Nouvelle Aquitaine : Un textile anti-UV, résistant et « une bombe nutritionnelle », le chanvre séduit de plus en plus

ECONOMIE Depuis mars dernier et jusqu’au printemps 2022, la Région veut structurer une filière autour du chanvre en Nouvelle-Aquitaine. A l’heure de l’inventaire, les projets sont déjà nombreux mais demandent à mûrir

Elsa Provenzano

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Environ 500 hectares de chanvre sont cultivés en Nouvelle Aquitaine.
Environ 500 hectares de chanvre sont cultivés en Nouvelle Aquitaine. — Les chanvres de l'Atlantique
  • La Région veut structurer une filière du chanvre en Nouvelle-Aquitaine, où 520 hectares sont plantés.
  • Déjà plusieurs entrepreneurs s’attachent à développer des projets autour du textile, ou de l’alimentation en s’appuyant sur les vertus de cette plante qui a souffert d’une mauvaise image.

La culture du chanvre (une variété de cannabis mais sans THC) commence à se faire remarquer en Nouvelle Aquitaine. La Région a commandé une étude, lancée de novembre à février 2019, qui a montré un potentiel de développement étonnant dans la construction, l’alimentaire, le textile et le bien-être.

Ce matériau robuste, utilisé longtemps pour les cordages de bateau, les voiles ou encore le papier a été détrôné par les produits issus de l’industrie pétrochimique, après la révolution industrielle. Aujourd’hui, on redécouvre ses qualités. « Sa culture ne demande pas d’intrant, peu d’eau et nettoie les sols, elle est très intéressante d’un point de vue environnemental », souligne Virginie Thomas, chargée de l’unité filières vertes à la Région, pointant la cohérence avec la feuille de route écologique de l’institution appelée Néo-terra.

Depuis le printemps 2020 et jusqu’en mars 2022, la Région entend structurer la filière, en faisant l’inventaire des acteurs et des débouchés possibles. Les derniers chiffres datant de 2018 relèvent 520 hectares de culture de chanvre dans la région. « C’est rarement une monoculture, les agriculteurs y voient plutôt une possibilité de diversification supplémentaire », indique Virginie Thomas. Si les surfaces cultivées sont encore faibles, des entrepreneurs ont déjà commencé à valoriser du chanvre et voient en lui un très gros potentiel.

« On veut qu’il puisse remplacer le polyester »

En 2016, Charles Reboux, podologue de formation, fonde RBX Créations et se lance dans la confection de chaussures écologiques en Charente-Maritime et par ce biais s’intéresse au chanvre pour leurs revêtements. Un peu plus tard, avec sa sœur Anne Reboux, il crée  Gorfoo, qui proposent des produits en lin et en chanvre, et notamment des casquettes en chanvre, une matière qui protège bien des UV.

Pour aller plus loin dans la valorisation de la tige du chanvre et proposer des tissus plus fins, ils travaillent avec le chanvre mellois, une association qui regroupe neuf cultivateurs de chanvre. « On fait de la R & D pour la transformer en fibre textile et qu’elle puisse remplacer le polyester, explique Anne Reboux. 80 % des fibres textiles sont des dérivés du pétrole et du coton industriel ». L’idée est aussi de l’adapter aux machines de tissages existantes. Encore plusieurs années seront nécessaires pour affiner cette nouvelle fibre, baptisée Iroony. 

« Des protéines incroyables »

Il y a cinq ans, quand Vincent Lartizien parle de son projet de chanvre autour de lui, les moqueries fusent. « On était des surfeurs qui voulaient vendre du cannabis », se souvient-il. Cet ancien surfeur a vécu 20 ans aux Etats Unis où il a beaucoup entendu parler des vertus du chanvre. Quand il a voulu se lancer dans la création de surf wear en accord avec ses valeurs écologiques, il s’est naturellement intéressé à cette matière. Il n’y a alors plus beaucoup de culture en France.

« La graine est un concentré de protéines de grande qualité à la fois complexes et digestes, explique-t-il. Elle contient des acides gras essentiels qu’on ne trouve que dans certains poissons. C’est une bombe nutritionnelle ». Les graines décortiquées ont un goût de noisette avec lesquelles on peut aussi produire de l’huile. Au total, sa société « les chanvres de l'Atlantique » propose des produits alimentaires autour du chanvre, vendus en magasins bio spécialisés et aussi des vêtements en chanvre. « C’est la cinquième année et on double chaque année nos ventes », glisse Vincent Lartizien.

Aidé par des financements privés du milieu du surf, il porte un projet de construction d’une usine de 1400 m2 en béton de chanvre dans les Landes qui devrait ouvrir à l’été 2021. « Ici dans les Landes il y a un potentiel gigantesque car on ne plante que du maïs or la culture du chanvre nettoie les sols et peut se faire sans système d’irrigation », insiste-t-il. Pour ces entrepreneurs, l’appui de la Région permet de changer l’image du chanvre et renforce leur conviction qu’il est promis à un très bel avenir.