Disparition du juge d'instruction: les élèves de l'ENM se sentent déboussolés

BORDEAUX «Je suis rentrée à l'Ecole nationale de la magistrature pour devenir juge d'instruction. Aujourd'hui, je ne sais plus quoi faire...»

Fabienne Cosnay

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 A l’Ecole nationale de la magistrature, en février 2008.
 A l’Ecole nationale de la magistrature, en février 2008. — P. SAURA / 20MINUTES

Joëlle, auditrice de justice de la promotion 2007 de l'ENM, devra formuler ses voeux d'affectation, fin février, pour son premier poste de magistrat. Sans savoir ce que sera exactement le futur «juge de l'instruction» voulu par Nicolas Sarkozy. Au-delà du calendrier de la réforme, c'est sa pertinence et son contenu qui inquiètent les futurs juges.

«La collégialité de l'instruction devait être mise en place en 2010. Or, avant même que cette mesure soit appliquée, on décide de supprimer le juge d'instruction», s'étonne Joëlle. «Il faut arrêter de nous bassiner avec Outreau! s'emporte Valérie, élève en 1re année à l'ENM. On parle toujours du juge Burgaud mais le parquet a aussi sa part de responsabilité dans les dysfonctionnements de cette affaire», rappelle l'auditrice.

Les élèves de la promo 2008 sont aussi déboussolés par les annonces du Président. A partir de la fin mars et jusqu'à la fin décembre, ils partent en stage découvrir les différentes fonctions du métier de magistrat. «On va tous passer six semaines avec un juge d'instruction qui ne sait même pas de quoi est fait son avenir. C'est un peu surréaliste», ajoute Valérie. Du côté des magistrats enseignants, on se sent aussi un peu perdu. «On est tenu d'enseigner cette fonction aux auditeurs de justice sans savoir comment elle va évoluer. C'est assez perturbant», reconnaît François Pradier, chargé de la formation «instruction» à l'ENM. Plus inquiétant, l'école ne sait pas si des postes de juge d'instruction (une vingtaine en moyenne par an) vont être ouverts en 2009 pour la promotion sortante.