Confinement à Bordeaux : « C’est obligatoire », les commerçants s’activent cette fois-ci pour créer leurs sites Internet

COMMERCES Contrairement au premier confinement, il y a une forte demande d’informations et de formation

Clément Carpentier

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Elodie Rodriguez vient de créer son site Internet.
Elodie Rodriguez vient de créer son site Internet. — Elodie Rodriguez
  • De plus en plus de commerçants se renseignent pour créer leurs sites Internet. Une vraie différence par rapport au premier confinement.
  • La CCI de Bordeaux propose des formations accélérées sur deux jours pour les aider à faire du click and collect.
  • Le plus gros travail pour les commerçants est de référencer tous leurs produits un par un.

Depuis mi-octobre, Elodie Rodriguez y passe des heures. Toutes ses journées même avec le confinement. A faire quoi ? Référencer ! Cette commerçante vient de lancer son site Internet : « C’est vraiment obligatoire aujourd’hui ! Je n’ai pas d’autres choix surtout que je fais habituellement un quart de mon chiffre d’affaires à Noël », avoue celle qui tient la boutique de maroquinerie Malena à Sainte-Foy-la-Grande en Gironde. Et apparemment, elle est loin d’être la seule à passer « une dizaine d’heures » par jour sur son ordinateur.

Si pour le moment, il est encore trop tôt pour donner des chiffres et parler d’un vrai phénomène pour Patrick Seguin le président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bordeaux confirme « une prise de conscience » par rapport au premier confinement sur l’e-commerce. « Ça bouge » comme il le répète. « Aujourd’hui sur les nombreux appels (420 par jour) que l’on reçoit à notre cellule de crise Covid-19, 30-40 % sont pour des renseignements sur le click and collect alors qu’en mars dernier, il y en avait très peu voire pas du tout. On nous demandait surtout des informations pour toucher les aides », ajoute un membre de la CCI.

Une formation accélérée en deux jours

Pour Elodie Rodriguez, le projet existait déjà mais clairement l’épidémie de Covid-19 l’a accéléré. « Un site comme le mien coûte bien 4.000 euros et c’est un bel investissement, explique-t-elle, là j’ai dû mettre seulement 200 euros de ma poche grâce aux aides et à la formation que j’ai suivie. » Celle-ci est proposée par la CCI sur deux jours avec différentes thématiques au choix (créer sa boutique Facebook ou/et Instagram, créer son mini-site click and collect, diversifier son chiffre d’affaires : d’une boutique traditionnelle à un site e-commerce, créer son site de vente en ligne ou encore booster son chiffre d’affaires par les réseaux sociaux) pour savoir ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Selon Patrick Seguin, « il y a une forte demande car les commerçants se disent bien qu’il faut se bouger et qu’en plus on n’est pas à l’abri d’une troisième ou quatrième vague. Ils n’ont pas vraiment le choix. On voit même des petits nouveaux arriver, des entreprises de travaux, des sous-traitants industriels. » Des structures qui découvrent pour l’occasion « de nouveaux marchés et clients » avec leur site, affirme le président de la CCI avant de mettre en avant le partenariat national signé avec La Poste : « Ma ville, mon shopping ». Une plateforme pour digitaliser son commerce de proximité en quelques heures.

La difficulté du référencement

Mais attention, tout n’est pas rose. Surtout pas en ces temps de confinement pour les commerçants. Si le site Internet n’est plus vu « comme un concurrent mais bien comme un outil », cela ne se fait pas en deux clics rappelle Patrick Seguin. « Parfois, le commerçant n’a même pas de photos » sous la main et quand il en a, ça prend beaucoup de temps à en croire Elodie Rodriguez :

Pour référencer une dizaine de produits, il me faut une bonne heure et j’en ai 1.500 ! Aujourd’hui seulement 200 sont sur mon site. Et puis, il faut aussi régler tous les petits problèmes à droite, à gauche ou répondre aux clients. »

Des difficultés que pointent aussi les dirigeants de la CCI. Au-delà des inégalités entre les régions, par exemple « Lyon est avance » précise Patrick Seguin, « il faudrait mettre en place à un système à grande échelle, quasi industriel pour développer la digitalisation de nos commerces. » Si les choses bougent, il faudra donc encore du temps et des moyens pour que les 38 % de commerçants de la région bordelaise qui n’ont pas de site Internet franchissent tous le pas.