Bordeaux : Des commerçants réclament des « zones protégées » pour mettre fin aux incidents

MANIFESTATION Ils souhaitent qu’un périmètre soit sanctuarisé pour éviter les dégradations des casseurs

Clément Carpentier

— 

Plusieurs vitrines de magasin ont été cassés lors de la manifestation bordelaise.
Plusieurs vitrines de magasin ont été cassés lors de la manifestation bordelaise. — UGO AMEZ/SIPA
  • Samedi à l’occasion de la réouverture des magasins, des dégradations ont eu lieu sur des vitrines lors du passage de la manifestation contre la loi « sécurité globale ».
  • Des commerçants réclament la mise en place de « zones commerciales protégées (ZCP) » pour éviter les casseurs.
  • La préfecture et la police rappellent que tous ne sont pas d’accords sur ce dispositif et qu’il est surtout très difficile à mettre en place avec un périmètre souvent vaste.

C’est devenu une habitude. Une mauvaise habitude. A chaque manifestation d’ampleur dans les rues de Bordeaux, comme samedi dernier contre la loi « sécurité globale », des casseurs s’introduisent à l’intérieur de celle-ci pour commettre des violences et des dégradations contre certains commerces. « Ils étaient une cinquantaine, ils se sont mis en début de cortège au moment d’arriver dans la rue Sainte-Catherine et ils ont cassé des vitrines d’enseignes nationales et internationales. Ça a duré quinze minutes », explique Christian Baulme, président de la Ronde des Quartiers.

Cette association, qui regroupe plus de 1.300 commerçants bordelais, ne voit pas le bout du tunnel depuis deux ans, entre les « gilets jaunes » et l’épidémie de Covid-19. Ses membres sont aujourd’hui à bout, même si les commerces indépendants ont été épargnés ce samedi. Au final, trois individus ont été interpellés dont l’un est toujours en garde à vue ce lundi. Les deux autres, relâchés, seront bientôt convoqués devant la justice.

Pas de blessé lors de ces violences

Face à ces nouveaux incidents, les réactions se sont multipliées ces dernières heures. Les commerçants mais aussi le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic. Présent dans la manifestation, il affirme qu’il ne faut pas faire « confondre cette manifestation pacifique citoyenne avec les actes acharnés de casseurs » tout en « condamnant fermement » les dégradations. Il souhaite aussi que « le tracé autorisé soit respecté » à l’avenir. La préfecture de la Gironde avait d’ailleurs pris un arrêté d’interdiction de manifester dans l’hyper centre-ville, ce qu’elle a rappelé.

« Le cortège qui faisait un kilomètre a été une difficulté pour nous, notamment pour bouger nos équipes. Les faits n’ont duré qu’un quart d’heure et il n’y a pas eu de blessé ni chez les forces de l’ordre ni chez les manifestants », précise Patrick Mairesse, directeur départemental de la sécurité publique.

Une zone protégée impossible à mettre en place ?

Les commerçants ont, eux, décidé de hausser le ton. La Ronde des Quartiers et plus largement l’association des Commerçants et artisans des métropoles de France (CAMF) présidée par le Bordelais Christian Baulme réclame la mise en place de « zones commerciales protégées (ZCP) ». « On demande ça car les organisateurs ne maîtrisent pas les manifestants, il n’y a pas aucune responsabilité pénale en plus. Toulouse a testé ce dispositif dans son centre-ville et ça a l’air de marcher alors pourquoi on ne le ferait pas autre part ? », insiste-t-il. La CAMF est présente dans 18 métropoles.

A Bordeaux, « la zone protégée se situerait entre la place des Quinconces, la place de la Victoire et le cours Albret », ajoute Christian Baulme auprès de 20 Minutes. Mais est-il possible de la mettre en place ? « On a déjà eu cette discussion avec les commerçants, répond la préfète Fabienne Buccio, mais certains ne veulent pas de ce dispositif car sinon les clients ne viennent plus dans leurs magasins. Ils préfèrent les voir passer pendant dix minutes plutôt que tout soit fermé toute la journée. » Faire des opérations de filtrage ? « C’est très compliqué de reconnaître un manifestant d’un simple client et puis pour prendre l’exemple de la rue Saint-Catherine, il y a une trentaine de points d’entrée, c’est impossible de tout contrôler. On doit aussi faire avec une difficulté supplémentaire à Bordeaux, c’est le sous-équipement en vidéosurveillance, ça ne nous facilite pas le travail », justifie Patrick Mairesse.

Alors que la CAMF souhaite qu’un décret soit pris le plus rapidement possible par le ministère de l’Intérieur pour mettre en place ces zones commerciales protégées, une nouvelle réunion est prévue ce mardi autour de la question des commerces par la CCI de Bordeaux.