Bordeaux : Près de la gare, le projet Euratlantique bétonne trop (et trop haut) au goût d'un collectif d'habitants

URBANISME Près de 200 habitants du quartier Bordeaux Sud, réunis dans un collectif, s'inquiètent de la tournure que prend le projet urbain Euratlantique. Ils craignent que la partie encore en friche soit aménagée au détriment des espaces verts et de loisirs 

Elsa Provenzano

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Les habitants ont appris que de nouvelles constructions allaient sortir de terre sur l'emprise ferroviaire située au bout de la rue Amédée Saint Germain. Lancer le diaporama
Les habitants ont appris que de nouvelles constructions allaient sortir de terre sur l'emprise ferroviaire située au bout de la rue Amédée Saint Germain. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Un collectif d’habitants de Bordeaux Sud a lancé une pétition pour dénoncer la tournure que prend l’aménagement du sud de la rue Amédée Saint-Germain, près de la gare Saint-Jean.
  • Il pointe un manque d’espaces verts et des constructions trop hautes.
  • Les riverains, déçus par la première concertation, veulent avoir leur mot à dire pour la prochaine, programmée début 2021.

Dans le quartier d'échoppes du Sacré-Cœur, à Bordeaux-Sud, on craint de plus en plus de vivre à l’ombre des tours et de manquer d'espaces verts, au fur et à mesure de l’aménagement réalisé dans le cadre de l'opération d'intérêt national Euratlantique. « Avant ces constructions, la salle était baignée de soleil, c’était très agréable », pointe en passant devant la brasserie Les Ateliers, rue Amédée-Saint-Germain, Magali Della Sudda, présidente de la FCPE des écoles Fieffé-Francin dans ce quartier proche de la gare Saint-Jean. Mais c’est le projet pour le sud de cette rue qui a renforcé son inquiétude et celle d’environ 200 riverains, rassemblés au sein d’un collectif.

Il y a quelques jours, les habitants ont découvert que le projet Euratlantique pourrait installer des extensions sur des terrains ferroviaires encore en friche, dans le prolongement de la rue Amédée, et sur lesquels ils avaient compris que des espaces verts seraient installés. Pour eux, ce serait l’îlot de béton en trop qui grignoterait leur dernier espoir de voir un espace vert public aménagé dans un quartier qui en manque cruellement. Une pétition baptisée « nous voulons un parc, pas du béton » a été lancée et a déjà recueilli plus de 830 signatures.

Une réflexion sans projet arrêté

« Extension est un terme impropre, estime Gabriel Poifoulot, directeur adjoint de l’établissement public d’aménagement Euratlantique. Il y a des intentions, des réflexions mais pas de projet à proprement parler. C’est après une concertation qui aura lieu au premier semestre 2021 que sera précisé l’avenir du secteur ». Le site d’environ 2,7 hectare va rester la propriété de la SNCF mais il se situe dans le périmètre de la ZAC Saint-Belcier, géré par Euratlantique.

« On a ébauché une première réflexion urbaine mais qui est un support de concertation, pour servir de matière pour échanger avec les riverains. Il n’y a pas de permis de construire, pas d’opérateurs : il n’y a pas un projet figé », confirme Véronique Lajoie, directrice de l’immobilier territorial Sud-Ouest de la SNCF Immobilier. « On est conscients que la place de la nature en ville est une vraie attente, ajoute-t-elle. L’objectif sur Amédée est de (…) retrouver des espaces de pleine terre et proposer un projet adapté aux attentes locales. »

Pas « un grand jardin »

Ce qui est certain, c’est que les friches ferroviaires ne sont pas destinées à accueillir seulement des espaces verts. Ce sera un projet mixte avec des logements, des bureaux et des équipements, en accord avec les préconisations d’Euratlantique. « On ne peut pas dire qu’on va transformer Amédée sud en grand jardin car il y aurait un problème de financement, pointe Véronique Lajoie. Les fonciers sont difficiles et coûteux à traiter, et SNCF cherche à équilibrer des opérations ».

A la maison du projet, les riverains ont découvert avec stupeur des bâtiments en transparence sur le secteur, laissant penser à de futures constructions. « Cela n’apparaissait nulle part et cela représente une vingtaine d’immeubles supplémentaires, regrette Aurélie Favre, riveraine et membre de l’association Le jardin des voisins. Cela devait être des parcs et des espaces sportifs. On ne veut pas empêcher les gens de venir vivre dans ce quartier, mais leur offrir ce qui fait qu’il est agréable ».

Les riverains signataires de la pétition craignent de manquer d’espaces de verdure pour se rafraîchir. « On est un des secteurs de la métropole où il y a le plus d’îlots de chaleur et on n’a pas d’espaces arborés prévus », s’inquiète Magali Della Sudda. Les infrastructures, notamment sportives, font aussi défaut. Et pour le moment, les collégiens doivent prendre le bus pour faire du sport en plein air (obligatoire) à l’extérieur du quartier.

Méfiance sur la concertation à venir

Le collectif craint qu’aucune place ne soit laissée aux habitants pour amender le projet. « On est très pressés par le temps et piégés par le confinement », pointe Magali Della Sudda. « On avait un intérêt pour le premier projet, il y a eu une réflexion sur le devenir du quartier mais rien n’a été pris en compte, regrette Cristina Narciso. La nouvelle concertation, on a peur qu’elle se passe comme la première. »

« On nous avait promis que les nouvelles façades s’aligneraient sur celles des échoppes existantes mais certains bâtiments vont comporter onze étages », regrette par exemple Magali Della Sudda. « On est tout à fait conformes à ce qui a été annoncé depuis l’origine, rétorque Gabriel Poifoulot. On a prévu une montée progressive de hauteurs pour préserver les échoppes et proposer une insertion la plus cohérente possible. » En clair, les premières rangées d’immeubles sont alignées sur l’ancienne direction régionale de la SNCF, mais les constructions situées à l’arrière peuvent aller jusqu’à onze étages. « La montée en hauteur raisonnée permet de dégager de l’espace au sol, cela permet de créer des espaces verts », pointe le directeur adjoint de l’EPA.

Du changement oui, mais pas à n’importe quel prix

Pour lui, c’est le décalage des réalisations entre les espaces publics et les logements ainsi que les nuisances propres au chantier qui contribuent à rendre difficile, pour les riverains, cette phase de l’aménagement.

« Si on arrive à un blocage, la friche industrielle va rester une friche industrielle », prévient la directrice immobilier Sud-Ouest de la SNCF. « On nous dit qu’il n’y avait rien et qu’il faut se satisfaire de ce qu’il y aura, quelque chose de joli. Bien sûr que les choses peuvent évoluer mais pas n’importe comment », clarifie Cristina Narciso. Le collectif a rencontré la mairie qui s’est dit « très attentive » à sa demande d’un espace vert mais elle n’a pas la main sur cette opération d’intérêt national dont les permis de construire sont validés en préfecture.