Bordeaux : « La maladie prolifère », un viticulteur s’élève contre les « vignes fantômes » à l’abandon

VITICULTURE Par manque d’entretien, le mildiou se propage dans les parcelles de vignes voisines

Clément Carpentier

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Un parcelle du château Chabiran complètement à l'abandon.
Un parcelle du château Chabiran complètement à l'abandon. — Jérémy Brun
  • Un viticulteur girondin dénonce depuis des mois le problème des « vignes fantômes » abandonnées par leur propriétaire.
  • En raison du manque d’entretien, les maladies prolifèrent et se répandent dans les parcelles voisines au grand désespoir de ce viticulteur.
    • Entre un gérant introuvable, des institutions incompétentes et un procès en cours, ce viticulteur ne sait plus comment faire pour sortir de cette situation. Il pourrait rapidement saisir un huissier de justice pour faire constater les dégâts.

Enfin. Après des semaines sans apercevoir le moindre signe de vie dans la parcelle de vignes voisine de la sienne, Jérémy Brun a vu un tracteur. Incroyable mais vrai. Il a même pu discuter quelques instants avec l’ouvrier : « Il est venu avec une rogneuse pour faire un peu de jour et cacher la misère mais la maladie prolifère toujours plus », explique le viticulteur, installé à Galgon dans le Libournais au nord-est de Bordeaux. Depuis plusieurs mois, il s’élève contre ce qu’on appelle les « vignes fantômes ». Ces vignes abandonnées au fil du temps par leur propriétaire, souvent des sociétés étrangères.

Le château Chabiran, voisin du domaine Carrelet de la famille Brun, en est le parfait exemple. Acheté en 2013, il fait partie de ces nombreux domaines appartenant au groupe chinois Haichang du magnat Naijie Qu,    saisis il y a deux ans par le Parquet National Financier (PNF) en raison de soupçons sur des malversations financières. Dans cette affaire dite des « châteaux chinois », les propriétés ne peuvent être vendues le temps de la procédure. En revanche, elles peuvent (doivent) être entretenues, ce qui ne semble pas être le cas pour certaines. Là est le problème.

Imposible de trouver le gérant 

Au point que sur la parcelle du château Chabiran, par endroits, il est difficile de voir le rang de vignes envahi par les herbes hautes. Pourquoi ? « On m’a indiqué qu’elle était gérée par la société SAS Lamont Financière avec une équipe au sein du château Branda à Cadillac-en-Fronsadais, indique Jérémy Brun, ce même château nous précise que les vignes ont été laissées en fermage à quelqu’un mais refuse de nous donner son nom… Au final, on ne voit personne ». Et les maladies comme le mildiou prolifèrent…

Résultat des courses, les deux hectares du viticulteur bordelais sont, elles aussi, attaqués aujourd’hui. « La situation s’aggrave un peu plus chaque année depuis que l’on a acheté en 2017. On estime cette année les pertes à 20 voire 30 %… », regrette celui qui passe son temps à écrire aux organismes et aux institutions faute de retour des gérants de la parcelle voisine. 20 Minutes aussi a bien essayé, sans succès, de les joindre notamment le château Branda. A l’autre bout du fil, une femme avec l’accent asiatique : « Je ne vous comprends pas. Mon patron est en Chine. Je vous laisse… » Et le téléphone est raccroché sans même avoir eu le temps de dire au revoir.

Des pièges et la saisie d'un huissier en attendant mieux 

Alors que faire face à ces « vignes fantômes » ? Pas grand-chose puisque par exemple légalement, personne ne peut obliger le propriétaire de ces parcelles a traité le mildiou contrairement à la flavescence dorée, une autre maladie. La plupart des organismes se disent incompétents et d’ailleurs Jerémy Brun dénonce « le manque de soutien des institutions viticoles » dans cette affaire. Pourtant, il ne serait pas le seul dans cette situation.

En attendant de trouver une solution face à cette situation, le GDON (Groupement de défense contre les organismes nuisibles dans les vignes) a installé des pièges sur la parcelle du domaine de Carrelet. De son côté, Jérémy Brun confie à 20 Minutes qu’il « devrait rapidement faire appel à un huissier pour faire constater devant un tribunal les dégâts dans sa vigne. » Il réfléchit aussi à engager des procédures mais « elles sont souvent interminables et pendant ce temps-là rien ne change », ajoute-t-il. Et plus inquiétant, la maladie continue à gagner du terrain, chez le voisin et chez lui.