Coronavirus à Bordeaux : Lignes menacées, projets d’extension abandonnés… la crise a rendu incertain l’avenir de l’aéroport

CRISE La sénatrice Nathalie Delattre (Modem) a adressé un courrier au gouvernement ce mercredi dans lequel elle s’inquiète pour l’avenir de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac

Elsa Provenzano

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Merignac, 23 avril 2012. - Aeroport de Bordeaux Merignac. - Photo : Sebastien Ortola
Merignac, 23 avril 2012. - Aeroport de Bordeaux Merignac. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA
  • La sénatrice Nathalie Delattre (Modem) s’inquiète de l’avenir de l’aéroport de Bordeaux sur la base d’importantes suppressions de postes chez Air France.
  • La compagnie ajuste au jour le jour ses liaisons et répond qu’elle n’a pas de visibilité sur son programme d’été.
  • L’aéroport de Bordeaux tient à récupérer une liaison Bordeaux-Orly pour faire face à la crise et doit abandonner certains de ces projets immobiliers.

Les conséquences de la crise sanitaire pèsent lourd sur l’aéroport de Bordeaux. Soumis aux mêmes contraintes que les autres, il a en plus du faire face au mois de mars 2020 à la fermeture de la navette Bordeaux Orly et de la ligne Bordeaux-Lille. Et selon Nathalie Delattre (Modem), vice-présidente du Sénat, les fermetures de lignes domestiques de la compagnie Air France pourraient continuer : « La direction de la compagnie prévoit de supprimer 114 postes sur les 176 équivalents temps plein rien qu’à Bordeaux pour le personnel au sol. Après le Bordeaux Orly, c’est le Bordeaux-Nice, et le Bordeaux-Marseille qui sont aujourd’hui menacés. »

Des incertitudes sur plusieurs lignes

« Je ne crois pas qu’elles seront retirées à court terme, ce sont de grosses lignes et il y aurait un coup d’arrêt commercial fort, réagit auprès de 20 Minutes Jean-Luc Poiroux, directeur du développement de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Ces lignes sont toujours exploitées et nous n’avons pas eu de message d’Air France sur ces suppressions ». Air France explique qu'elle a un programme de vols réguliers pour Nice et Marseille à jour jusqu’à mars et à confirmer au-delà, même si des billets sont bien en vente sur cette période. « Comme toutes les compagnies aériennes nous n’avons pas de visibilité, on s’adapte et on ajuste », précise une représentante de la compagnie en Nouvelle Aquitaine. 

Les suppressions de postes annoncés au sein de la compagnie sont conséquentes et l’aéroport craint les effets à plus long terme : « Ce qui nous inquiète le plus c’est une relative fragilité d’Air France par rapport à ses concurrents, et encore plus depuis la crise ». Les compagnies à bas coûts semblent faire preuve de davantage de flexibilité.

Si la priorité de l’aéroport va être de restaurer un maillage des lignes internationales et européennes mis à mal par la crise, il espère aussi que la navette Bordeaux-Orly puisse reprendre du service, à raison de deux vols le matin et deux vols le soir (contre dix vols par jour avant son arrêt). « Cela permettrait de répondre à la demande de la clientèle d’affaires et de redonner de l’attractivité », souligne Jean-Luc Poiroux.

Des projets immobiliers revus à la baisse

L’aéroport bordelais affichait un trafic en plein essor avant la crise et il portait un projet immobilier ambitieux. Très touché par les mesures prises pour lutter contre l’épidémie, le trafic s’est écroulé. « Nous n’imaginons pas retrouver les niveaux de trafic de 2019 avant 2025 ou 2026, lance le directeur du développement de l’aéroport, surtout si nous ne retrouvons pas ce lien parisien ». N’ayant plus de problème de capacité d’accueil pour quelques années, des projets d’extension ont été abandonnés. Le bâtiment de jonction des halls A et B, évalué à 50 millions d’euros a été remis en cause, ainsi que l’agrandissement du terminal low cost Billi.

Seule certitude, il faudra du temps à l’aéroport pour se remettre d’une crise qui est toujours en cours.