Bordeaux : « Le prix de l’eau ne doit pas être le même pour remplir sa carafe que pour remplir sa piscine » estime le président de la métropole

INTERVIEW Le président de Bordeaux Métropole Alain Anziani (PS) revient pour « 20 Minutes » sur la décision du passage en régie du service public de l'eau, qui prendra effet le 1er janvier 2023

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Illustration consommation d'eau/Credit:LODI FRANCK/SIPA/1704181421
Illustration consommation d'eau/Credit:LODI FRANCK/SIPA/1704181421 — SIPA
  • La majorité écologiste et de gauche de la métropole, a acté le 18 décembre dernier le passage du service public de l’eau, actuellement géré par Suez, en Régie.
  • Il ne sera toutefois effectif qu’au 1er janvier 2023.
  • Les usagers ne doivent pas forcément s’attendre à une baisse du prix de l’eau immédiatement, en revanche Alain Anziani souhaite appliquer rapidement un tarif différencié en fonction des usages.

Plusieurs élus ont évoqué un « jour historique. » Le 18 décembre dernier, le conseil de Bordeaux Métropole votait le passage du service de l’eau en Régie, ce qui veut dire que la métropole gérera elle-même le service de l’eau potable, aujourd’hui confié en délégation de service public (DSP) à Suez. Le président PS de la Métropole Alain Anziani, revient pour 20 Minutes sur ces enjeux considérables.

Alain Anziani, maire PS de Mérignac

Pourquoi avoir voulu récupérer la gestion de l’eau ?

Nous considérons que l’eau est un bien naturel, et qu’elle doit être sous administration publique. C’est un débat qui est ancien à la métropole, puisque déjà Alain Rousset (PS) quand il était président avait renégocié le contrat avec la Lyonnaise pour qu’elle restitue 223 millions d’euros et investisse davantage dans le réseau. Ensuite Vincent Feltesse s’était engagé vers une Régie [avant qu’Alain Juppé n’interrompe le processus à son élection à la présidence de la métropole en 2014]. Nous reprenons donc le cheminement ouvert par Vincent Feltesse, et nous sommes allés plutôt vite depuis notre élection à la tête de la métropole. On voit qu’il y a des oppositions politiques sur cette question, même si elles ne sont pas systématiques non plus, regardez le cas de Nice, où Christian Estrosi a aussi opté pour une Régie.

En quoi la métropole pense-t-elle faire mieux que Suez ?

Une entreprise privée est tout à fait compétente, ce n’est pas le problème, mais la différence avec une collectivité publique, c’est que Suez doit rendre des comptes à ses actionnaires et dégager des marges. Nous, on n’a de compte à rendre qu’à nos habitants, en termes de qualité, de quantité et de prix. Le prix de l’eau en Régie n’est pas toujours moins élevé qu’en DSP, mais c’est souvent le cas quand même.

Le prix de l’eau est en effet élevé à Bordeaux [2,10 €/m3 + 1,51 €/m3 pour l’assainissement soit 3,61 €/m3], comment l’expliquez-vous et pouvez-vous garantir qu’il baissera une fois que vous serez passé en Régie ?

Le prix de l’eau est cher en raison de l’état du réseau, ce qui engendre des fuites donc une grande perte d’eau dans les réseaux [15 à 20 % de l’eau serait perdue]. C’est pourquoi là où Suez investit entre 15 et 20 millions d’euros par an, nous souhaitons investir entre 45 et 50 millions, ce qui, sauf bonne surprise, nous laissera relativement peu de marge pour faire baisser le prix de l’eau. En revanche, nous souhaitons appliquer un prix différencié selon son usage : le prix de l’eau ne doit pas être le même pour remplir sa carafe que pour remplir sa piscine. Je souhaite aussi aller vers la gratuité des premiers mètres cube d’eau, là-dessus je pense qu’on peut aller assez vite.

Cette Régie sera une grosse machine, combien de salariés va-t-elle compter ?

On ne sera pas loin des 400 salariés, puisque les 300 salariés de Suez vont être transférés avec leur propre statut de droit privé à l’établissement public qui est en train d’être créé, auxquels il faudra ajouter les 50 à 70 personnes qui travaillent déjà à la question de l’eau à la métropole. Il y a 280.000 abonnés quand même, ce qui représente un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 millions d’euros.

Pourquoi avoir décidé dans ces conditions de prolonger d’un an le contrat avec Suez, l’association d’usagers Trans’Cub estimant que le contrat aurait déjà dû prendre fin ?

Je ne comprends pas du tout la position de Trans’Cub. Imaginez qu’on résilie le contrat avec Suez, dans quelle situation se retrouve-t-on d’ici au passage en Régie ? On n’a plus de délégataire ? Trans’Cub demande par ailleurs que l’on fasse rembourser Suez, mais sur quel fondement juridique ? Le travail de Suez a été fait, on doit le paiement, point.