Urbanisme : « A Bordeaux même, le programme Euratlantique est quasiment fini », annonce son directeur général Stephan de Faÿ

INTERVIEW A mi-chemin de l'opération urbanistique Euratlantique, qui doit s'achever en 2030, le directeur général de l’établissement, Stephan de Faÿ, annonce que 90 % des projets sur Bordeaux sont lancés, même si tout n'est pas encore sorti de terre

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
— 
Projet de tour en bois Hyperion dans le quartier Euratlantique à Bordeaux
Projet de tour en bois Hyperion dans le quartier Euratlantique à Bordeaux — Jean-Paul Viguier&associés
  • Stephan de Faÿ annonce que « dans les trois années qui viennent les choses vont vraiment commencer à se voir » avec notamment la livraison de la tour Hyperion début 2021, et du quartier Belvédère en 2023.
  • Il assure que la transition écologique est désormais intégrée, puisque « l’ensemble des projets que nous lançons sont composés au minimum de 65 % de bois local. »
  • Le directeur général confirme par ailleurs qu’il pourrait prochainement quitter l’établissement d’aménagement, puisqu’il est en lice pour rejoindre le Grand Paris.

L’immense projet Euratlantique, qui s’étend sur 730 hectares autour de la gare Saint-Jean, sur les communes de Bordeaux, Bègles et Floirac, est arrivé à mi-chemin. Lancée il y a dix ans, cette OIN (Opération d’Intérêt National) doit en effet s’achever en 2030. « Sur l’ensemble du périmètre, nous en sommes à environ 60-70 % de projets engagés, et 15 à 20 % de livrés » estime le directeur général d’Euratlantique, Stephan de Faÿ, qui assure que « dans les trois années qui viennent les choses vont vraiment commencer à se voir. » 20 Minutes fait le point avec le patron de cette immense opération urbaine, qu’il pilote depuis six ans.

Stephan de Faÿ, directeur général de l'établissement public Euratlantique

Y a-t-il eu du retard sur certaines réalisations en raison de la crise du Covid ?

On a globalement perdu trois mois sur les projets, pas plus que cela. On n’a même pas de retard du tout pour la tour Hyperion [tour de 57 m composée en partie en bois], qui sera livrée début 2021. Globalement, la machine ne s’est pas arrêtée.

Euratlantique est une opération qui se déroule davantage sur la rive droite que sur la rive gauche dorénavant ?

On a même bien avancé sur la rive droite, puisqu’on peut dire que le secteur Deschamps/Belvédère, du point de vue de l’aménageur, est terminé, même si les livraisons de bâtiments se feront d’ici deux ans environ. De façon générale, à Bordeaux même, le programme Euratlantique est quasiment fini, puisque environ 90 % des projets sont engagés. Il n’y a plus beaucoup de sujets qui restent à régler, hormis quelques fonciers qui appartiennent à la SNCF, et le quai de la Souys sur la rive droite.

Projet de grande place publique dans le futur quartier du Belvédère, dans le périmètre Euratlantique à Bordeaux
Projet de grande place publique dans le futur quartier du Belvédère, dans le périmètre Euratlantique à Bordeaux - GGau-A2studio

Comment est-ce que les relations se passent avec le nouveau maire Pierre Hurmic ?

Pierre Hurmic est quelqu’un de profondément à l’écoute, et exigeant. Pour lui, on n’en est plus à l’âge des symboles pour l’écologie, il s’agit d’industrialiser la transformation écologique de la société. Nous nous retrouvons dans ce constat. Prenons la construction bois : oui, nous avons utilisé la tour Hyperion comme un symbole, mais au profit d’un seul objectif, qui était de transformer la façon de faire. Et depuis 2019, l’ensemble des projets que nous lançons sont composés au minimum de 65 % de bois local.

Sur la végétalisation, un aspect important du programme de Pierre Hurmic, Euratlantique coche-t-elle les cases aussi ?

Euratlantique rend plus d’espace à la nature qu’il n’y en avait auparavant. Dans le quartier du jardin d’Ars, il devait y avoir 2.000 m2 d’espaces verts avant l’opération, là nous sommes en train de réaliser un parc de 7,5 hectares, et je ne parle même pas de tous les autres îlots.

Vue du futur Jardin de l'Ars, dans le quartier Euratlantique à Bordeaux.
Vue du futur Jardin de l'Ars, dans le quartier Euratlantique à Bordeaux. - OLM Paysagistes

L’enjeu est aussi de maîtriser le prix de sortie des logements, qui ne cesse de grimper à Bordeaux… Y parvenez-vous ?

Le rapport de la Cour des comptes vient de souligner que l’action d’Euratlantique permet de diminuer le prix moyen des logements neufs, de 2.000 euros par rapport à l’ensemble de la commune de Bordeaux. Nous sommes effectivement à 3.700 euros du m2, contre 5.700 euros à Bordeaux, selon les derniers chiffres de l’observatoire du Sud-Ouest [le prix des logements neufs sur l’ensemble de la métropole est de 4.400 euros selon la Fédération des Promoteurs Immobiliers].

Comment y arrivez-vous, grâce aux coûts de construction, au prix du foncier ?

Les coûts de construction sur Bordeaux c’est une catastrophe. En six ans, nous sommes passés de 1.200 euros du m2 à 2.200 euros. Coût des matériaux, difficulté à recruter de la main-d’œuvre, il y a plusieurs explications à cela… Et les chantiers d’Ile-de-France aspirent énormément, avec le réseau du Grand Paris. A un moment, il fallait réserver plusieurs mois à l’avance pour trouver une grue à Bordeaux car le matériel était sur Paris ! Donc, c’est en agissant sur le foncier que l’on tire les prix vers le bas. Notre politique est de préempter le foncier, quand les prix commencent à s’envoler.

Euratlantique, ce sont aussi des projets culturels, notamment un aquarium sur la rive droite, et un lieu à définir dans la halle Gattebourse au jardin d’Ars. Où en est-on ?

Ces deux projets font partie des points d’interrogation que j’ai avec la nouvelle municipalité. Le projet d’aquarium n’est pas du tout abandonné, nous étions même prêts début mars à lancer le choix de l’architecte, mais avec la crise du Covid et le changement de municipalité, on a décidé de patienter un peu. Le point positif, est qu’il y a un projet éducatif autour des océans qui est séduisant, le point négatif, c’est qu’il joue un rôle d’attracteur urbain, et j’ai le sentiment que ce n’est pas la priorité de Pierre Hurmic… Donc, à voir. Sur la halle Gattebourse, il y a un autre facteur qui vient jouer, c’est que le tour de table financier est difficile à boucler, et quand un projet est dur à monter, ce n’est jamais bon signe.

Et quid de la passerelle Eiffel ?

La passerelle Eiffel à Bordeaux sera aménagée pour accueillir des circulations piétonnes et cyclistes. Photo : Sebastien Ortola
La passerelle Eiffel à Bordeaux sera aménagée pour accueillir des circulations piétonnes et cyclistes. Photo : Sebastien Ortola - S. ORTOLA / 20 MINUTES

Cela avance, même si cela reste compliqué en termes d’étude. L’idée qui émerge, c’est de reconstituer l’estacade qui a existé jusqu’au début des années 1980, qui permettait de longer la passerelle à l’extérieur, parce qu’à l’intérieur nous prévoyons d’y installer des lieux un peu insolites - artistes et restaurants - dans des modules en bois en forme de wagons. C’est l’architecte Julien Vincent qui est à l’origine de l’idée.

Dernière question : la rumeur bordelaise vous donne sur le départ… Est-ce vrai ?

Je ne le sais pas. On m’a proposé de rejoindre Grand Paris Aménagement, et je n’ai pas dit non. Mais le processus de recrutement n’est pas terminé, et je ne suis pas seul en lice… Euratlantique c’est passionnant, je suis bien à Bordeaux, mais Grand Paris c’est une richesse extraordinaire, avec 85 projets d’aménagement quand même.