Bordeaux : Pour la majorité écolo, les investissements très lourds des années Juppé vont peser sur l’avenir

L'HEURE DES COMPTES Les conclusions d’un audit financier sur les comptes de la ville ont été présentées ce lundi par la majorité écologiste de la ville de Bordeaux

Elsa Provenzano

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Illustration du stade Matmut Atlantique.
Illustration du stade Matmut Atlantique. — Philippe Caumes
  • La majorité écologiste de Bordeaux a présenté ce lundi un audit sur la situation financière de la ville, réalisé par un cabinet indépendant.
  • Si la santé financière est bonne à première vue, elle fustige les investissements lourds réalisés pendant la mandature précédente et qui vont amputer ses marges de manœuvre pour l’avenir.
  • Elle veut maintenir le même niveau d’investissement que les années précédentes mais va devoir établir des priorités.

Le Stade Matmut, la Cité du Vin ou encore la Cité municipale vont continuer de coûter cher aux Bordelais si on en croit la majorité écologiste bordelaise, qui s’appuie sur un audit financier réalisé par le cabinet indépendant Klopfer. Elle a présenté ce lundi les conclusions de ce rapport, mis en ligne sur le site de la ville.

20 Minutes fait le point sur les grandes lignes qui ressortent de cet audit qui doit permettre à l’actuelle majorité de tirer des « enseignements prospectifs sur ses marges de manœuvre ».

De grands projets onéreux

Opposant, il avait dénoncé le projet de construction du Grand Stade et à la lumière de ce rapport, Pierre Hurmic n’est pas près de changer d’avis. Au début du précédent mandat (2014-2020), le niveau d’investissement de la ville est très élevé, notamment à cause du projet du Grand Stade et de la cité municipale. « L’emprunt n’a pas suffi, il a fallu faire des cessions pour 183 millions d’euros, explique Claudine Bichet, première adjointe au maire. Et derrière ces cessions il y a la vente des bijoux de famille, avec la vente de Régaz, pour 105 millions d’euros et la vente de fonciers notamment à Brazza pour un total de 45 millions d’euros. »

Et si les indicateurs d’évaluation des comptes de la ville restent au vert, et donne une impression de bonne santé financière, c’est au prix du transfert d’une partie de cette dette vers la Métropole. « Celui du stade a permis de baisser la dette de 120 millions d’euros », précise la première adjointe. Mais en contrepartie, la ville doit verser chaque année 2,4 millions d’euros à la Métropole pour une durée indéterminée… Un sacré boulet à traîner au moment de boucler un budget resserré par une crise sanitaire qui a déjà coûté 20 millions d’euros à la ville en 2020. 2,4 millions, c’est le coût d’une crèche de 60 places ou la rénovation énergétique pour une grande école, pointe la majorité écologiste.

« Des marges de manœuvre amputées »

« Nos marges de manœuvre sont contraintes et amputées par ces choix d’investissement en PPP, explique la première adjointe. En plus des 2,4 millions d’euros liés au stade, il y a aussi 3,5 millions d’euros à verser pour la Cité municipale jusqu’à la fin du contrat. »

Si les ratios (taux d’épargne brute et capacité de désendettement) sont en apparence bons, « ils masquent aussi une dette grise au sens où ce n’est pas une dette financièrement tangible mais on en hérite car le patrimoine municipal a été délaissé », pointe Claudine Bichet. Le coût de la remise en état des équipements les plus prioritaires est évalué à 220 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 200 millions pour des dépenses liés à l’entretien et au renouvellement courant. La capacité d’investissement de 550 millions d’euros se retrouve donc « très amputée par ce poids hérité du passé », pointe-t-elle.

Des choix à faire…

La majorité pourra-t-elle tenir toutes ses promesses de campagne ? Elle annonce déjà qu’il faudra établir des priorités tout en gardant le même niveau d’investissement que ces dernières années, pour participer à l’effort de relance dans un contexte de crise. Elle promet de ne pas augmenter la pression fiscale et de faire le maximum pour « faire mieux avec moins. »

« On sera obligés de faire des choix, on ne pourra pas remettre en état le patrimoine existant et construire tous les nouveaux équipements qui s’imposent dans les nouveaux quartiers, l’équation ne tient pas, estime la première adjointe. Ce sera des choix sur la base des critères d’urgence climatique et des besoins des Bordelais ».

« Je ne savais pas que la situation était détériorée à ce point-là » lâche Pierre Hurmic, qui promet en tout cas que l’ère des « grands projets dispendieux » et des partenariats publics-privés (PPP) est bien terminée.