Des nez rouges parmi les blouses blanches

Stéphanie Lacaze - ©2008 20 minutes

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« On est toujours en équilibre sur un fil, entre le lâcher du clown et le cadre de l'hôpital. » Avant de chausser son nez rouge, Stella Aucharles, alias Pétrouchka, résume ainsi la philosophie de son association, Les clowns stéthoscopes, qui intervient auprès des petits malades à l'hôpital des enfants de Bordeaux. Deux fois par semaine, les mardis et les jeudis après-midi, les clowns viennent bouleverser la routine hospitalière dans quatre services du CHU. L'association compte neuf clowns pour l'instant mais elle souhaite élargir son action. Elle organise donc en ce moment des séances de recrutement.

Pour entrer dans la peau du clown, le maquillage est très important. Avant de débouler dans le service de néphrologie auprès de petits diabétiques, Linotte et Glutt consacrent une vingtaine de minutes à se préparer. Couleurs ultra-voyantes, associations de vêtements d'un goût plus que douteux... et surtout nez rouge obligatoire. Le clown doit être immédiatement identifié, chacune peaufine donc son personnage. Avant de passer de chambre en chambre, les clowns prennent le temps de discuter avec les soignants pour connaître l'état physique et psychologique de chaque enfant. « Eugénie est un peu dépressive, ce serait bien d'aller la voir », suggère le docteur Brigitte Llanas. Les clowns notent tout dans leurs carnets pour pouvoir adapter leurs improvisations à chaque enfant.

Chambre 46, Linotte et Glutt frappent doucement à la porte de la petite Rodriana, 1 an, qui s'endort dans les bras de sa maman. « Dodo, l'enfant do... » entonnent doucement les clowns. Puis Glutt entreprend un massage des pieds de la maman. « Attention, prévient sa complice Linotte, parfois, Glutt les lèche parce qu'elle adore les odeurs de pieds ! » Plus loin, dans la chambre de Jonathan, qui vient d'être admis, elles font une entrée en fanfare, demandent au bambin de faire un tour dans ses petites voitures, font semblant de rétrécir pour l'occasion. Passé les premières minutes d'hésitation, le petit garçon timide se lâche complètement. Debout sur un fauteuil, il lance ses pantoufles sur les clowns. Il a complètement oublié qu'il était à l'hôpital. Mission accomplie !