37 ans, est déjà connu des services de police. Il est soupçonné d’être la « tête de réseau » d’un recel d’objets volés sur l’agglomération bordelaise par des MNA, par la suite revendus en Algérie en passant par Marseille.

L’enquête a permis d’établir que le trafiquant se fournissait en psychotropes auprès de la « dame aux médicaments » et de son mari, aujourd’hui retraité. Le couple, « acculé par les dettes » selon son avocate, revendait à Aziz L. pour quelques centaines d’euros par mois du Rivotril et du Lyrica, volés par le mari, responsable logistique d’un grossiste en médicaments de la région, directement sur son lieu de travail.

Ces médicaments, deux antiépileptiques dont le risque de dépendance est « très élevé », procurent un « sentiment de toute puissance » et favorisent « le passage à l’acte violent », a indiqué le procureur de la République, Guillaume Puygrenier lors du procès.

Via Facebook et la mise sur écoute, les enquêteurs identifient trois autres complices, dont le frère aîné de l’homme à la tête du réseau, soupçonnés d’avoir servi d'« intermédiaires » et de « rabatteurs » entre les MNA et Aziz L.

« Exploiter la misère humaine »

A l’issue d’un mois et demi d’écoutes téléphoniques, cinq hommes et une femme, âgés de 21 à 60 ans, sont interpellés en février 2020. Quelques bijoux et des enveloppes d’un montant global d’une dizaine de milliers d’euros ont été retrouvés.

Ce dossier est « emblématique de la problématique locale de l’augmentation des faits de vols multiples avec violence sur la ville », a souligné le représentant du ministère public en requérant des peines allant jusqu’à sept ans de prison, après avoir accusé le réseau « d’exploiter la misère humaine ».

« Les MNA sous l’effet de ces psychotropes sont en réalité des jeunes majeurs ingérables », a-t-il précisé, pointant du doigt les « problèmes de santé et d’ordre public » récurrents commis sur l’agglomération bordelaise.

Dans sa plaidoirie, l’avocat d’Aziz L. a dénoncé une « peine symbolique pour faire de l’effet », une « enquête bâclée » et la « faiblesse juridique » du dossier. A l’issue d’une audience de douze heures, Aziz L. a été condamné à cinq ans de prison ferme avec maintien en détention. Les cinq autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de quatre mois à trois ans de prison, sans mandat de dépôt.

Fin janvier, à l’occasion du bilan de la sécurité 2020, le patron des policiers de Gironde Patrick Mairesse avait indiqué que de 80 à 150 MNA « tournent » à Bordeaux. « Ils commettent les cambriolages, les agressions dans l’hypercentre de Bordeaux et le secteur de Bègles » au sud, même s’ils « commencent à aller un peu plus loin dans l’agglomération voire d’autres départements », avait-il dit.

700 faits concernant les MNA ont été recensés en 2020. Un groupe MNA de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) a été créé en septembre 2019 pour lutter contre ce facteur de troubles à l’ordre public.