Coronavirus à Bordeaux : « Je voyais l’affolement du monde, et moi, j'étais enfermé » se souvient le premier patient Covid d’Europe

EPIDEMIE Le Bordelais Laurent Chu, conseiller commercial dans le monde du vin, revient sur son hospitalisation, le 23 janvier 2020 à Bordeaux, alors qu'il venait d'effectuer un déplacement professionnel à Wuhan en Chine

M.B. avec AFP

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Le premier patient Covid d'Europe, Laurent Chu (à gauche), avec le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien, et le Pr Denis Malvy
Le premier patient Covid d'Europe, Laurent Chu (à gauche), avec le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien, et le Pr Denis Malvy — CHU Bordeaux
  • Laurent Chu, 49 ans, a été hospitalisé le 23 janvier 2020 à Bordeaux, alors qu’il revenait de Wuhan en Chine.
  • Un an plus tard, il revient sur cette aventure, même s’il explique aujourd’hui qu’il n’a « à en tirer ni de la honte, ni de la fierté ».
  • Même s’il n’avait qu’une forme de Covid modérée, il a été placé en isolement pendant 25 jours, ce qui a été « le plus insupportable » selon lui.

C’est, officiellement, le premier patient Covid d’Europe. Le Bordelais d’origine chinoise Laurent Chu, 49 ans, conseiller commercial dans le monde du vin, a été hospitalisé le 23 janvier 2020 au CHU de Bordeaux, alors qu’il revenait de Wuhan, foyer de l’épidémie en Chine, dans le cadre de son travail. Son Covid était officiellement déclaré le lendemain, le 24 janvier.

Un an après, il raconte comment il « tremblait », depuis sa chambre d’isolement, en voyant « l’affolement du monde ». « Je n’ai infecté personne, insiste-t-il. J’ai été le premier malade oui, mais je n’ai infecté personne », déclare-t-ildans un entretien au quotidien Sud Ouest de vendredi. « J’ai embrassé ma mère, mon frère. Nous avons partagé des repas ensemble, ils n’étaient pas inquiets, d’ailleurs ni les uns ni les autres n’ont contracté le virus », souligne-t-il.

Tout a été désinfecté après son passage

Il présume, « après avoir réfléchi et discuté avec les infectiologues sur (son) itinéraire », qu’il a attrapé le virus en gare de Wuhan. « J’avais pris le train, et la gare se trouve à côté du fameux marché où le virus a été détecté la première fois ».

A son retour en Gironde, dès qu’il a senti monter la fièvre et commencé à tousser, même si cela semblait un « gros rhume », il a « pensé à ce virus ». Et il a « fait sa valise », avant d’aller consulter SOS Médecins. Tout a été désinfecté après son passage, les autres patients tracés et placés en quarantaine, mais aussi « ceux qui étaient avec moi dans l’avion, tous ceux qui m’ont approché ».

« Le plus difficile, le plus insupportable a été cet emprisonnement »

Transféré au CHU de Bordeaux, dans le service des maladies infectieuses de l’infectiologue Denis Malvy, Laurent Chu s’est retrouvé 25 jours en chambre d’isolement, en réanimation, une fois le Covid confirmé. « On ne connaissait pas la maladie à ce moment-là, explique le Pr Denis Malvy à 20 Minutes, on n’avait pas d’information sur le niveau de contagiosité, donc on traitait les tout premiers patients dans des chambres à pression négative. C’est pour cela qu’on l’a placé en réa, avec un maximum de précautions, puisqu’on s’habillait comme s’il s’agissait d’un Ebola, alors que dès le mois de février ce type de patient était pris en charge en ambulatoire… »

« Ils ne savaient pas comment me soigner », se souvient le « patient zéro ». Paracétamol pour faire tomber la fièvre, mais aussi antibiotiques, Remdesivir. « Je savais qu’ils expérimentaient des traitements, mais je n’avais pas peur (…). j’ai subi des examens répétés, réguliers, j’étais scanné, observé… » Mais, « le plus difficile, le plus insupportable a été cet emprisonnement, assure Laurent Chu. Tous ces jours, sans voir dehors. La toux, la fièvre d’accord, c’était dur. Je regardais les infos, ça me faisait trembler. Je voyais l’affolement du monde, et moi, enfermé ».

« Etre le premier Européen touché par ce virus, est indépendant de ma volonté »

S’il dit aujourd’hui aller bien, lui qui n’avait « jamais été malade jusque-là », il avoue ne pas « être à l’intérieur de tous (ses) organes pour connaître les séquelles ». Mais est ravi de « servir à quelque chose », via un accord avec l’Inserm pour six mois de suivi de ses données médicales.

« Ce qui m’est arrivé, être le premier Européen touché par ce virus, est indépendant de ma volonté. Je n’ai à en tirer ni de la honte, ni de la fierté… Je ne suis pas un champion de ski ! », plaisante-t-il. Ajoutant tout de même qu’après avoir expérimenté des traitements, il aurait bien aimé « expérimenter le vaccin le premier ».