Fusillade mortelle à Bordeaux : « Je n’ai jamais vu ça dans le quartier, et j’y vis depuis 1976 », réagit un habitant

DRAME Samedi soir, une fusillade a éclaté dans le quartier populaire des Aubiers à Bordeaux, coûtant la vie à un jeune de 16 ans

Elsa Provenzano

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La police est intervenue dans le quartier des Aubiers, après une fusillade.
La police est intervenue dans le quartier des Aubiers, après une fusillade. — Alternative police CFDT Nouvelle Aquitaine
  • Samedi soir, une fusillade a eu lieu dans le quartier des Aubiers à Bordeaux. Un adolescent de 16 ans est décédé et trois autres jeunes âgés de 13 à 16 ans ont été blessés. Un majeur a aussi été légèrement touché.
  • La piste d'un règlement de comptes est envisagée mais l'enquête se poursuit actuellement avec notamment l'exploitation de vidéos. 
  • La municipalité estime qu'un stade a été franchie dans la violence, avec ce drame.

« J’ai entendu trois coups de feu et aussi une rafale d’arme automatique, raconte un habitant de 47 ans qui vit dans le quartier des Aubiers, à Bordeaux, depuis 17 ans. D’habitude, les jeunes s’amusent avec de petits tasers mais pas ce genre d’armes ». Il vit dans un appartement au-dessus de la place Ginette Neveu sur laquelle a eu lieu une fusillade samedi soir, coûtant la vie à un jeune de 16 ans.

Les tirs ont eu lieu sur la place Ginette Neveu, en bas d'un immeuble d'habitations.
Les tirs ont eu lieu sur la place Ginette Neveu, en bas d'un immeuble d'habitations. - E.Provenzano / 20 Minutes

Plusieurs habitants sont venus ce dimanche matin devant la place Ginette Neveu après avoir appris la triste nouvelle. « Je n’ai jamais vu ça dans le quartier et j’y vis depuis 1976 », commente l’un d’entre eux, âgé de 60 ans. Ils se retrouvent un peu hébétés au lendemain du drame, dans un quartier qui porte aussi les traces des incidents de la nuit du Nouvel An (dégradations d’un bureau de poste, d’abribus etc.)

Le bureau de Poste du quartier des Aubiers a été dégradé dans la nuit de la Saint-Sylvestre.
Le bureau de Poste du quartier des Aubiers a été dégradé dans la nuit de la Saint-Sylvestre. - E.Provenzano / 20 Minutes

« C’est un phénomène vraiment nouveau dans nos quartiers, réagit Vincent Maurin, maire adjoint du quartier Bordeaux Maritime. Un stade a été franchi, on parle ici d’armes de guerre. »

« Des mecs extérieurs au quartier »

Samedi soir vers 22 h 50, un véhicule avec plusieurs occupants rentre dans le quartier et le feu est ouvert sur des jeunes se trouvant au niveau de la place Ginette-Neveu. La police arrive et trouve un jeune à terre, il est en arrêt cardio-respiratoire. « Les fonctionnaires vont pratiquer à tour de rôle la réa jusqu’à l’arrivée des pompiers et du Samu », explique Bruno Vincendon, secrétaire zonal alternative police Nouvelle Aquitaine.

Trois autres jeunes âgés de 13 à 16 ans ont aussi été blessés dans la fusillade, deux d’entre eux sérieusement mais sans que leurs jours soient en danger et un plus légèrement. Ils ont réussi à s’enfuir dans les étages après l’assaut. Le Parquet précise que le premier souffre d’une blessure traversante par balle au biceps et à l’omoplate, le second d’une blessure par balle sous le cœur et le troisième d’une blessure par balle au genou gauche. Un homme majeur né en 1985 s’est présenté à la Clinique Bordeaux Nord et souffre d’une blessure par balle au mollet.

« Ce sont des mecs de l’extérieur du quartier qui ont ouvert le feu, ils étaient deux je dirais avec un chauffeur, ajoute le quadragénaire, qui a vu la scène de son balcon. C’est la première fois qu’il y a une fusillade comme ça dans le quartier ».

Les jeunes victimes ne sont pas connues par la police pour être des trafiquants de drogue. « La victime était engagée dans un projet de film sur la cité avec le centre d’animation, pointe le maire adjoint du quartier. Quand la fusillade s’est produit, ils mangeaient des barres de chocolat et buvaient des canettes ».

Une escalade des tensions entre quartiers ?

De nombreuses douilles ont été découvertes sur les lieux et sont en cours d’analyse, des vidéos sont aussi en cours d’exploitation.
« L’audition de témoins et des victimes devrait permettre d’élucider ces faits qui s’inscrivent dans une escalade des tensions constatées entre quartiers depuis plusieurs semaines sans qu’à cette heure, aucun élément ne permette de relier ces faits entre eux.
L’enquête a été confiée à la Direction Zonale de la Police Judiciaire Sud-Ouest qui diligente de multiples investigations depuis samedi soir », écrit le procureur de la République Frédérique Porterie dans un communiqué.

« Il faut attendre que l’enquête suive son cours mais l’expédition ressemble à un règlement de comptes, commente Vincent Maurin. L’enquête doit bien sûr permettre de trouver et de punir les auteurs mais aussi de protéger ces derniers d’éventuelles représailles pour arrêter cette escalade, on a cette responsabilité ». La majorité municipale entend réagir en renforçant les moyens de service public relatifs à la sécurité, à la prévention et au développement social urbain dans ce quartier.
Les personnes susceptibles d’aider les enquêteurs sont invitées à se faire connaître.