Confinement : « Je prends le risque d’écoper d’amendes », lance un surfeur basque révolté par l’interdiction

REBELLION NAUTIQUE A l’heure du deuxième confinement, l’interdiction de surfer passe moins bien qu’au printemps auprès de la communauté basque des adeptes de la glisse

Elsa Provenzano

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Illustration de surfeurs à Biarritz.
Illustration de surfeurs à Biarritz. — DAZAY/SIPA
  • Lors du premier week-end de confinement, des surfeurs ont bravé collectivement l’interdit sur la côte basque.
  • Beaucoup ne comprennent pas le danger que représente cette pratique en plein air à une période de l’année où la densité de surfeurs a beaucoup diminué.
  • La fédération française de surf, en attente de précisions sur les dérogations possibles, invite à la patience et au respect des règles du confinement.

C’est une vague de rébellion qui s’annonce sur la côte basque alors qu’un deuxième confinement cantonne les surfeurs sur le sable. « Ce week-end, on était une quarantaine dans l’eau à Saint-Jean-de-Luz où il y avait des vagues magnifiques raconte à 20 Minutes un surfeur et gérant d’une école de surf qui préfère garder l’anonymat. Il va y avoir une fronde c’est sûr parce que ça commence à bien faire… Il n’y a plus de touristes en plus maintenant ».

« Ce week-end il y avait du monde à l’eau et personne n’a été mis à l’amende, il faut voir s’ils vont verbaliser », ajoute, pragmatique, Laurent Ortiz, directeur du Biarritz associations surf clubs.

Pendant ce confinement, il est possible de se promener une heure par jour dans un rayon d’un kilomètre autour de son domicile. Mais, même pour les surfeurs qui ont la chance d’habiter tout près de la mer, il n’est pas possible de mettre la planche à l’eau en toute légalité car toutes les activités nautiques sont interdites par décret, avec quelques exceptions. Un véritable supplice pour les pratiquants à une période de l’année connue pour ces belles vagues et alors que la météo est très favorable.

L’interdiction du surf, un « symbole »

« Moi je prends le risque d’écoper d’amendes, a tranché le surfeur qui préfère rester anonyme et dont l’école est bien sûr fermée. Et il paraît qu’on risque même de la prison mais peut-on vraiment enfermer les gens parce qu’ils ont été surfer ? » Choqué par la réduction des libertés individuelles en lien avec l’épidémie, il estime que l’interdiction de la pratique du surf, si elle n’a pas une grande importance en soi, est un symbole car elle n’a « aucune raison d’être ». Ce sport, pratiqué de façon individuelle et au grand air ne semble pas présenter de risques particuliers de contamination.

Plus mesuré, Jean-François Bernard, surfeur et gérant de l’école Biarritz surf océan, s’étonne du timing puisque le confinement intervient après le départ des touristes alors qu' « on nous a laissés accueillir des milliers de personnes ». Son école a connu une très forte activité touristique cet été, attirant environ 200 élèves, et il a été témoin de scènes bien plus dangereuses qu’une séance de surf. « J’ai vu des apéros avec 30 personnes sur le sable et des apparts loués sur Airbnb ont accueilli des fêtes avec 80 personnes ». Il ne compte pas pour autant jouer les rebelles et va adopter le même comportement que lors du premier confinement : « J’ai joué le jeu, je n’ai pas surfé comme je suis enseignant », ajoute-t-il. Un rassemblement de plusieurs surfeurs serait déjà prévu pour le week-end prochain sur la côte basque.

Des dérogations à préciser

« Les pratiquants doivent rester à la maison, il y a un devoir de citoyenneté même si c’est difficile pour ceux qui vivent à un kilomètre de la mer », insiste la Fédération française de surf, sollicitée par 20 Minutes. La fédération œuvre pour obtenir des précisions sur l’arrêté de la préfecture maritime qui autorise la pratique à certains surfeurs (de haut niveau, professionnels etc.) Comme il n’existe pas de licence professionnelle dans ce milieu, elle est en attente « d’éclaircissements de plusieurs zones de flou », pour pouvoir aiguiller au mieux ses pratiquants.

La municipalité a demandé à la préfecture que la pratique soit élargie au vu de « spécificités culturelles biarrotes » mais dans l’attente, elle recommande la patience et le respect de l’interdiction. « Biarritz vit très difficilement ce deuxième confinement, commente Xavier Delanne, adjoint aux sports à la mairie de Biarritz. Comme d’autres villes, on a mis une cellule psychologique en place pour qu’il se passe dans les meilleures conditions. »

S’il n’y a pas une rébellion en ordre des surfeurs, certains spots à l’abri des regards devraient certainement accueillir les plus frustrés.

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