Bordeaux : Les services de fourrière saturés, les épaves de voitures s'amoncellent sur la voie publique

PHENOMENE Les abandons de véhicules se multiplient à Bordeaux, posant un sérieux souci de saturation des sites de Metpark, chargé de la fourrière pour la métropole

Mickaël Bosredon
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Le long de l'avenue de Labarde, et dans tout le secteur Bordeaux Maritime, les épaves de voitures ainsi que les déchets en tout genre, s'accumulent
Le long de l'avenue de Labarde, et dans tout le secteur Bordeaux Maritime, les épaves de voitures ainsi que les déchets en tout genre, s'accumulent — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Depuis quelques jours, une dizaine d’épaves de voitures, la plupart brûlées, jonchent le bord de l’avenue Labarde à Bordeaux.
  • Quelque 200 véhicules abandonnés ont été retirés depuis le mois de mai dans le secteur de Bordeaux-Maritime, explique la mairie.
  • Face à l’ampleur du phénomène, Metpark, le gestionnaire de la fourrière, fait face à un engorgement de ses sites de stockage et ne peut plus pour le moment enlever ce type de véhicule.

Avenue de Labarde, au nord de Bordeaux, une dizaine de carcasses de véhicules brûlés ou abandonnés jonchent le bord de la route ces derniers jours. Depuis plusieurs mois, ce type d’épaves apparaît, puis disparaît au gré des enlèvements, sur le kilomètre qui sépare le golf de Bordeaux de la piste d’accélération de moto… Un secteur tranquille, sans voisinage direct, pour qui veut se débarrasser d’une voiture.

Le long de l'avenue de Labarde à Bordeaux, les carcasses de voitures brûlées s'accumulent
Le long de l'avenue de Labarde à Bordeaux, les carcasses de voitures brûlées s'accumulent - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Interrogé sur la situation, un policier du commissariat de Bordeaux souffle : « Que voulez-vous que je vous dise ? On retrouve régulièrement des véhicules abandonnés dans cette zone, on fait des constatations, on vérifie ce qu’on peut, sachant qu’il est parfois très difficile d’identifier le véhicule, puis la police municipale fait procéder à l’enlèvement. »

Les épaves doivent être immobilisées au moins six semaines en fourrière

Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais il est franchement de plus en plus visible depuis quelques mois. Adjoint à la sécurité au maire de Bordeaux, Amine Smihi confirme : « Sur le secteur de Bordeaux-Maritime [qui comprend les quartiers de Bacalan, Lac, les Aubiers et Bassins à Flot] nous avons procédé à l’enlèvement de 200 épaves depuis le mois de mai. » Malgré cela, « on voit qu’il en reste beaucoup, c’est très préoccupant, et les riverains sont légitimement exaspérés. »

De nombreuses voiture brûlées gisent avenue de Labarde à Bordeaux, près du stade Matmut Atlantique
De nombreuses voiture brûlées gisent avenue de Labarde à Bordeaux, près du stade Matmut Atlantique - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Véhicules volés, abandonnés… Si les carcasses de voitures s’accumulent de la sorte dans cette zone du nord de Bordeaux actuellement, c’est tout simplement… qu’il n’y a aujourd’hui plus de place en fourrière pour les stocker. Directeur général de Metpark, la régie métropolitaine en charge de la fourrière, Nicolas Andreotti explique en effet que « pour un simple véhicule mal garé qui est enlevé, le propriétaire vient le récupérer dans les heures qui suivent », mais dans le cas d'épaves, « il y a toute une procédure à respecter qui immobilise ces véhicules au minimum six semaines chez nous, avant qu’ils ne partent à la casse. » D'où la saturation des sites de fourrière, pleins à craquer aujourd'hui.

Le parking de Mérignac qui gère les épaves complètement plein

La situation a commencé à véritablement empirer il y a « deux ou trois ans » estime Nicolas Andreotti. Jusqu’en 2017, l’enlèvement des épaves représentait en effet 12 % de l’activité de Metpark. Aujourd’hui, c’est près de 40 %. Sachant qu'une épave est immobilisée au moins six semaines, « imaginez le nombre de places que cela prend et de quelle façon cela sature nos parcs ! » En raison de la crise sanitaire, MetPark va réaliser en 2020 environ 33 % de mises en fourrière en moins, mais en 2019 elle avait enlevé 9.700 véhicules, dont environ 3.500 épaves, sur l’ensemble de la métropole. Sur ces dernières, la moitié était des véhicules brûlés ou presque totalement détruits.

Metpark gère un total d’environ 700 places de fourrière sur l’ensemble de la métropole, réparties sur trois sites : Front du Médoc dans le quartier Mériadeck, au parking 8-Mai-1945, et à Mérignac en bord de rocade. C’est ce dernier, d’une capacité de 180 places, qui gère le stockage de la grande majorité des véhicules dits non-roulant. « A ce jour, il est complètement plein », assure Nicolas Andreotti.

Chaque véhicule détruit est facturé 226 euros

C’est pourquoi Metpark a décidé de prendre en location un nouveau terrain à Mérignac, d’une capacité d’environ 60 véhicules, dès cette semaine. Pour le responsable de la fourrière, il s’agit aussi « d’anticiper la période de fin d’année, où l’on sait que l’on va avoir besoin d’enlever pas mal de véhicules dans certains secteurs. » Ce nouveau terrain devrait être conservé environ un an, le temps que Mepark fasse agrandir de manière pérenne son site. Car, « malheureusement ce phénomène semble être une tendance de fond auquel il va falloir continuer de répondre. »

Un phénomène qui a un coût, également. Chaque véhicule détruit est facturé 226 euros. « On arrive à recouvrer à peine 10 % de ces factures » relève Nicolas Andreotti, expliquant que le véritable propriétaire du véhicule est généralement introuvable, et quand il l’est il est souvent insolvable. Difficile de faire jouer les assurances dans ces situations. Résultat, « le service public que l’on rend aujourd’hui est déficitaire. »

Le plus souvent, ce sont des gens qui «  laissent sur la voie publique en se disant qu’il partira un jour en fourrière »

Pour Nicolas Andreotti, ce nouveau phénomène, est la conséquence, dans la majorité des cas, « de gens qui ne veulent plus de leur véhicule, et plutôt que de contacter un garage qui va éventuellement facturer des frais, ils le laissent sur la voie publique en se disant qu’il partira un jour en fourrière. »  Il faut rappeler au passage que l’abandon d’un véhicule sur la voie publique est interdit, et est passible d'une amende de 1.500 euros. 

Quant à savoir quelle est la part de véhicules volés, dans l’ensemble de ces épaves, il est compliqué d’avoir une estimation. « Normalement, s’il est avéré qu’il s’agit d’un véhicule volé, il ne rentre pas chez nous, poursuit le directeur de Metpark, il est traité autrement par la police nationale. Le bémol est que dans l’état où sont ces véhicules, ils peuvent très bien avoir été volés mais pas déclarés comme tel, si bien qu’ils n’apparaissent pas dans les fichiers. Parfois aussi, ils ne sont plus du tout identifiables, même si c’est assez rare. »

« Lorsqu’on arrive devant une carcasse complètement détruite, il ne reste plus grand-chose pour travailler »

« Il y a une partie de véhicules volés, mais pas seulement, nous dit-on côté police nationale. Le problème est que, lorsqu’on arrive devant une carcasse complètement détruite, il ne reste plus grand-chose pour travailler. On arrive parfois à élucider certains faits par des enquêtes de voisinage, mais avenue de Labarde c’est plus difficile. Ce n’est pas un hasard si on retrouve des épaves à cet endroit, d’autres sont jetées dans la Garonne également. »

La ville assure de son côté être « pleinement mobilisée » pour trouver des solutions, face à l’engorgement des parkings des fourrières. D’autant plus que 80 % des enlèvements d’épaves sur la métropole, se font aujourd’hui sur le territoire de Bordeaux. « Et il y a une forte concentration sur Bordeaux Maritime » reconnaît Amine Smihi. « Nous cherchons de notre côté un nouveau terrain pour gérer ces épaves du côté de la rive droite, et nous regardons pour une solution de conventionnement direct avec un ferrailleur », explique l’adjoint à la sécurité.