Gironde : Des urinoirs sans eau installés dans un stade pour transformer l’urine en engrais

ENVIRONNEMENT La start-up Toopi Organics avance dans son projet de récolter de l’urine humaine pour la transformer en engrais agricole

Mickaël Bosredon

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Des urinoirs fixes, pour récupérer l'urine, ont été installés au club de rugby de La Réole
Des urinoirs fixes, pour récupérer l'urine, ont été installés au club de rugby de La Réole — Toopi Organics
  • Après des urinoirs mobiles en milieu scolaire, l’entreprise girondine vient de poser il y a quelques jours ses premiers urinoirs fixes, dans un stade de rugby, à La Réole.
  • Elle a aussi un partenariat avec un groupe de laboratoires d’analyses pour récupérer les échantillons d’urine.
  • Un procédé microbiologique permet ensuite d’enrichir l’urine humaine en micro-organismes d’intérêt agronomique, mais la start-up attend les autorisations de mise sur le marché.

Recycler l’urine humaine, pour la transformer en engrais agricole. C’est le pari que veut relever la start-up girondine Toopi Organics. Deux ans après sa création, elle vient de franchir une nouvelle étape, avec l’installation il y a quelques jours d’urinoirs fixes, au stade de rugby de La Réole, dans le sud-Gironde.

« Nous avions déjà commencé à installer il y a quelques semaines des urinoirs mobiles par trois, au collège Paul Esquinance, au lycée Jean Renou et dans une entreprise, tous les trois à La Réole également, explique Sarah Fondeville, chargée de la communication chez Toopi. Mais là, ce sont des urinoirs fixes, reliés à une cuve de 700 litres, que l’on pourra donc collecter toute l’année. » Relevés tous les six mois, ces quatre sites permettront de récolter 18.000 litres d’urine, et d’économiser 300.000 litres d’eau…

Un partenariat avec des laboratoires d’analyse

Les urinoirs sont fournis par l'entreprise Tipi, basée à Saint-Jean-de-Luz. L’urine est ensuite acheminée dans l’usine de Toopi, située à Loupiac de La Réole, à cinq minutes en voiture. Ouverte depuis juin 2019, cette unité est capable de transformer 750.000 litres d’urine par an. « On y collecte déjà environ 3.000 litres par mois auprès d’environ 45 laboratoires d’analyses du groupe ExaLab, d’après les échantillons d’urine, souligne Sarah Fondeville. Parallèlement, nous avions prévu de travailler en 2020 avec différents festivals de la région, mais avec la crise ces événements n’ont pas eu lieu, alors que ça aurait pu nous donner énormément de volume. »

Il est évidemment impossible de collecter l’urine directement depuis des toilettes classiques, pour des raisons sanitaires. « Même s’il existe des toilettes avec séparation à la source, nous devons installer des urinoirs spécifiques. » Avec pour conséquence que, pour le moment, l’entreprise collecte les urines des hommes uniquement (hormis celles prélevées en laboratoire). « L’urinoir féminin n’est pas encore très répandu, et il a un coût bien plus élevé à l’installation que l’urinoir masculin, justifie Sarah Fondeville, mais nous espérons en avoir prochainement également. » Le financement de ce projet expérimental est actuellement assuré par la start-up, sachant que l’installation de l’urinoir fixe a coûté environ 3.000 euros.

« Un litre d’urine nous rapporte un litre de produit Toopi »

Ensuite, que devient cette urine ? Toopi Organics la transforme, pour en faire un engrais agricole. Mais pour l’heure, elle ne bénéficie pas d’autorisation de mise sur le marché, et doit donc stocker les volumes collectés. Les deux fondateurs de la start-up, le PDG Michael Roes et le directeur scientifique Pierre Huguier (docteur en écotoxicologie du sol), espèrent lever les contraintes réglementaires dans les prochains mois.

Grâce au procédé breveté par ses inventeurs, « un litre d’urine nous rapporte un litre de produit Toopi » assure Sarah Fondeville. Un procédé microbiologique permet d’enrichir l’urine humaine en micro-organismes d’intérêt agronomique. L’urine, qui contient déjà les éléments fertilisants NPK (Azote, Phosphore, Potassium), est dépolluée et convertie en biostimulants. « Les études réalisées par Bordeaux Sciences Agro et la Chambre d’Agriculture de la Gironde ont montré que les produits Toopi sont 30 à 110 % plus efficaces que les engrais minéraux traditionnels, et permet de réduire le besoin en eau des végétaux » assurent les fondateurs de l’entreprise.

Une levée de fonds d’un million d’euros

Grâce à une levée de fonds d’un million d’euros en mars 2020, aux subventions notamment du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, et à plusieurs concours et appels à projets récemment remportés, Toopi Organics a pu se développer ces derniers mois, et compte aujourd’hui 25 salariés.

Et malgré la crise, la start-up poursuit ses projets. Elle espère prochainement pouvoir équiper plusieurs stations-service de ses urinoirs fixes.