Evacuation d’un squat à Bordeaux : « Il n’y a eu aucune considération pour le contexte épidémique et la tempête », estime la mairie

SOCIAL La nouvelle majorité municipale a abrité dans l’urgence 200 Bulgares samedi soir, après l’évacuation d’un des plus gros squats de l’agglomération par la préfecture, vendredi matin

Elsa Provenzano

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Les caravanes, très abîmées, prennent l'eau et ne peuvent pas toujours prendre la route.
Les caravanes, très abîmées, prennent l'eau et ne peuvent pas toujours prendre la route. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Vendredi la préfecture a évacué un squat occupé par plusieurs centaines de Bulgares à Bordeaux.
  • Samedi soir, la mairie de Bordeaux a mis à la disposition de ces personnes un hangar inoccupé sur les quais de Brazza.
  • La nouvelle majorité municipale veut mettre en place des campements pérennes pour accueillir dignement ces populations qui ne sont pas nomades.

A l’intérieur du hangar, la température est la même qu’à l’extérieur mais au moins ses occupants sont à l’abri des intempéries. Sur les quais de Brazza, à Bordeaux, à proximité du programme immobilier du même nom, un entrepôt appartenant à la métropole a été mobilisé samedi en urgence pour accueillir 200 personnes, expulsées vendredi du squat de la rue Lajaunie par décision préfectorale.

200 Bulgares ont été installés par la mairie dans un entrepôt appartenant à la Métropole, quai de Brazza.
200 Bulgares ont été installés par la mairie dans un entrepôt appartenant à la Métropole, quai de Brazza. - E.Provenzano / 20 Minutes

Une femme balaie comme elle peut les alentours de sa caravane, les hommes font un petit feu ou bâchent les caravanes restées à l’extérieur. Pendant ce temps, les enfants sillonnent le hangar en trottinette, d’autres, en bas âge, sont en poussette ou dans les bras de leurs mères.

De l’eau et des couvertures distribuées

« On a procédé à une mise à l’abri dans l’urgence ce week-end, explique Harmonie Lecerf, adjointe au maire de Bordeaux chargée de l’accès aux droits et des solidarités qui était sur place ce lundi. Leurs caravanes sont vétustes et prennent l’eau, et ils s’étaient installés sur le site Borifer sur lequel ils ne pouvaient pas rester car il est très pollué. Le CCAS a distribué des packs d’eau, des couvertures et on va organiser une distribution de masques. » Un accès à l’eau par l’extérieur existe actuellement sur le site mais les services de la métropole vont être mobilisés pour permettre un raccordement plus large.

Les services de la ville et de la Métropole travaillent à proposer un accès à l'eau.
Les services de la ville et de la Métropole travaillent à proposer un accès à l'eau. - E.Provenzano / 20 Minutes

Elle rappelle que la météo était très mauvaise ce week-end. « Il n’y a eu aucune considération pour le contexte épidémique et la tempête », estime-t-elle. La préfecture de la Gironde insiste de son côté sur les risques liés à la sécurité du site de Lajaunie : « Outre l’illégalité de cette occupation, les risques étaient importants pour les occupants tant en termes de sécurité [risques incendie et électrocution liés aux nombreux branchements électriques dangereux] que de santé [insalubrité et accumulation des déchets favorisant la prolifération de rats]. »

« Ce ne sont pas des nomades »

Une soixantaine de caravanes ont été déplacées sur ce site, au 87, quai de Brazza, avec l’aide des autorités. « Ce ne sont pas des nomades, relève l’adjointe. Ils n’ont pas toujours de voitures pour tirer leurs caravanes et certaines sont en si mauvais état qu’elles se sont ouvertes sur la route ». La mairie a découvert que le site de Lajaunie était évacué le matin même. « On n’envisageait pas qu’il y ait une évacuation sans orientation des personnes », glisse l’adjointe, fustigeant sur le principe des expulsions qui conduisent à la constitution de nouveaux campements un peu plus loin et compromettent le suivi social des occupants.

« Près de 100 places d’hébergement avaient été mobilisées pour la mise à l’abri des publics vulnérables, assure la préfecture dans son communiqué. Toutes les personnes qui le souhaitaient ont été hébergées soit 29 personnes. La grande majorité des occupants du squat a souhaité repartir avec véhicules et caravanes. » Harmonie Lecerf insiste sur le caractère temporaire de cet hébergement à l’hôtel « pour le week-end » et pour 29 familles seulement.

Une soixantaine de caravanes et environ 200 personnes ont été mises à l'abri dans cet entrepôt de la rive droite bordelaise.
Une soixantaine de caravanes et environ 200 personnes ont été mises à l'abri dans cet entrepôt de la rive droite bordelaise. - E.Provenzano / 20 Minutes

Des ETI pour accueillir ces populations

Pour traiter à plus long terme la problématique des squats, la majorité envisage de développer des ETI, pour espaces temporaires d’insertion, qui sont « des campements où les collectivités s’investissent pour qu’ils soient pérennes. C’est un peu l’équivalent des aires de grand passage pour les gens du voyage ». Elle va devoir d’abord réaliser un diagnostic global des différents squats, rendu plus compliqué après des expulsions. Sur la métropole, plusieurs centaines de Roms voire un millier seraient concernés.