Bordeaux : Des experts veulent percer le mystère du tombeau présumé de Michel de Montaigne

ARCHEOLOGIE Une deuxième campagne de fouilles est en cours dans les sous sols du musée d'Aquitaine de Bordeaux où reposerait la dépouille du célèbre philosophe 

Elsa Provenzano

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Une équipe de spécialistes a ouvert le précieux contenant en plomb. Lancer le diaporama
Une équipe de spécialistes a ouvert le précieux contenant en plomb. — L.Gauthier / Mairie de Bordeaux
  • Une deuxième campagne de fouilles sur la sépulture présumée de Michel de Montaigne est en cours dans les sous-sols du musée d’Aquitaine.
  • Les spécialistes ont ouvert le contenant en plomb dans lequel reposaient des restes qui vont être minutieusement analysés.
  • Ils seront peut-être en mesure d’affirmer qu’il s’agit de la dépouille du philosophe au cours de l’année 2021, notamment après d’éventuelles comparaisons ADN.

« C’est un individu adulte, de sexe masculin mais à ce stade on ne sait pas encore s’il s’agit de Michel de Montaigne, on espère une réponse en 2021 », a précisé ce vendredi l’archéo-anthropologue en charge de l’opération Hélène Réveillas, décevant un peu son auditoire.

Le suspense autour de la dépouille du philosophe, mort en 1592, reste encore entier. Il faut dire que prouver scientifiquement que les restes sont ceux de l’auteur des Essais n’est pas une mince affaire. S’il a été inhumé dans le couvent des Feuillants, devenu le musée d’Aquitaine, à Bordeaux, les déplacements de ses restes pour des rénovations et après un incendie brouillent un peu les pistes. « On sait que le 11 avril 1886, il est réinhumé dans le palais des facultés, aujourd’hui musée d’Aquitaine », souligne Laurent Védrine, le directeur du musée. C’est après cette date qu’on perd la trace du cercueil.

Les restes passés au peigne fin

Le musée d’Aquitaine a mené en 2018 des investigations dans son sous-sol, à l’occasion d’une opération de restauration du cénotaphe, tombeau sans corps, et a découvert  un cercueil en bois. Une première campagne de fouilles a déjà eu lieu en 2019 et avait commencé à étudier le tombeau et le cercueil, sans ouvrir le contenant en plomb que celui-ci abritait.

Le travail d'analyse des restes retrouvés va se poursuivre en 2021.
Le travail d'analyse des restes retrouvés va se poursuivre en 2021. - L.Gauthier / Mairie de Bordeaux

C’est une équipe habillée de combinaisons, charlottes, masques et gants pour éviter toute contamination des lieux qui a descellé avec précaution le contenant en plomb, en retenant son souffle. On devinait la mine réjouie des spécialistes sous les masques devant le très bon état de conservation des restes.

Une vingtaine d’experts s’échinent maintenant à analyser les ossements, tissus, matières organiques diverses et même insectes qui y ont été retrouvés. « Chaque carré d’une taille de 0,25 mm va être tamisé, notamment pour tenter de trouver les calculs rénaux (dont souffrait l’écrivain), pointe l’archéo-anthropologue. On sait aussi qu’on lui a prélevé le cœur, qui est resté en Dordogne, et c’est une opération qui peut laisser des traces sur les ossements ».

Un travail de tamisage va être mené pour analyser l'ensemble des restes : tissus, ossements et matière organique.
Un travail de tamisage va être mené pour analyser l'ensemble des restes : tissus, ossements et matière organique. - L.Gauthier / Mairie de Bordeaux

Des tests ADN à venir

A ce stade, les scientifiques peuvent attester que ce qu’ils ont découvert correspond aux rites funéraires de l’époque de Michel de Montaigne et il n’y a pas d’indices en défaveur de l’hypothèse selon laquelle le musée d’Aquitaine abrite la dernière demeure du philosophe. Mais, il faudra attendre les prochaines analyses et parmi elles, une datation au carbone 14 et une reconstitution faciale qui sera comparée aux nombreux portraits de l’érudit pour établir des certitudes.

Le squelette, quasiment entier, a été bien conservé mais la qualité des ossements ne préjuge pas de la possibilité d’un prélèvement ADN, avertit l’archéo-anthropologue. L’historien Laurent Coste est parallèlement à la recherche d’un descendant du philosophe pour qu’une comparaison ADN puisse être possible.

Dans un petit cylindre, en plomb lui aussi, retrouvé dans la même crypte que le cercueil, le procès-verbal de translation des restes de Michel de Montaigne a été mis à jour. « C’est un parchemin glissé dans une fiole de pharmacie qui porte témoignage de ce qui était ici, c’est comme une bouteille à la mer », s’émerveille Laurent Védrine, directeur du musée d’Aquitaine. Mais attention, pour l’équipe scientifique il n’a pas valeur de preuve puisqu’une erreur administrative est toujours possible. La démonstration que cette sépulture est celle du philosophe reste encore bien à faire.