Gironde : Risque ou opportunité, le biométhane va monter en puissance dans le réseau de gaz

ENERGIE Deux usines de méthanisation alimentent déjà le réseau de gaz en Gironde et les projets vont se multiplier ces prochaines années

Mickaël Bosredon
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Illustration méthaniseur
Illustration méthaniseur — G.VARELA/20MINUTES
  • Régaz Bordeaux vient de remporter l’exploitation du réseau de gaz d’Hourtin dans le Médoc, qui se fera grâce à du biométhane fabriqué dans une usine de méthanisation.
  • La part du biométhane dans le réseau de Régaz n’est que de 1 % à l’heure actuelle, mais pourrait atteindre 7 à 10 % d’ici à quatre ans.
  • Ses défenseurs mettent en avant une énergie vertueuse, mais ses détracteurs alertent face à un développement trop rapide en France depuis quelques années.

Les habitants de la commune d’Hourtin dans le Médoc, vont pouvoir bénéficier du gaz naturel d’ici à 2023. Le Syndicat départemental d’énergie électrique de la Gironde (Sdeeg) vient en effet de confier à Régaz Bordeaux la construction, l’exploitation et le développement des réseaux de distribution de gaz naturel sur la commune.

Il s’agira d’une extension du réseau déjà exploité par Régaz sur la commune voisine de Saint-Laurent-Médoc, avec la particularité que ce gaz ne sera pas du gaz fossile importé de l’étranger, mais du biométhane fabriqué localement en usine de méthanisation. Régaz a l’ambition de faire croître sensiblement la part de ce biométhane dans son réseau ces prochaines années. Explications.

Qui fabrique du biométhane en Gironde ?

A ce jour, seules deux usines, situées dans le Médoc, fabriquent du biométhane : Médoc Biogaz depuis 2019, et Médoc Energie à Hourtin depuis février 2020. La première alimente déjà la commune de Saint-Laurent-Médoc, la seconde alimentera celle d’Hourtin. Si ces communes peuvent ainsi bénéficier de 100 % de biométhane l’été, l’hiver en revanche « cette part tombe à moins de 50 % en raison de la consommation qui augmente, précise Géraldo Alves, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Régaz Bordeaux. Le gaz naturel qui alimente le reste de notre réseau, et qui est lui importé de la Russie, la Norvège, des Pays-Bas et de l’Algérie, est alors mixé au biométhane pour pourvoir à ces pics de consommation. »

Quelle est la part de biométhane dans le réseau de Régaz ?

Le biométhane représente environ 1 % du gaz distribué sur le réseau de Régaz, qui alimente 46 communes en Gironde. Avec les projets à venir d’usines de méthanisation dans le département, « l’objectif est d’en distribuer 7 à 10 % d’ici à quatre ans, annonce Geraldo Alves, sans compter le biométhane en provenance de l’extérieur et qui sera injecté dans le réseau de transport du gaz, et qui viendra donc s’ajouter à la production locale. » Parmi les futurs projets, « Médoc Biogaz va construire une nouvelle unité en juin 2021 toujours à Saint-Laurent-Médoc, il y en aura un autre au sud de Saint-Jean-d’Illac, puis un sur la station d’épuration de Bègles avec Bordeaux Métropole, un quatrième du côté de Bassens et un cinquième sur la commune de Lanton. »

En 2019, 32 unités de méthanisation avaient déjà été subventionnées sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine et 39 gisements ont été identifiés à l’horizon 2050.

Une usine de méthanisation, c’est quoi au juste ?

Le principe d’une usine de méthanisation est de faire digérer de la matière organique : cela peut être des boues de stations d’épuration, des déchets de cantine, agro-industriels ou agricoles, ou des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE). « Ce sont les bactéries dégradant cette matière organique qui fabriquent du biogaz, explique Géraldo Alves. Celui-ci est composé de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane. Avant de distribuer ce gaz dans notre réseau, il faut lui enlever ses 50 % de CO2, ainsi que du dioxyde de soufre, on a alors purifié ce biogaz et on l’a transformé en biométhane. C’est pourquoi il est plus juste de parler de biométhane que de biogaz. » La matière dégradée est ensuite répandue sur les terres, et joue le rôle d’engrais naturel. L’installation Médoc Energie à Hourtin a été dimensionnée pour traiter 65.000 tonnes d’intrants chaque année, principalement les déchets issus de l’exploitation agricole (déchets de légumes issus de la station, déchets de céréales, du lisiers de porc..) et des huiles végétales usagées. Médoc Biogaz valorise de son côté 10.800 tonnes de Cive (en majorité du maïs ensilage et du seigle.)

Quels sont les atouts de ces usines de méthanisation ?

Le gaz produit localement à partir de Cive et de déchets agricoles est une énergie 100 % renouvelable, assurent ses promoteurs, Régaz et le Sdeeg. « Elle contribue au développement de l’activité économique des agriculteurs, poursuivent-ils, et la filière biométhane participe à l’essor d’une économie circulaire ancrée au cœur du territoire et génère des emplois locaux non délocalisables. »

Ces centrales de biogaz représentent-elles un danger ?

Lorsqu’il s’agit de grosses unités, comme c’est le cas pour le plus grand projet de France, MéthaHerbauges situé près de Nantes, qui prévoit de traiter 560.000 tonnes de déjections animales et 120.000 tonnes de cultures végétales, les riverains s’inquiètent des conséquences (bruit, odeurs, etc.). Et notamment du trafic quotidien de camions qui transportent la matière. On se souvient aussi que l’été dernier, le débordement d’une cuve de digestat de la centrale biogaz de Kastellin dans le Finistère, avait provoqué une pollution de l’eau, privant d’eau potable quelque 180.000 personnes pendant plusieurs jours. L'association Eaux et Rivières de Bretagne dénonce « de nombreux incidents dans les méthaniseurs » et s’inquiète face à la méthanisation «  qui se développe à toute vitesse ces dernières années en France (…) à grands coups d’argent public. »

Le biométhane est-il meilleur marché que le gaz fossile ?

Loin de là. Pour extraire du gaz fossile, « il faut juste creuser un trou, alors que le biométhane il faut le fabriquer » résume Géraldo Alves. Conséquence : quand le coût du gaz fossile tourne autour de 20 euros du MW/h, celui du biométhane est plutôt de l’ordre de 100 euros. Il faut notamment rentabiliser les investissements réalisés pour la construction des usines, de l’ordre de 5 millions d’euros en ce qui concerne celles dans le Médoc. Le biométhane bénéficie d’un tarif de rachat, sur le même principe que l’électricité photovoltaïque, et la différence de prix avec le gaz fossile est soutenue par une taxe payée par l’ensemble des consommateurs.