Bordeaux : « La violence devient régulière sur le réseau » de transports TBM, dénoncent les syndicats

SECURITE Une nouvelle agression d'agents du réseau TBM a eu lieu mardi soir à Bordeaux ; les syndicats se disent inquiets concernant la fin de l'année et notamment le soir du 31 décembre

Mickaël Bosredon

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Bus du réseau TBM à Bordeaux
Bus du réseau TBM à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Alors que les agressions se multiplient sur le réseau bordelais depuis plusieurs semaines, deux agents de sûreté ont été agressés mardi à Bordeaux.
  • Les deux agents ont voulu contrôler les usagers d’un bus ne portant pas de masque. L’un a été frappé et l’autre s’est blessé à l’épaule.
  • Les organisations syndicales se disent très inquiètes concernant le Jour de l’An et pourraient demander à arrêter le service de transport assez tôt dans la soirée.

Une nouvelle agression d’agents sur le réseau de transports TBM de Bordeaux Métropole, suscite depuis mardi soir la plus vive inquiétude au sein du personnel de Keolis, et des syndicats. Contactée par 20 Minutes, la direction de Keolis Bordeaux Métropole indique que « mardi soir à 19h20, deux agents TBM [du service prévention assistance] sont montés dans le bus de la liane 15 au niveau de l’arrêt Gambetta pour demander à trois individus non masqués, buvant de l’alcool, et avec un chien non muselé, de descendre du véhicule. »

Lors de la descente du bus, un des trois individus « a subitement porté des coups à un des deux agents. » Celui-ci qui circulait initialement à moto, était casqué, et a été blessé. En voulant maîtriser l’individu, l’autre agent « s’est blessé à l’épaule et a été transporté au CHU Pellegrin », poursuit la direction de Keolis. L’agresseur âgé de 27 ans a été interpellé par la police, intervenue sur place. Les deux agents ont porté plainte.

« Montée de la violence »

« Cela fait plusieurs semaines que nous sommes inquiets, indique Mathieu Obry du syndicat CGT à 20 Minutes. Sur certains secteurs, Les Aubiers et La Benauge à Bordeaux, La Châtaigneraie à Pessac, il se produit une montée de la violence, avec notamment un tir de mortier dans la porte d’un conducteur il y a trois semaines à La Benauge, des caillassages et des agressions en tout genre. »

« La violence devient régulière sur le réseau, confirme Jean-Luc Doucereux, représentant du syndicat FO. Fin novembre, un régulateur du service prévention assistance – une fois de plus – a essuyé un coup de couteau lors d’un contrôle [au niveau de la sacoche] par une jeune femme. Le confinement n’a pas joué en notre faveur car il génère un phénomène d’agacement, mais globalement l’insécurité monte sur le réseau depuis un an et demi. »

« Le premier de l’An nous inquiète beaucoup »

« Il y a effectivement une augmentation des faits d’incivilité sur le réseau depuis la fin du premier confinement et une augmentation des faits d’agressions depuis trois mois, précise pour sa part à 20 Minutes le directeur de Keolis Bordeaux, Pierrick Poirier. Même si le port du masque est très largement respecté, on a beaucoup plus d’événements liés au non-respect des règles, de personnes en état d’ivresse, par rapport à l’année dernière. En réponse, nous avons d’ores et déjà renforcé notre présence sur le réseau notamment en soirée. »

Insuffisant, selon le représentant de la CGT qui se dit « préoccupé par la période des fêtes de fin d’année et notamment du Jour de l’An. » « Le premier de l’An nous inquiète beaucoup, confirme le représentant de FO. Malgré le couvre-feu, il est prévu que le réseau tourne normalement, or nous voudrions qu’il s’arrête dans la soirée : pas à 20 heures car il faut bien des transports pour les personnes qui travaillent, mais pas jusqu’à 1 heure du matin non plus. Et il faut se préparer à faire rentrer le réseau s’il y a trop de bazar ce soir-là… »

« On n’enverra pas notre personnel au casse-pipe »

« Concernant l’offre de transport pour la fin de l’année, c’est Bordeaux Métropole qui décide, précise Pierrick Poirier. Pour le soir de Noël nous devrions avoir une offre jusqu’à 1 h du matin, et pour le 31 décembre ce n’est pas encore tranché. La situation sera toutefois différente ce soir-là puisqu’il y aura le couvre-feu, ce qui veut déjà dire qu’il n’y aura pas de circulation de manière ininterrompue toute la nuit. » Contactée, Bordeaux Métropole n'a pas donné suite à notre sollicitation.

Le directeur de Keolis reconnaît cependant que le 31 décembre « est une soirée spécifique », au cours de laquelle il pourrait y avoir « des mouvements de population dans certains quartiers » malgré le couvre-feu qui sera en vigueur. « Nous sommes mobilisés avec la police nationale et nous mettrons en place des plans de transport pour dévier les quartiers au moindre problème. Il est évident qu’on n’enverra pas notre personnel au casse-pipe ce soir-là. »

« Il faut apporter à nos agents, par de la formation, tous les moyens de se préserver »

Un accord sûreté est par ailleurs actuellement en renégociation au sein de l’entreprise. « Aujourd’hui il y a 2.800 salariés chez Keolis Bordeaux dont 1.800 conducteurs, rappelle Mathieu Obry, et on ne dénombre que 126 personnes affectées à la sécurité, c’est une aberration ! [136 personnes selon la direction, qui estime qu’il y a aussi des sous-traitants affectés au gardiennage, et d’autres personnels intervenant sur la sécurité.] » « Nous demandons davantage de moyens humains pour sécuriser notre réseau, ajoute Jean-Luc Doucereux, et que ces agents ne fassent que de la prévention et de l’assistance, car actuellement ils font aussi du contrôle. »

« Il ne faut pas que ce sujet devienne une bataille de chiffres, estime pour sa part Pierrick Poirier. Ce qui compte c’est d’assurer la sécurité de nos personnels et de nos clients, et sur les derniers incidents, je ne suis pas sûr que si nos agents avaient été plus nombreux cela aurait changé quoi que ce soit. En revanche, il faut apporter à nos agents, par de la formation, tous les moyens de se préserver dans ce genre de situation, dans la façon de se positionner et de discuter avec les personnes pour éviter que cela s’envenime. »

Les syndicats demandent enfin une réunion avec la préfecture pour « faire un bilan sur cette violence. »