Bordeaux : Face à la flambée des violences urbaines, des maires de la métropole veulent changer de braquet

INSECURITE A Bègles ou Pessac, les maires ont été traumatisés par les violences urbaines le soir du 31 décembre, et annoncent une série de mesures pour renforcer la lutte contre la délinquance

Mickaël Bosredon et Elsa Provenzano

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Le quartier Saige à Pessac (Gironde)
Le quartier Saige à Pessac (Gironde) — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le maire EELV de Bègles va demander la création d’un comité de prévention de la délinquance à l’échelle de la métropole pour mieux lutter contre ces violences urbaines.
  • Le maire de Pessac annonce de son côté un renforcement de sa police municipale ainsi que de la vidéoprotection dans le quartier Chataigneraie-Arago.
  • Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic assure que Les Aubiers, où un adolescent a été tué au début de l’année, ainsi que d’autres quartiers seront traités en priorité dès 2021.

Les violences urbaines survenues la nuit du 31 décembre, et les jours qui ont suivi, dans l’agglomération bordelaise ont laissé des traces. Et ont fini de convaincre plusieurs maires de la métropole de passer à la vitesse supérieure en matière de lutte contre la délinquance.

Ce jeudi, le maire de Bègles et vice-président de la métropole Clément Rossignol-Puech (EELV), va proposer au bureau de la métropole la création d’un Comité intercommunal de sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD) à l’échelle des 28 communes, « afin de mieux coordonner l’action des forces des polices nationale et municipale, de la justice et des acteurs de la prévention sur les territoires. »

« Un concours de feux d’artifice entre quartiers qui a duré plusieurs nuits »

« La nuit du 31, un cap a été franchi dans l’agglomération bordelaise, estime-t-il, avec des attaques de véhicules de police, un nombre de voitures brûlées jamais atteint jusqu’ici, et ici à Bègles un restaurant qui a été incendié dans le quartier des Terres-Neuves. Il y a eu aussi une utilisation de mortiers pour feux d’artifice, avec un concours de feux d’artifice entre les quartiers qui a duré plusieurs nuits d’affilée. Et bien sûr il y a eu ce drame le 2 janvier à Bordeaux, avec le décès d’un jeune homme aux Aubiers. »

Même analyse du côté de Pessac, où le réveillon a également été agité. « La nuit du 31 décembre a été le paroxysme de ce qui monte depuis des années sur le quartier La Chataigneraie-Arago, nous explique ce jeudi le maire Franck Raynal (LR). Une cinquantaine de jeunes, essentiellement des mineurs, s’en sont pris aux forces de l’ordre, dès le couvre-feu et jusqu’à 2 h du matin. Un véhicule de la police municipale a reçu un cocktail Molotov, et quelques minutes plus tard les policiers ont été la cible de tirs de feux d’artifice. On aurait pu avoir à Pessac un premier mort le soir du 31 décembre. Et tout cela était prémédité, organisé. »

Apporter « de nouvelles réponses à l’évolution de cette délinquance »

Pour Clément Rossignol-Puech, qui avait créé une police municipale à son arrivée en 2018, le CLSPD métropolitain doit permettre d’apporter « de nouvelles réponses à l’évolution de cette délinquance. » « Les délinquants et les criminels sont très mobiles, ils bougent d’un quartier à l’autre de l’agglomération, et les réponses municipales sont insuffisantes. Il y a eu une évolution de l’organisation policière au 1er janvier, il faut donc une mise en cohérence des politiques publiques. »

Franck Raynal a réuni de son côté un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance exceptionnel mercredi soir, en présence de la procureure de la République de Bordeaux Frédérique Porterie. Il a annoncé son intention d’armer sa police municipale, de renforcer ses effectifs dans le quartier de la Chataigneraie où il installera aussi une dizaine de caméras de vidéoprotection, de créer un poste de police municipale qui s’installera dans le centre commercial dont la requalification vient de démarrer. « Nous mettrons également en place dans l’année un centre de supervision urbain qui permettra de surveiller les images des caméras pour coordonner les actions sur le terrain », ajoute-t-il.

« Il faut dépasser le modèle grand ensemble résidentiel sans activité économique »

Les élus conviennent toutefois que la seule réponse répressive ne saurait résoudre la situation dans leurs quartiers. « Le problème de fond dans le quartier des Terres-Neuves à Bègles, est qu’un trafic de drogue s’y est installé, et qu’il y a encore une grande précarité, analyse le maire EELV. On a déjà investi 400 millions d’euros d’argent public et privé dans ce quartier, pour y installer des lieux culturels et de l’emploi, mais il faut continuer d’investir. C’est un quartier en profonde évolution, avec notamment la Cité numérique, récemment livrée. »

Le quartier des Terres-Neuves à Bègles.
Le quartier des Terres-Neuves à Bègles. - M.Bosredon/20Minutes

A Bordeaux, « endeuillée » par la mort d’un adolescent au début de l’année, le maire Pierre Hurmic (EELV) annonce ce jeudi que « Les Aubiers, mais aussi les quartiers de Grand-Parc, Chantecrit, Benauge, Saint Michel doivent être traités en priorité. » Il proposera « au prochain conseil municipal de nommer une nouvelle adjointe, principalement chargée de ces quartiers. » L’enjeu sera « d’accompagner le développement économique et le retour tangible des services publics de proximité. Il faut dépasser le modèle grand ensemble résidentiel sans activité économique qu’illustre bien les Aubiers. Nous ferons tout pour promouvoir un autre modèle. »

Concernant La Chataigneraie-Arago à Pessac, « ce quartier a fait l’objet d’une rénovation urbaine entamée il y a une dizaine d’années, qui architecturalement est une réussite, mais on y a concentré une population familiale et précaire sans prévoir les structures associatives », regrette Franck Raynal, élu maire pour la première fois en 2014. « C’est le quartier le plus jeune de tous les quartiers "Politique de la Ville" de la métropole, ce qui est un facteur d’explication majeur de notre situation, poursuit-il. C’est pourquoi nous allons parallèlement y renforcer la présence de médiateurs, pour encadrer ces jeunes et apaiser la situation. »

Trois tours sur huit seront détruites dans le quartier Saige

Un autre quartier de Pessac, Saige, pose aussi régulièrement problème. « La situation à Saige est différente car la rénovation urbaine est à venir, et nous allons y mener une action radicalement différente que ce qui a été fait à la Châtaigneraie, annonce l’élu. Nous allons dédensifier le logement social pour mieux le répartir dans la ville de Pessac, où il y a déjà 32 % de logements sociaux. Nous allons ainsi détruire trois tours sur huit, et créer une grande esplanade qui reliera l’université au centre-ville de Pessac, ce qui permettra d’ouvrir le quartier. Quatre tours seront entièrement réhabilitées, et conserveront une vocation de logements, et une tour accueillera des bureaux et des logements pour les professionnels. Avant d’entamer ces travaux le défi sera de vider les tours et de reloger les habitants, ce qui prendra selon Domofrance environ dix-huit mois, car il y a quand même 109 logements par tour. »

« La situation est grave, mais pas désespérée » soutient Franck Raynal, qui compte aussi sur la réorganisation de la police nationale pour davantage lutter contre le trafic de stupéfiants, « qui est bien souvent la matrice de la délinquance dans les quartiers. »