Bordeaux : La Cité du Vin « s’est fixée pour mission de changer 100 % » de ses contenus d’ici à 2026

INTERVIEW Malgré la crise qui frappe la Cité du Vin de Bordeaux, comme les autres établissements culturels, son directeur Philippe Massol reste pour le moment optimiste et espère pouvoir dérouler un plan d’investissement de sept millions d’euros d’ici à 2026

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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La Cité du vin à Bordeaux
La Cité du vin à Bordeaux —
  • Plusieurs nouveautés sont déjà programmées dès 2021, mais pour le moment la Cité du Vin ne sait pas encore quand elle pourra rouvrir.
  • Dans les prochaines années, l’établissement souhaite ouvrir ses jardins au public, pour y organiser des concerts et des expos.
  • De nouvelles formes de dégustation accompagneront également les visites.

Tourner la page, après une année 2020 qui a vu la fréquentation s’effondrer de 63 %. La Cité du Vin de Bordeaux a d’ambitieux projets culturels pour cette année 2021, notamment une exposition sur le thème « Boire avec les dieux » prévue au printemps, et un plan d’investissement de sept millions d’euros qu’elle doit dérouler d’ici à 2026 pour renouveler entièrement son parcours permanent. Mais avant de pouvoir mettre en œuvre tout cela, il va falloir rouvrir et relancer une machine qui attirait, avant la crise, 420.000 visiteurs par an. 20 Minutes a interrogé le directeur de l’établissement, Philippe Massol.

Philippe Massol, le directeur général de la Cité du Vin.

Que va devenir le projet culturel que vous avez élaboré pour 2021 ?

On ne fera probablement pas tout, sachant que ce projet a été travaillé en octobre et présenté en décembre dernier… Je tablais sur une fréquentation basse de 280.000 personnes en 2021, contre 420.000 en 2019, mais je ne prévoyais pas de fermeture en 2021. Là, on ne sait même pas quand on va rouvrir. Est-ce que cela veut dire que la Cité du Vin est en danger ? Non. En revanche, si les choses sont amenées à durer trop longtemps, si la vie touristique ne revenait pas comme elle était auparavant parce qu’on enchaînerait pendant des mois, voire des années, des situations chaotiques à cause d’un virus qu’on ne maîtrise pas, il faudrait revoir notre modèle économique. Je ne suis pas pessimiste de nature, donc je ne l’envisage pas comme cela, mais comme on va de surprise en surprise…

Qu’espérez-vous pouvoir présenter en 2021 ?

Fin mars-début avril, nous aurons un nouveau site Internet, car nous allons donner une place très importante à la Cité du Vin en ligne. C’est quelque chose que l’on avait commencé à travailler avant la crise, mais elle a accéléré le projet. Du coup, on est en train de produire des podcasts, on va agglomérer des contenus, on veut essayer d’animer des ateliers en ligne, organiser des visites guidées… A partir de fin juin-début juillet, nous proposerons un nouveau « compagnon de visite », mais on pourra aussi télécharger une appli sur son propre smartphone. Celle-ci permettra notamment de proposer un parcours personnalisé, quelque chose qui était très demandé.

Cinq ans après son ouverture, quelle est l’ambition de la Cité du Vin pour ces prochaines années ?

On s’est fixé pour mission de changer 100 % de nos contenus d’ici à 2026, pour nos dix ans. Nous avons donc un programme sur les six ans, pour changer nos 19 modules, soit en modifiant le contenu, ou en changeant complètement de sujet. Il y aura deux années de changement importantes, 2022 et 2024. En 2022, on s’attaquera à tout l’univers qui explique la façon dont on fait du vin, car nos visiteurs veulent mieux comprendre la fabrication du vin, donc on va probablement en faire un spectacle qui prendra la place de l’animation A Bord. En 2024, nous prévoyons de revoir tout le plateau supérieur, pour créer un univers autour des sens, avec quelque chose de très novateur.

Et les autres années, il ne se passera rien ?

Si, bien sûr. En 2023, nous compléterons la visite avec la possibilité d’effectuer le parcours permanent accompagné d’une dégustation immersive, dans laquelle on pourra déguster plusieurs verres. Nous avons également un projet dans le jardin, car on veut que les Bordelais se l’approprient davantage. On aimerait que cela devienne un lieu de convivialité le soir avec une programmation musicale, on y travaillera avec la ville de Bordeaux, et on aimerait que dès 2022 l’art arrive dans ces jardins avec un projet de prêt d’œuvres, en relation avec la vigne et le vin.

Parallèlement, d’autres projets autour du vin sont en train d’émerger autour de Bordeaux, notamment le projet de plus grand pôle œnotouristique d’Europe, à Libourne. Qu’en pensez-vous ?

Il y a une espèce d’émulation, malgré le contexte, c’est très bien : Sauternes parle d’un projet de Cité du vin, Planète Bordeaux est en train de revoir complètement son concept avec un nouveau projet, et il y a aussi un très gros projet porté à Pauillac. Il manquait des projets importants dans le territoire bordelais. Libourne c’est très ambitieux, mais l’endroit est effectivement extraordinaire, et cela peut devenir une destination à proximité de Saint-Emilion qui accueille déjà environ un million de visiteurs par an. C’est très bien, il faut rêver grand.