Coronavirus à Bordeaux : « C’est une catastrophe » estiment les professionnels de l’événementiel

ECONOMIE Avec l’abaissement, lundi, par la préfète de la Gironde de la jauge de 5.000 à 1.000 dans les lieux ouverts au public et la limitation à dix personnes pour les fêtes privées, les opérateurs de l’événementiel n’envisagent pas de reprise

Elsa Provenzano

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Un mariage avec des gants pour prévenir la propagation du coronavirus, le 19 juin 2020.
Un mariage avec des gants pour prévenir la propagation du coronavirus, le 19 juin 2020. — Tatan Syuflana/AP/SIPA
  • Le secteur de l’événementiel est frappé de plein fouet par les nouvelles mesures sanitaires annoncées ce lundi par la préfète de Gironde.
  • Les opérateurs considèrent qu’elles les empêchent de travailler.
  • Ils estiment qu’il leur faudra plusieurs années pour se remettre de cette crise.

Le secteur de l’événementiel bordelais a le moral en berne au lendemain des annonces de la préfète de la Gironde, qui a pris de nouvelles mesures ce lundi pour lutter contre la propagation du coronavirus dans un département classé rouge.

Les fêtes privées doivent à présent se limiter à dix participants alors, qu’avec juin, septembre est le mois plébiscité par les mariés pour se dire oui. « Avant ces dernières mesures on s’était adaptés : on n’installait pas plus de dix personnes par table, les serveurs étaient masqués, on ne proposait plus de buffet mais des passages de plateaux et des repas assis, égrène Eva Buisson, directrice commerciale du traiteur Le Nectar. Mais maintenant, on ne peut plus travailler. »

La société de traiteurs fait face à une vague d’annulations de la part des futurs mariés mais aussi des entreprises qui repoussent leurs conférences, séminaires, présentation de produits etc. Or, ces événements professionnels représentent 80 % de son activité, les mariages étant davantage saisonniers. La directrice commerciale ne cache pas son inquiétude « je commence à avoir peur pour notre activité économique ». Elle fustige des mesures très radicales pour un secteur déjà en plein désarroi : « Il faut protéger les gens mais il faut aussi les traiter comme des adultes », estime-t-elle.

Le dirigeant de la société Congrès et Expositions de Bordeaux (CEB) Eric Dulong est aussi abattu : « Ces nouvelles mesures compromettent sacrément l’organisation d’événements, une jauge à 1.000 c’est une catastrophe. »

Le sentiment d’un retour en arrière

Beaucoup d’événements professionnels d’envergure, réunissant plusieurs milliers de personnes, avaient déjà été annulés. On a appris ce mardi l’annulation de la foire internationale de Bordeaux après celle du salon Vinitech-Sifel il y a quelques jours. Et, pour ceux qui restent dans les clous de la jauge de 1.000 personnes, le durcissement des mesures sanitaires fait que « les organisateurs ont peur de passer le pas, pointe Amélie Déchénais, responsable du Bordeaux Convention Bureau. Cela va être très compliqué, on revit ce qu’on a déjà vécu au mois de mars. »

Thierry Perceval, gérant de Dushow Bordeaux, société qui propose des solutions techniques pour le spectacle vivant, a aussi le sentiment de revenir en arrière : « La reprise n’a pas eu lieu et cela ne va pas aider ». Depuis le déconfinement, ce prestataire qui emploie 30 personnes à Bordeaux ne travaille presque plus car tous les festivals sur lesquels il devait intervenir cet été ont été annulés les uns après les autres.

Si Amélie Déchénais convient que les mesures sanitaires sont plus difficiles à faire respecter pour les fêtes privées, elle relève qu' « il n’y a eu aucun cluster en lien avec un événement professionnel. » « On est des professionnels de l’événementiel, on sait organiser la sécurité et contrôler les flux de visiteurs, appuie Eric Dulong. Et quand on voit que les grandes surfaces restent ouvertes, on a du mal à comprendre ».

Il faudra du temps à un secteur pour lequel l’anticipation est le maître mot pour se relever d’une telle crise. « Il nous faudra attendre 2023-2024 pour retrouver notre niveau de 2018-2019, pronostique Eric Dulong. Pour l’instant le carnet de commandes pour 2021 est bon mais on est obligés d’être attentistes ». Les opérateurs espèrent un assouplissement des mesures aussi rapidement que possible, pour commencer à remonter la pente. La préfète doit réévaluer les mesures sanitaires d’ici début octobre.