Bordeaux : « Nous enregistrons une hausse de 10 à 15 % de cyclistes sur la métropole »

INTERVIEW Maire EELV de Bègles, et vice-président de la métropole en charge des mobilités, Clément Rossignol-Puech annonce dans un entretien à « 20 Minutes » une forte hausse du nombre de cyclistes, et une baisse de 25 % de la fréquentation dans les transports en août

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Clément Rossignol-Puech, vice-président de Bordeaux Métropole, en charge des mobilités
Clément Rossignol-Puech, vice-président de Bordeaux Métropole, en charge des mobilités — S.ORTOLA/20MINUTES
  • La crise sanitaire a accéléré le développement de la pratique du vélo sur Bordeaux Métropole.
  • Pour accompagner ce mouvement, la collectivité réalise des aménagements cyclables provisoires, mais que le vice-président aux mobilités souhaite pérenniser.
  • Parallèlement, les transports en commun ont enregistré une chute de fréquentation en août, due essentiellement à la baisse du nombre de touristes.

Accélérer sur les aménagements cyclables. Ce devrait être un des axes forts de la feuille de route de Clément Rossignol-Puech, vice-président de Bordeaux Métropole en charge de la mobilité. Le maire EELV de Bègles fait le point pour 20 Minutes sur l'évolution de la pratique du vélo, les transports en commun, et la place de la voiture.

Y a-t-il eu une hausse du nombre de cyclistes sur l’agglomération bordelaise, depuis la fin du confinement ?

Cela monte fortement. Nous nous appuyons sur un réseau de vingt compteurs répartis sur Bordeaux-centre et les communes périphériques, qui enregistrent le passage des cyclistes, et nous avons relevé de + 10 à + 15 % de cyclistes en juin, par rapport à 2019. Nous avions anticipé cette hausse, car nous savions qu’à la sortie du confinement, les transports en commun allaient pâtir de la crise sanitaire. Nous avons dès lors beaucoup communiqué sur les bienfaits du vélo, pour éviter un report massif sur la voiture individuelle, et nous avons réagi en développant un réseau de pistes cyclables temporaires [les coronapistes], que je souhaite pérenniser.

Est-ce que la pratique du vélo augmente dans des secteurs particuliers ?

Cela augmente dans l’hypercentre de Bordeaux, qui était déjà sur une pente ascendante très forte : avant le confinement, le pont de pierre détenait même le record français du nombre de cyclistes par jour, avec 14.000 passages quotidiens. Et les chiffres montent aussi extra-boulevards, où il y a moins de cyclistes, mais où la progression est plus forte.

Est-ce que parallèlement, la fréquentation dans les transports en commun a chuté ?

Au mois d’août, nous sommes à – 25 % de fréquentation dans les transports par rapport à 2019, mais cette chute est due essentiellement à la baisse du tourisme. En juin, nous étions revenus quasiment au même niveau d’utilisation qu’en juin 2019 [alors que le trafic avait fortement chuté à 15 % de la normale au lendemain du déconfinement]. Donc, tout va se jouer au mois de septembre, on va voir comment les gens vont réagir avec la rentrée, dans un contexte où le département est passé en rouge en raison de la circulation du virus.

Tous les aménagements cyclables provisoires ont-ils vocation à perdurer ?

Il faudra voir comment la circulation se passe aux alentours, et si les cyclistes sont au rendez-vous, mais sur la grande majorité de ces aménagements, le vélo a trouvé son public. Nous avons en tout 135 projets d'aménagements temporaires, répartis sur 18 communes, ce qui représente 66,5 km. A ce jour, nous en avons réalisé 38,5 km. Ce qu’il faut, c’est continuer sur ce principe d’aménagements temporaires, et en parallèle il faut des axes structurants, car c’est cela qui fonctionne.

Des axes structurants, c’est-à-dire des pistes sécurisées ?

C’est cela. Nous avons un projet d’autoroute à vélo, mais il faut le remettre à plat, au regard justement de la nouvelle pratique du vélo. Il nous faut maintenant décliner rapidement un réseau de 100 à 200 km de pistes confortables, dans l’hypercentre mais aussi dans les communes périphériques. Il nous faut être plus ambitieux en termes de calendrier et de kilométrage à réaliser.

Y compris sur les boulevards ?

Oui. Les pistes temporaires sur les boulevards doivent rester, car elles vont préparer la suite. Mon objectif, et il faudra le travailler avec le maire de Bordeaux, c’est d’avoir un aménagement continu tout le long des boulevards, qui puisse accueillir à terme un transport en site propre. Ainsi, quand le pont Simone-Veil entrera en service, nous aurons un transport circulaire.

Avec ces aménagements temporaires, qui retirent des voies de circulation aux voitures, ne craignez-vous pas des conditions qui pourraient être difficiles pour les automobilistes en cette rentrée ?

Pour l’instant ça va. L’objectif je le rappelle, c’est le report modal, c’est de faire en sorte que ceux qui peuvent faire autrement, abandonnent leur voiture, pour réduire les bouchons et diminuer les gaz à effet de serre… La voiture a toujours sa place en ville, mais faire 400 mètres en voiture pour aller acheter sa baguette, ce n’est pas raisonnable.

Et globalement, quelle sera votre stratégie en matière de mobilité ?

La mobilité a évolué ces dernières années, et nous voulons revoir la stratégie, pour une mobilité multimodale. C’est-à-dire n’avoir qu’un seul plan, qui repose à la fois sur les transports en commun en site propre, comme le tram et j’espère bientôt le BHNS (Bus à haut niveau de service), le RER métropolitain, le réseau de bus, le vélo, la marche, et le covoiturage.