Gironde : A Lacanau, la transformation d’un ancien hôtel du front de mer en logements laisse perplexe

EROSION La ville de Lacanau a autorisé la transformation de l’hôtel L’Oyat, en résidence d’une vingtaine de logements, alors qu’il se situe en plein dans la zone de vulnérabilité du front de mer

Mickaël Bosredon

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Sur le front de mer de Lacanau, l'ancien hôtel L'Oyat sera transformé en une résidence de 19 logements
Sur le front de mer de Lacanau, l'ancien hôtel L'Oyat sera transformé en une résidence de 19 logements — Mickaël Bosredon/20Minutesaël Bosredon/20Minutes
  • L’hôtel L’Oyat, implanté à quelques dizaines de mètres de l’océan sera transformé d’ici à 2021 en une résidence d’une vingtaine de logements.
  • Bien que situé dans la zone de vulnérabilité du front de mer, ce projet est conforme au PLU de la ville de Lacanau, et a été validé par les services de l’Etat.
  • L’objectif de cette zone de vulnérabilité est effectivement de « sanctuariser l’urbanisation » tout en permettant au front de mer de « rester vivant ».

Confinement oblige, il n’y a pas foule ce vendredi sur le front de mer à Lacanau. Mais les rares passants qui se baladent le long de l’océan, dans la limite du kilomètre autorisé, ne manquent pas de jeter un œil au chantier de l’ancien hôtel L’Oyat. Voire s’arrêtent devant, scrutent à l’intérieur, comme pour essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer pour que l’on accepte de transformer le bâtiment, en une résidence d’une vingtaine de logements.

« Cela n'a pas de sens de faire du logement à cet endroit, lâche ce couple de Canaulais, ils sont au courant que dans 30 ans ici ce sera une île ? » Ce qui est certain, c’est que l’édifice, situé à côté de la célèbre brasserie Le Kayok, au sommet d’une dune face à l’océan, est directement concerné par l'érosion du littoral, qui avance d’un peu moins de 2 mètres par an sur la côte sableuse de Nouvelle-Aquitaine. Erosion qui pourrait entraîner un recul de la côte d’une cinquantaine de mètres d’ici à 2050, selon le GIP (Groupement d'Intérêt Public) Littoral.

« Comparer ce dossier avec Le Signal serait aller un peu vite »

Et dans la région, tout le monde connaît l’histoire du Signal, cet immeuble de Soulac-sur-Mer, à quelques dizaines de kilomètres plus au nord seulement, évacué en 2014 à cause précisément de ce risque d’érosion. Construit à 200 m de l’océan dans les années 1960, il n’est désormais plus qu’à une vingtaine de mètres de la côte, et menace de s’effondrer. La bataille juridique engagée par les copropriétaires touche seulement à sa fin, un accord exceptionnel ayant été trouvé avec l’Etat pour une indemnisation qui devrait intervenir en 2021.

C’est justement à l’occasion d’une conférence sur le Signal, il y a quelques jours, que la préfète de Nouvelle-Aquitaine a été interrogée sur L’Oyat. « Ce dossier ne nous a pas échappé, on l’a bien regardé, assure Fabienne Buccio. Nous sommes dans un cas particulier et le comparer avec Le Signal serait aller un peu vite. Nous ne sommes pas en front de mer, et cette construction existait déjà, c’est juste une réhabilitation. Cela aurait été une construction, notre attitude aurait certainement été très différente. » Les services de la préfecture qui ont validé le projet, ajoutent qu’il est « conforme au PLU (Plan Local d'Urbanisme) de la ville » et que les futurs propriétaires « sont informés de la situation. »

« On ne veut pas condamner à la ruine et au dépérissement les bâtiments existant »

Contacté par 20 Minutes, le service communication d’Ideal Groupe, le promoteur immobilier de ce projet, n’a pas pu trouver d’interlocuteur ces derniers jours pour répondre à nos questions. Il nous a envoyé ce mail : « Il s’agit d’un projet de réhabilitation répondant à une volonté de la commune d’entretenir les immeubles existants en front de mer, réalisé dans le respect du PLU. » On notera au passage que la notion de « front de mer » diffère selon les interlocuteurs.

Pour la ville de Lacanau, pas de doute, nous sommes bien en « front de mer. » La commune précise même que le bâtiment se situe en plein dans la « zone de vulnérabilité, dite UBL », une zone d’1,2 km de long sur 250 m de large, à l’intérieur de laquelle « les règles de constructions sont assez restrictives » explique Clément Pelletier, responsable du service d’urbanisme. Mais tout n’y est pas interdit pour autant. L’idée de cette zone de vulnérabilité, est de « sanctuariser l’urbanisation à cet endroit-là » tout en permettant au front de mer de « rester vivant ». « On ne veut pas condamner à la ruine et au dépérissement les bâtiments existant ». Les « aménagements, rénovations, réhabilitations » sont donc autorisés, à condition qu’ils n’augmentent « ni la capacité d’accueil ni la valeur vénale de ces biens », précise Clément Pelletier.

Appartements avec terrasses commercialisés entre 5.000 et 5.700 euros du m2

L’Oyat était un ensemble qui comportait un hôtel de 33 chambres, un restaurant et un espace commercial. « La volonté de la commune était de conserver l’hôtel, car il y a très peu d’offre hôtelière sur le secteur canaulais, explique Clément Pelletier. Mais les propriétaires ne souhaitaient plus poursuivre leur activité et voulaient vendre. Ce bâtiment étant un peu abîmé, aucun repreneur, hormis Ideal Groupe, ne s’est manifesté. Ce promoteur avait de surcroît la volonté de conserver le bâtiment, ce qui nous importait car il est typique de l’architecture balnéaire. Leur proposition était de transformer l’hôtel en 19 logements, et nous nous sommes attachés à vérifier que ni les capacités d’accueil, ni la valeur vénale du bien, ne seraient augmentées. »

La plaquette de promotion du projet, précise que l’on trouvera ici à partir de fin 2021, des appartements avec terrasses allant du T1 au T4, commercialisés à partir de 5.000 euros du m2 pour les petites surfaces, et de 5.700 euros pour les T3. Et indique qu’il n’y a déjà plus de T4 à la vente. « Plusieurs logements ont déjà été vendus, confirme la mairie de Lacanau, et les acquéreurs sont pleinement informés de la situation : dans les actes notariés il est clairement stipulé que leur bien est situé dans cette zone de vulnérabilité. »

Plan du projet de résidence L'Oyat à Lacanau-Océan
Plan du projet de résidence L'Oyat à Lacanau-Océan - Ideal Groupe

Deux scénarios à l’étude pour après 2050, dont la relocalisation du front de mer

Le scénario de la relocalisation de l’ensemble du front de mer sur la partie arrière de Lacanau, est pourtant bien à l’étude, pour la période après 2050. « Notre ambition est de préparer l’avenir de la station balnéaire, assure Eléonore Geneau, chargée de mission littoral et développement durable à la mairie de Lacanau, mais nous attendons encore des mesures au niveau national pour nous permettre de faire de la relocalisation anticipée, car il ne s’agit pas de devoir déguerpir dans l’urgence mais d’anticiper les choses. »

L’autre scénario à l’étude serait de créer « un ouvrage plus haut et plus long » que l’enrochement d’1,2 km de long mis en place après les tempêtes de 2014, celles-ci ayant détruit les protections existantes. « Mais lorsque l’on commence à étudier ce que pourrait être cet ouvrage qui nous protégerait en 2050, on s’aperçoit qu’il faudrait quelque chose de beaucoup plus important que ce que l’on a fait, on change d’échelle en termes technique, d’approvisionnement, d’emprise, de financement… Et s’il fallait protéger encore davantage en 2100, qu’est-ce que cela pourrait donner ? » interroge Eléonore Geneau, qui précise toutefois que « rien n’est tranché » entre ces deux scénarios.

En attendant, « nous réalisons avec l’ONF (Office National des Forêts) de l’accompagnement des processus naturels pour renforcer le cordon dunaire de Lacanau, soit 15 km de rivage, et ralentir l’érosion. » Eléonore Geneau reconnaît toutefois « que la situation s’aggrave depuis les années 1950, et les perspectives liées au changement climatique risquent d’amplifier la situation. »

Paradoxalement, la ville tente pendant ce temps de garder un front de mer attractif, quitte à implanter ces nouveaux logements qu'il faudra, peut-être, relocaliser dans quelques décennies.