Bordeaux : Un étonnant « navire sur pattes » arrive au port du Verdon pour sonder le fond des océans

EXPLORATION Le port du Verdon (Gironde) accueille le jack-up « Jill », un étonnant navire dont la plate-forme peut s’élever au-dessus du niveau de la mer, et qui partira ensuite en mission au large du Porge et de Bayonne

Mickaël Bosredon

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Le jack-up Jill est un bateau équipé de jambes mobiles, et d'une coque capable de s'élever au-dessus de la mer
Le jack-up Jill est un bateau équipé de jambes mobiles, et d'une coque capable de s'élever au-dessus de la mer — Jack Olsen
  • Ce jack-up est un bateau plateforme qui sert pour les travaux maritimes.
  • Au Verdon, il chargera des composants électriques, générateurs, transformateurs… destinés à des forages géologiques.
  • Ensuite, il partira sonder les fonds marins entre Le Porge et Bayonne, en vue de travaux de raccordement électriques sous-marins entre l’Espagne et la France.

Habitué aux passages de pétroliers ou paquebots de croisière, le port du Verdon (Gironde) va accueillir cette fois-ci un navire pas comme les autres. Ce mercredi, un jack-up (ou plateforme autoélévatrice), c’est-à-dire un bateau équipé de jambes mobiles et d’une coque capable de s’élever au-dessus du niveau de la mer a en effet accosté à une dizaine de mètres du quai. Il fera escale pour trois jours à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, jusqu’au 12 septembre.

Large de 41 m, long de 56 m, le jack-up Jill atteint les 85 m avec la plate-forme hélicoptère. Opéré par Fred Olsen Windcarrier, ce navire battant pavillon américain arrive des Pays-Bas.

Il se chargera en matériel en vue de forages géologiques

« Au Verdon, il effectuera ses opérations de manutention grâce à trois grues de bord, explique Bordeaux Port Atlantique. Il chargera des composants électriques, générateurs, transformateurs, destinés à des forages géologiques. Ces colis lourds, venus de toute l’Europe, ont été pré-acheminés par voie maritime par le navire océanographique le Miltis. »

« Notre rôle va être de coordonner toutes les personnes qui vont intervenir sur ce bateau, de façon à ce que l’escale se passe au mieux, explique Gilles de Montalembert, agent maritime au port de Bordeaux. Ce n’est pas un navire commun pour nous, sachant que notre cœur d’activité c’est le pétrole et le gaz, mais on a déjà eu des navires de recherche au port de Bordeaux. »

Le Jill partira ensuite effectuer sa mission, c’est-à-dire réaliser des sondages géotechniques, ou carottages, au fond de l’océan entre Le Porge et Bayonne. Il s’agit de préparer les énormes travaux de raccordement électrique sous-marin entre l’Espagne et la France pour le compte de RTE (Réseau de transport d’électricité). « Ce bateau effectuera des trous de 50 m pour nous permettre de connaître l’état du sous-sol, explique à 20 Minutes le directeur du projet chez RTE, Etienne Serres. Seul un bateau de ce type peut faire des carottages dans une zone si proche de la côte (soit à environ 700 m), car c’est l’endroit où les vagues cassent le plus. Il pose ses pieds, se surélève, et peut ainsi travailler indépendamment de la hauteur des vagues. »

Un projet de 280 km de câbles sous-marins

Le projet « Golfe de Gascogne » d’interconnexion électrique entre la France et l’Espagne est un projet de liaison en courant continu, en grande partie sous-marine, d’une capacité de 2.000 MW et d’environ 370 km entre le poste de Cubnezais, en Gironde, et le poste de Gatika, situé au nord-est de Bilbao, en Espagne. Il comportera 280 km environ de câbles sous-marins. Porté par Réseau de transport d’électricité pour la partie française et par Red Eléctrica de España (REE) pour la partie espagnole, il permettra de doubler les échanges d’électricité entre les deux pays.

De nouvelles études en mer vont être réalisées jusqu’à fin octobre dans le cadre de ce projet. Ces études de reconnaissance géophysique et géotechnique « permettront de préciser les solutions techniques de contournement du canyon (ou gouf) de Capbreton et de compléter les données déjà acquises sur le tracé maritime validé de l’interconnexion » explique RTE. « Elles seront effectuées d’une part au nord et au sud du canyon de Capbreton (Landes) et d’autre part dans le Médoc, au Porge (Gironde). »

Obligation de contourner l'énorme canyon sous-marin de Capbreton

L’idée de départ du projet était que la connexion traverse ce gigantesque canyon sous-marin. « Il s’avère que ce n’est pas possible, poursuit Etienne Serres. Le canyon de Capbreton démarre à 300 m du port, et on a regardé toutes les solutions techniques : poser un câble au fond du canyon, creuser sous le canyon, passer au ras ou sur la plage… Nous n'avons trouvé aucune autre solution qu’un contournement terrestre. Donc, nous entamerons en octobre une phase de concertation avec le public, pour trouver un tracé terrestre sur environ 10 à 20 km. »

Le démarrage des travaux de cette connexion est prévu pour 2023, et doit entrer en service en 2027. RTE porte d’autres projets de connexion sous-marine de grande ampleur, comme une interconnexion qui s’achève entre la France et l’Angleterre, ainsi que des projets de raccordement d’éoliennes offshore à la terre, comme à Saint-Nazaire.