Un peu plus de diversité dans la balance

Marion Guillot

— 

Ils n'arrêtent pas de répéter qu'ils sont « très chanceux ». Seize étudiants ont intégré hier la nouvelle classe prépa « égalité des chances » ouverte à Bordeaux par l'Ecole nationale de la magistrature (ENM). Ils ont été sélectionnés sur dossier (master de droit et cursus brillant), mais ce qui a fait la différence lors de l'entretien, c'est leur origine sociale et leur personnalité. Leurs parents ne sont ni médecins, ni universitaires : ils sont caissières, agents d'entretien ou encore retraités...

La moitié a déjà tenté le concours d'entrée à l'ENM, et cette prépa est « une vraie opportunité de rester motivée, confie une étudiante. Sans ça, j'aurais laissé tomber et cherché du travail. » Une chance, mais aussi un challenge : « A partir de maintenant, plus de vacances, ni de sorties le soir. Le concours doit devenir votre obsession », a prévenu Philippe Astruc, directeur adjoint de l'ENM en charge des prépas. Le rythme s'annonce soutenu, entre cours le matin et conférences l'après-midi. Les étudiants passeront même leur premier concours blanc dès cette semaine.

Pour le directeur adjoint, « un candidat bosseur mais d'origine modeste doit avoir ses chances au concours ». Ces prépa gratuites ont en effet vocation à « assurer la diversité du corps de la magistrature ». C'est aussi un moyen de lutter contre « la discrimination par l'argent ». « Cette année, 60 % des candidats au concours ont eu recours à une prépa privée à 3 000 euros, contre 53 % l'an dernier », constate-t-il. L'ENM entend également « lutter contre le handicap culturel dont peuvent souffrir les élèves d'origine modeste », ajoute Philippe Astruc, qui prévoit des sorties à l'Opéra ou au musée. « Pour entrer dans le corps judiciaire, il faut maîtriser certains codes sociaux », avoue-t-il. Une approche qui fait sourire certains : « C'est un peu caricatural. Quand on a un master de droit, on a déjà une certaine culture », note une élève en aparté. « On doit incarner la diversité et adopter des codes sociaux, c'est paradoxal », glisse son voisin. Mais dans leurs yeux, on comprend qu'ils sont prêts à relever le défi. ■