Coronavirus à Bordeaux : La chute du trafic en 2020 entraîne des pertes de recettes colossales pour le réseau TBM

FINANCES En raison de la crise, l’année 2020 s’est soldée par une chute du trafic de 60 % sur le réseau de transports de Bordeaux Métropole, entraînant des pertes financières de l’ordre de 32 millions d’euros

Mickaël Bosredon
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A chaque changement de conducteur sur le réseau de tramway de Bordeaux, la cabine est désinfectée, comme ici aux Quinconces
A chaque changement de conducteur sur le réseau de tramway de Bordeaux, la cabine est désinfectée, comme ici aux Quinconces — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Confinements, couvre-feux… Le trafic s'est effondré en 2020, entraînant des pertes financières de 25 millions concernant les recettes voyageurs, et de 7 millions d'euros pour le versement mobilité.
  • L'Etat ne propose pas de compensation, mais une avance sur recettes remboursable, ce qui permettra de limiter les effets sur l'épargne de la métropole.
  • L’année 2021 ne démarre pas au mieux, avec encore une baisse de trafic de 41 % durant la semaine du 11 au 18 janvier.

Presque 180 millions de voyages en 2019, contre environ 72 millions en 2020. Avec la crise du Covid-19, le trafic s’est effondré de 60 % l’année dernière sur le réseau TBM. Un coup d’arrêt sévère pour un réseau qui avait enregistré une hausse de 30 % entre 2016 et 2020.

La conséquence principale est évidemment financière. « La perte de recettes voyageurs est de 25 millions d’euros pour l’année 2020 » annonce la vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge des transports, Béatrice de François. Perte à laquelle il faut rajouter le déficit du versement mobilité – qui correspond à la contribution des entreprises au secteur du transport – de l’ordre de 7 millions d’euros sur les recettes exécutées. Et l’Etat n’a pas prévu de compensation pour le secteur du transport public urbain (hormis à Ile-de-France Mobilités), mais une avance remboursable, d’un montant de 750 millions d’euros pour l’ensemble des autorités organisatrices en France. « Il s’agit d’un prêt sans intérêt sur dix ans, précise Béatrice de François, pour limiter les effets sur l’épargne métropolitaine. »

« Peur pour nos acquis sociaux et nos conditions de travail »

Cela aura-t-il des répercussions sur les tarifs pour les voyageurs, et sur les investissements ? Il est encore trop tôt pour le dire. « Mais évidemment qu’au regard de cette baisse de recettes, nous serons amenés à être vigilants, pour continuer à proposer une offre performante, mais dans une enveloppe financière contrainte. Nous voterons les tarifs en juillet, nous verrons d’ici là s’il sera décidé une hausse ou pas, explique l’élue. Sur les investissements, il y a actuellement une remise à plat du schéma de déplacement, qui verra le jour d’ici à l’été prochain, avec une réflexion globale sur la pertinence ou pas de prolonger encore des lignes de tramway, et sur la création d’autres moyens de transport. »

Pour les syndicats, cette crise intervient au plus mauvais moment, car le contrat de Délégation de service public (DSP) entre la métropole et Keolis arrive à échéance en 2022, et va faire l’objet d’un nouvel appel d’offres cette année. La rédaction du cahier des charges va d’ailleurs être finalisée et présentée dans les prochains jours. « Il va très certainement falloir abaisser le prix du kilomètre, anticipe Jean-Christophe Colombo, du syndicat CFDT. Dans cette perspective, les salariés sont très souvent la variable d’ajustement, donc on a peur pour nos acquis sociaux et nos conditions de travail. » Mathieu Obry, de la CGT, craint également que « les élus décident de diminuer drastiquement le budget transport, ce qui aurait des répercussions sans précédent sur les salariés de l’entreprise et même sur le service public. »

Offre de transport abaissée dès ce vendredi

« C’est normal que les syndicats soient inquiets, mais il faut qu’ils se rassurent, rétorque Béatrice de François. Notre but est que cette DSP soit profitable à l’usager, et pour qu’elle le soit il faut que les conditions de travail restent intéressantes pour les salariés également. »

Reste, maintenant, à savoir quand le trafic reviendra à la normale, sachant qu’il avait encore baissé de 41 % du 11 au 18 janvier dernier, par rapport à la même période de 2020, annonce Béatrice de François. En raison du couvre-feu, Keolis diminue d’ailleurs encore son offre de transport à partir de 18h30, dès ce vendredi.