Gironde : « C’est la plus grosse crue depuis 1981 », s’inquiète le maire de La Réole

REPORTAGE A La Réole, ville du Sud-Gironde, les habitants des quais et de la plaine, totalement inondés, sont évacués

Elsa Provenzano

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Une ville du Sud-Gironde sous les eaux — 20 Minutes
  • Ce mercredi, la Garonne a atteint un pic de hauteur à 9,10 m à La Réole laissant présager que cette crue serait la plus importante depuis 1981.
  • Le maire et les pompiers organisent la mise à l’abri des personnes sinistrées les plus fragiles.
  • Le maire estime qu’il va falloir apprendre à vivre avec ce risque inondation, qui existe depuis des siècles sur sa commune.

L’imposant véhicule de pompiers est parmi les seuls à pouvoir encore circuler ce mercredi à la Réole, dans la plaine inondée où la hauteur n’est pas encore celle atteinte sur les quais de cette petite ville du Sud-Gironde, en milieu de journée. La Garonne est sortie de son lit depuis quelques jours​ et le pic est attendu avec angoisse ce mercredi en fin de journée. Laura, 25 ans, chargée de valises, et le maire de la Réole Bruno Marty (PS), qui porte précautionneusement le petit garçon de 3 mois de son administrée, descendent ensemble du camion.

« L’eau est montée de plus en plus depuis 8h30, explique Laura, qui a quitté la maison de ses parents avec son fils. Elle est à 9,10 m et atteint la terrasse, on sait qu’à 9,30 m elle est dans la maison. J’ai eu un peu peur car c’est un peu plus difficile d’évacuer avec un bébé donc je préfère partir maintenant ». La jeune femme va trouver refuge chez sa marraine qui habite un peu plus haut, à l’abri de la crue, à La Réole.

Des dizaines de personnes évacuées

« Depuis 1981, ce sera la plus grosse crue, on est à 9,10 m et cela continue de monter, rapporte le maire. Et pour nous, qu’on soit à 9,20 m ou 10,60 m, c’est le même scénario car la vallée commence à être inondée. » Il apprend qu’une digue en périphérie de La Réole vient de céder et organise immédiatement avec les pompiers son départ sur le secteur pour y évacuer des habitants. Certains choisissent de rester dans leurs habitations s’ils ont un étage, d’autres sont relogés dans des chambres d’hôtes situées sur la commune.

L’édile ne quitte plus ses bottes ces derniers jours. Sa priorité : évacuer les personnes fragiles mais il rencontre parfois des difficultés à convaincre les plus âgés, habitués aux crues et peu enclins à quitter leurs logements. Des dizaines d’habitants ont été néanmoins évacuées ces derniers jours. L’élu veut éviter les suraccidents en veillant à ce que ses administrés « ne prennent pas trop de risques ». Cet après-midi, il a prévu de ravitailler en courses les personnes qui sont restées chez elles, en empruntant un bateau.

Un risque à apprivoiser

« La Garonne monte encore de trois à quatre centimètres par heure, alors qu’elle ne progressait que d’un à deux centimètres la nuit dernière », s'inquiète Bruno Marty. Il espère néanmoins une décrue la plus rapide possible. Les routes sont coupées les unes après les autres et seule une départementale restait ouverte ce mercredi, en milieu de journée. Depuis huit ans qu’il vit sur la commune, Kévin Meglinky, 30 ans, n’a jamais vu le fleuve s’étendre autant sur les terres et il n’en croit pas ses yeux. « Tout est pris c’est impressionnant, constate le jeune homme qui vit sur les hauteurs. Les enfants vont être bloqués, sans école, pour le reste de la semaine ».

Aujourd’hui, le maire estime qu’environ 400 personnes sont concernées par le risque d’inondation sur sa commune. Un risque inhérent à l’implantation de sa ville et auquel il va falloir s’adapter. « Ces inondations de la Garonne datent du XVIIIe siècle (il y a eu des hauteurs jusqu’à 13 mètres de haut), rappelle le maire. Là au pied du château, on a détourné le fleuve il y a des années, or avant cela l’édifice avait les pieds dans l’eau. Alors voilà, la Garonne retrouve son lit. » Muni d’un plan local d’urbanisme très restrictif sur le plan des nouvelles constructions, il dit pour le reste vouloir s’inspirer de la « résilience » des plus anciens de la ville, qui semblent aussi les moins affolés.

Cécile, qui a connu l’évacuation consécutive à la crue de 1981 a une pensée pour les personnes dont les maisons sont inondées. C’était il y a quarante ans mais cela lui « reste en mémoire » et elle a depuis déménagé sur les hauteurs de la ville.