Bordeaux : Des battes de base-ball aux armes automatiques, comment le climat s'est tendu dans certains quartiers

SECURITE Lors de son bilan sur la sécurité la préfète de la Gironde et le directeur départemental de la sécurité publique sont revenus sur les rixes interquartiers après le drame qui a coûté la vie à un jeune de 16 ans en tout début d’année

Elsa Provenzano

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Dans le quartier des Aubiers, un jeune de 16 ans a été tué par arme à feu début janvier. (Photo by thibaud MORITZ / AFP)
Dans le quartier des Aubiers, un jeune de 16 ans a été tué par arme à feu début janvier. (Photo by thibaud MORITZ / AFP) — AFP
  • Le bilan de la sécurité sur 2020 a été l’occasion de revenir sur la montée des tensions entre quartiers, sur la métropole bordelaise.
  • Le directeur départemental de la sécurité publique constate que les armes utilisées sont devenues de plus en plus dangereuses ces deux dernières années.
  • Il demande que des caméras de surveillance soient installées aux Aubiers, le quartier où un jeune de 16 ans a été tué le 2 janvier dernier.

Marquée par plusieurs confinements pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, l’année 2020 a globalement été marquée, en Gironde, par une baisse d’une majorité des indicateurs de la délinquance générale. Mais, la violence des affrontements entre certains quartiers de la métropole bordelaise a, elle, tendance à s’accroître ces dernières années. Le point d’orgue a été le décès d’un jeune de 16 ans, qui a fait les frais de rivalités interquartiers dans lesquelles il n’était pas impliqué. Il a été tué par une arme automatique aux Aubiers le 2 janvier dernier.

Une escalade de la violence

Il y a environ deux ans et demi les premières vexations entre les quartiers Chantecrit, Grand Parc et les Aubiers commencent à cause d’un clip de rap. « A partir de là, on a eu à gérer des rixes avec battes de base-ball, bâtons et autres objets de ce type-là, il y a un an et demi environ. Et petit à petit c’est monté en gamme malheureusement », résume Patrick Mairesse, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de la Gironde.

Par la suite, des armes à feu font leur apparition dans ces affrontements mais elles sont de « piètre qualité » et ne font pas encore beaucoup de dégâts. « Et à la fin de l’année on a eu plusieurs jeunes blessés d’un quartier ou de l’autre et un mort en début d’année », pointe le DDSP. Il insiste sur le fait que les interpellations ont eu lieu très vite, dans les 48 heures suivant les faits. Dans ces conditions « on peut dire que la police a fait son travail », pointe-t-il.

Des caméras demandées aux Aubiers

« Les seules vidéos dont on dispose ont été captées du 15e étage par des personnes, explique Patrick Mairesse. C’est intéressant mais on ne voit pas les mêmes choses que si on avait des caméras municipales placées plus bas. » Les deux caméras qui avaient été installées aux Aubiers ont été cassées et le directeur de la sécurité publique souhaiterait qu’elles soient remplacées. « Bordeaux évolue donc il faut évoluer dans notre stratégie : on n’implante pas des caméras aux Aubiers, comme on les implante rue Sainte-Catherine ». L’autre réponse à apporter selon lui est « un travail de proximité dans les quartiers avec une présence policière accrue ».

« La sécurité ce n’est pas l’affaire que de l’Etat, de la police et de la gendarmerie, a complété la préfète Fabienne Buccio. Là où on obtient les meilleurs résultats, c’est quand on fait une action concertée [avec l’Education nationale, les bailleurs, les transports, etc.] »

De son côté le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV), qui s’était exprimé sur le sujet à l’occasion de ses vœux, veut en priorité « accompagner le développement économique et le retour tangible des services publics de proximité. Il faut dépasser le modèle grand ensemble résidentiel sans activité économique qu’illustrent bien les Aubiers. Nous ferons tout pour promouvoir un autre modèle. »