Bordeaux : Le procès des collecteurs, « blanchisseurs » de l’argent de la drogue, a abouti à 13 condamnations

TRAFIC Pour la première fois, des collecteurs, qui ont pour rôle de blanchir l’argent issu de trafics de stupéfiants, ont été jugés par le tribunal correctionnel de Bordeaux

E.P.

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Une saisie de cannabis (illustration).
Une saisie de cannabis (illustration). — SYSPEO/SIPA
  • Un procès s’est tenu fin novembre à Bordeaux et parmi les prévenus figuraient pour la première fois des collecteurs, qui récupèrent et blanchissent l’argent issu du trafic de stupéfiants pour des organisations criminelles.
  • C’est un réseau national qui a été démantelé et 13 des 14 prévenus ont été condamnés. Les collecteurs ont écopé de peines allant de deux à six ans de prison.

Leurs profils ne doivent pas attirer l’attention. Les collecteurs n’ont pas de casier judiciaire et ne sont pas connus des forces de l'ordre. Les organisations criminelles les choisissent soigneusement pour récupérer les fonds issus du trafic de stupéfiants afin de les blanchir et de les réinjecter dans l’économie légale. Leur discrétion les rend particulièrement difficile à identifier.

Après une enquête de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), la première audience s’attaquant à ce phénomène des collecteurs s’est tenue du 23 au 27 novembre à Bordeaux. Lors de ce procès, 14 prévenus ont été jugés devant le tribunal correctionnel pour leur implication dans un réseau national de collecte issu du trafic de stupéfiants.

Deux à six ans de prison pour les collecteurs

L’un des principaux collecteurs a été remis à la France par Gibraltar dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen. Tous les prévenus, à l’exception de la compagne d’un collecteur, ont été condamnés. Le chef de l’organisation de blanchiment, en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt, a été condamné à dix ans de prison. Les collecteurs d’argent ont pour leur part écopé de peines comprises entre deux et six ans d’emprisonnement. Plusieurs interdictions définitives du territoire français ont complété ces condamnations.

« Au terme d’une enquête initiée en 2018, les enquêteurs de l’antenne OCRTIS de Bordeaux (devenue depuis OFAST), ont progressivement identifié un réseau national de collecte d’argent provenant du trafic de stupéfiants, composé de plusieurs collecteurs d’origine marocaine établis en Espagne, qui effectuaient de véritables tournées sur le territoire national au contact de trafiquants de toutes les grandes métropoles, y compris bordelaise », explique ce mardi Frédérique Porterie, procureure de la République de Bordeaux, dans un communiqué.

Les enquêteurs ont découvert des méthodes bien rodées (téléphones dédiés parfois cryptés, voitures équipées de caches aménagées, échanges codés, rendez-vous entourés de précautions etc.). « Les investigations se sont avérées particulièrement fructueuses, plusieurs centaines de kilos de cannabis et près d’un million d’euros ayant pu être saisis », précise la procureure.