Les gardiens vont bientôt prendre le large

Marion Guillot Photos : Pascal Saura

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Ils laisseront la lanterne allumée en partant. Les quatre gardiens de Cordouan, dernier phare surveillé de France, à sept kilomètres de l'embouchure de l'estuaire de la Gironde, devraient quitter les lieux en avril 2010 au plus tard. Menacés d'être rapatriés depuis avril 2007, après l'automatisation du système d'éclairage en 2006, l'appui de certains élus leur a permis d'obtenir ce sursis. Pourquoi cette date ? « Parce qu'en avril 2010, nous serons deux à pouvoir partir en retraite », explique Jean-Paul Eymond, en poste à Cordouan depuis janvier 1977. Mais après eux, la relève ne sera plus assurée. Puisque désormais, la lampe s'allume toute seule, la présence d'agents des Phares et balises sur place, 24 heures sur 24, n'est plus nécessaire. Un nouveau mode de gestion doit donc être élaboré, et un comité de pilotage, conduit par la préfecture, planche sur la question depuis 2006. Selon ses premières conclusions, les gardiens pourraient être remplacés par une société de gardiennage et un animateur culturel, qui accueillerait les visiteurs en été.

Situé en pleine mer, au milieu d'un banc de sable, « le Roi des phares » n'est accessible qu'à marée haute, et encore, lorsque la météo s'y prête... Le site n'en est pas moins très fréquenté : « Environ 22 000 touristes le visitent chaque année », indique Alain Brocard, responsable de la subdivision Phares et balises du Verdon. Sans compter les plaisanciers qui, aux beaux jours, mouillent par dizaines autour du monument, pour pêcher à pied sur le banc de sable. Mais dans le phare, point de buvette, ni de cartes postales : le touriste doit se contenter de monter les 311 marches et d'apprécier l'architecture épurée de l'ouvrage.

Aujourd'hui, alors que les gardiens des Phares et balises sont sur le départ, l'heure de la valorisation culturelle et touristique de Cordouan a sonné. « Mais la situation juridique est extrêmement complexe », note Alain Brocard. Propriété de l'Etat, ce « Versailles de la mer », achevé en 1789 et classé Monument historique en 1862, est placé sous la tutelle du ministère de l'Aménagement durable (Medad). La valorisation culturelle et touristique du site pourrait toutefois être confiée aux collectivités territoriales des deux rives, par le biais du Syndicat mixte pour le développement durable de l'estuaire de la Gironde (Smiddest). Cette structure associe les conseils généraux de Gironde et de Charente-Maritime, ainsi que les conseils régionaux d'Aquitaine et de Poitou-Charentes. Sur le principe, tous sont unanimes pour partager un monument aussi prestigieux. Mais l'opération ne s'annonce pas très lucrative. « Les coûts de gestion du site, qui incluent l'accueil du public, les visites et la permanence sur place, ont été chiffrés à 450 000 euros annuels », précise le sous-préfet de Lesparre, Olivier Delcayrou, en charge du comité de pilotage sur l'avenir de Cordouan.

Or, les entrées et produits dérivés ne suffisent pas à couvrir ce budget. « Il resterait 130 000 à 150 000 euros à la charge des collectivités », conclut le sous-préfet. Un plan de financement reste aussi à définir pour l'aménagement intérieur du phare, ainsi que pour les travaux de rénovation du fût (la partie haute), évalués à 12 millions d'euros. « C'est un caillou qui ne peut pas rendre beaucoup d'argent », observe le responsable de la subdivision Phares et balises du Verdon. Mais le sous-préfet de Lesparre a bon espoir d'arriver à un accord entre collectivités et Etat dans le courant de l'année. ■