Gironde : La cuvée « Test Covid » d’un vigneron donne soif aux amateurs

BONNE HUMEUR Jean-Christophe Mauro, vigneron entre Libourne et Bergerac, a lancé le 11 novembre une étiquette un peu décalée annonçant « Test Covid ». Résultat, sa cuvée qui devait être confidentielle connaît un franc succès

Elsa Provenzano

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Les bouteilles de la cuvée baptisée avec humour
Les bouteilles de la cuvée baptisée avec humour — Chapelle Bérard
  • Un vigneron girondin a lancé une cuvée étiquetée « Test Covid ». Censée être confidentielle, elle connaît un beau succès.
  • Il propose d’autres étiquettes originales qui ont pour but d’attirer l’œil. Il compte ensuite sur la qualité de son vin pour convaincre les consommateurs.
  • La cuvée est éphémère et il reste peu de bouteilles à la vente.

Vous reprendrez bien… un trait d’humour. « Mode d’emploi : verse-toi un grand verre de vin et sens-le, si tu arrives à le sentir, goûte-le et si tu arrives à le sentir et à le goûter, tu n’as pas la Covid. » Et en dessous, un petit commentaire : « Hier soir, j’ai fait le test plusieurs fois, et c’était toujours négatif. »

C’est le message qu’on peut lire sur les bouteilles de la cuvée commercialisée depuis le 11 novembre par Jean-Christophe Mauro, vigneron de la Chapelle Bérard à Saint-Quentin-de-Caplong, en Gironde.

« C’est extraordinaire ! »

Quand il a l’idée de « bricoler » une étiquette avec sa surpiqueuse qui lui sert à rajouter des mentions légales sur ses bouteilles, après en avoir discuté « au café » avec des copains vignerons, Jean-Christophe Mauro est loin de se douter du succès qui attend sa cuvée « test Covid ». « On avait 2.800 bouteilles, on vient d’en rajouter 1.800 avec un nouveau millésime mais on ne va pas tenir longtemps. C’est extraordinaire ! », commente le viticulteur qui travaille en agriculture biologique.

Depuis un premier reportage de France Bleu à Besançon, les médias sont nombreux à le contacter. « J’ai même été interviewé par la radio nationale québécoise ! » précise-t-il. Sa commerciale et lui ont dû mal à faire face aux nombreuses demandes suscitées par la cuvée partie d’une blague. Quelque 600 bouteilles seront expédiées à la Réunion dans quelques jours. Pour ceux qui voudraient s’en procurer, il faut se rendre sur la boutique en ligne du domaine et attention, il n’y en aura pas pour tout le monde.

Dépoussiérer l’image des Bordeaux

Le but du jeu c’est que le consommateur attiré par l’étiquette fun, soit séduit par la qualité du breuvage. « Avec un packaging sans qualité constante du produit, vous vendez une bouteille mais pas deux », résume Jean-Christophe Mauro. La cuvée Covid propose du vin rouge bio, millésimes 2015 et 2016. « C’est un vin qui associe la masse tannique avec l’élégance aromatique du fruit », pointe le vigneron.

« Je trouve ça rigolo le contraste entre l’étiquette très hors cadre et le conservatisme qu’on nous reproche parfois dans la filière de Bordeaux », ajoute-t-il. Le but de l’étiquette, au-delà de faire sourire, est de le démarquer un peu de ses concurrents. « Sur la majorité des bouteilles de Bordeaux, on trouve une dorure or, une vue de château et cinq rangs de vigne en diagonale, analyse-t-il. Et quand vous proposez le même visuel depuis cinquante ans ou plus, vous ne surprenez plus vos clients. On a une présentation des produits beaucoup moins sexy que dans d’autres régions. »

Soucieux de dépoussiérer un peu l’image des vins de Bordeaux, il veut casser les codes en vigueur. « Dans l’arrière-pays de Bordeaux, nous sommes les petits bordeaux, il vaut mieux être décomplexé et assumer pleinement l’authenticité de nos terroirs qui sont intéressants plutôt que de vouloir ressembler aux premiers grands crus classés », tranche-t-il.

Bientôt d’autres idées ?

Jean-Christophe Mauro n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà lancé « le vin qui claque sa mère », qu’il présente comme une porte d’entrée vers des vins plus sophistiqués pour une clientèle plus jeune et parfois moins avertie. Cette cuvée ne rattrape pas le manque à gagner de cet exploitant, lié en particulier à la fermeture des restaurants mais « lisse un peu les pertes », concède-t-il. Il trouve surtout que c’est « un joli tremplin » pour envisager le déconfinement.

Cette cuvée restera éphémère mais il ne devrait pas en rester là pour autant avec ses « étiquettes transgressives ». « On aura d’autres choses à raconter », promet-il.