Bordeaux : Le virage vert de la Ville en matière d’urbanisme visible dès 2021 ?

POLITIQUE Lors de ses vœux à la presse ce jeudi, le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV) a souligné les efforts engagés en matière d’urbanisme pour lutter contre le réchauffement climatique et l’artificialisation des sols

Elsa Provenzano

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Le projet Bastide-Niel selon les plans d'origine.
Le projet Bastide-Niel selon les plans d'origine. — Ville de Bordeaux
  • Le maire de Bordeaux a fait part de sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique dès 2021 à l’échelle de la ville, avec tout un panel de mesures.
  • Elles vont de la plantation de mini-forêts urbaines à l’amendement de projets déjà lancés pour y ajouter des espaces arborés ou changer les matériaux utilisés.
  • Certains dossiers comme la Rue Bordelaise sont plus sensibles car l’abandon du projet de rue commerçante expose les collectivités à des pénalités financières.

Végétaliser une ville aux dominantes minérales, c’est une des promesses de campagne de Pierre Hurmic (EELV). S’il est impossible de l’honorer en un claquement de doigt, le maire écologiste a promis des poussées vertes dès 2021, à l’occasion de ses vœux à la presse ce mercredi.

Il y aura du très visible, comme la plantation de 18 arbres sur la place de l’hôtel de ville à l’automne 2021, l’installation de 100 arbres fruitiers ou encore d’une ferme urbaine au Grand Parc mais aussi un travail de fond avec une révision du plan local d’urbanisme qui doit faire la part belle à la nature, au cours du premier semestre. Le maire qui considère qu’en matière d’urbanisme la concertation des habitants est souvent « confisquée par des experts » prévoit l’installation de groupes de travail dans les quartiers.

Six mini-forêts en ville

« Planter dans les parcs, nous allons certes continuer à le faire mais c’est ce qu’il y a de plus facile, pointe Pierre Hurmic. Ce qui est plus compliqué, c’est de planter en ville là où il y a des îlots de chaleur, pour que chaque habitant soit à moins de dix minutes à pied d’un espace végétalisé, c’est un de nos engagements ». La municipalité s’y attelle avec la livraison annoncée dès 2021 de six microforêts urbaines plantées.

Les premières plantations auront lieu dès février, en commençant par la placette Billaudel, qui accueillait auparavant du stationnement. Quelque 600 plants vont remplacer le bitume sur 250 m2, dans le but de produire une mini-forêt autonome, qui n’aura pas besoin d’apports extérieurs.

De grands projets futurs verdis

De grandes opérations sont en train de sortir de terre, notamment sur la rive droite bordelaise, après l’obtention de permis de construire sur lesquels la nouvelle majorité ne peut pas revenir. En revanche, elle cherche à les amender pour qu’elles correspondent davantage à ses objectifs écologiques. « Après des discussions avec les opérateurs et l’architecte-urbaniste Winy Maas, pour le projet Bastide Niel, on a réussi à multiplier par cinq les espaces de pleine terre, se félicite Pierre Hurmic. Un très gros travail de déminéralisation a été mené pour remplacer toutes les rues en béton armé coulé et limiter les îlots de chaleur potentiels. »

Concernant le programme Brazza, la majorité pointe, après discussion avec le promoteur, la préservation d’une parcelle boisée de presque deux hectares, l’obtention d’un espace de permaculture animé par une association et pour la construction, l’assurance que le bois sera préféré au béton.

Vers un label bordelais

« Depuis septembre 2020 on a retravaillé des projets immobiliers (sur la ville existante) avec l’exigence de répondre à notre objectif de zéro artificialisation des sols et obtenu, sept projets démonstrateurs représentant 900 logements. Nous arrivons à désimperméabiliser en moyenne avec ces projets 37 % des parcelles », souligne l’élu. Ce travail sur le logement diffus concerne de plus petites opérations et doit être mené avec les promoteurs et les bailleurs sociaux. A en croire Pierre Hurmic, ils sont très réceptifs à cette nouvelle façon de faire. « Sur un permis de construire déjà autorisé, un promoteur a renoncé à son permis, relève-t-il par exemple. Il a enlevé du bâti pour conserver un cœur d’îlot bénéficiant à tous les riverains ».

Le label « bâtiment frugal bordelais », lancé dès 2021 devrait incarner cette stratégie. Pour en bénéficier, un promoteur qui achètera une parcelle constructible devra par exemple faire une présentation publique de ses intentions en mairie et dans le quartier.

L’épine de la Rue Bordelaise

Ce projet colossal évalué à 500 millions d’euros d’une grande rue commerciale entre la gare et les quais, le maire écologiste et président d’Euratlantique n’en veut pas. Problème : son renoncement pur et simple supposerait une pénalité de presque 100 millions d’euros qui est inenvisageable… « Mon rôle est de voir quelle est la porte de sortie, commente sobrement le maire. On a un conseil administration le 20 janvier sur une nouvelle stratégie d’Euratlantique vis-à-vis de ce projet. » Il ne souhaite pas en dire davantage à ce stade mais compte bien faire tout ce qu’il est possible pour amender le plus possible un projet dont même le nom lui déplaît.