Coronavirus à Bordeaux : Mesures ciblées précoces et « civisme sanitaire »… Comment la ville a échappé au couvre-feu

EPIDEMIE Alors que la région francilienne et huit autres métropoles vont devoir se plier à un couvre-feu, la capitale girondine y échappe. Des mesures restrictives prises plus tôt qu’ailleurs semblent avoir permis d’enrayer la progression épidémique

Elsa Provenzano

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Le port du masque était obligatoire rue Sainte-Catherine, à Bordeaux, depuis le 11 mai 2020.
Le port du masque était obligatoire rue Sainte-Catherine, à Bordeaux, depuis le 11 mai 2020. — UGO AMEZ/SIPA
  • La métropole de Bordeaux échappe à la mise en place d’un couvre-feu, de 21 heures à 6 heures, à partir de ce samedi.
  • La situation sanitaire s’est améliorée mais les autorités insistent sur la nécessité de ne pas baisser sa garde.
  • Des mesures sanitaires précoces et leur bonne acceptation par la population expliqueraient que la situation soit moins mauvaise que dans d’autres métropoles.

Ce week-end, qui marque le début des vacances de la Toussaint, pourrait avoir un petit goût de confinement pour les habitants de la région francilienne et de huit autres métropoles de France astreintes au couvre-feu entre 21 heures et 6 heures. La métropole girondine y échappe de justesse, ce qui laisse penser que la stratégie des autorités pour contenir l'épidémie s’avère payante, pour l’instant.

La rentrée avait pourtant était difficile avec une forte augmentation du nombre de cas de Covid-19 et Bordeaux avait alors frôlé le seuil d’alerte maximale. La tendance a été inversée même si le virus circule toujours et que le taux d’incidence reste proche de 100 pour 100.000 habitants en Gironde. Les indicateurs sont particulièrement préoccupants pour les plus âgés (plus de 65 ans et plus de 75 ans.)

Actuellement 76 personnes positives au Covid sont hospitalisées en Gironde dont 13 en réanimation contre 22 la semaine précédente. Environ 15 % des lits de réanimation du département sont occupés par des patients Covid et 15 % restent encore disponibles.

Des décisions précoces

La préfète Fabienne Buccio dit s’être attachée à prendre des mesures adaptées, en fonction des informations qui remontaient jusqu’à elle sur la formation de clusters. Elle a pris deux arrêtés avant que des restrictions nationales supplémentaires soient prises par l’Etat fin septembre.

Dans un arrêté du 14 septembre, le fonctionnement des bars est encadré (on ne peut plus consommer debout mais les horaires ne sont pas restreints), avant qu’une mesure nationale de fermeture à 22 h n’entre en vigueur le 28 septembre. L’interdiction de consommation d’alcool sur la voie publique est édictée au même moment. Les délais nécessaires à une fermeture administrative de bars avaient aussi été considérablement raccourcis, passant de 48 à 6 heures seulement. Neuf fermetures avaient eu lieu dans la foulée, on en est aujourd’hui à 16 établissements fermés pour non-respect des règles sanitaires.

Et, dans un arrêté du 25 septembre, elle demande la fermeture des vestiaires sportifs. Ouverts de nouveau depuis la semaine dernière pour les sports type rugby et football, ils restent fermés pour les autres disciplines sportives.

Autre mesure mise en avant : celle qui consiste dans les EHPAD de Gironde à tester tous les résidents dès le premier cas positif, sans attendre trois cas déclarés.

« Un civisme sanitaire »

La préfète s'était déjà félicité des efforts des habitants pour suivre les règles sanitaires, lors des premiers indices de décrue de l’épidémie, dans une conférence de presse le 30 septembre. « Il y a un sens des responsabilités des habitants et des professionnels, une sorte de civisme sanitaire », confirme de son côté pour 20 Minutes Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux. « Le port du masque a été rendu obligatoire dans tout l’hypercentre mais on voit que beaucoup d’habitants le portent bien au-delà de cette zone, il y a eu un effet d’entraînement », ajoute l’élu écologiste, convaincu que les solutions efficaces sont celles qui font l’objet d’une « bonne acceptation sociale ».

Des médiateurs Covid ont été mandatés par la Métropole pour distribuer des masques et dispenser des conseils dans plusieurs quartiers et leurs équipes vont être confortées. Le maire précise immédiatement qu’il ne faut pas verser dans « l’autosatisfaction » et que la situation reste préoccupante.

« Il faut tout faire pour éviter un couvre-feu sur la métropole et c’est ce qu’on fait actuellement, a conclu le maire de Bordeaux. Il faut persévérer dans nos efforts et ne pas baisser la garde ».