Immobilier : « L’emballement de la demande constaté au lendemain du confinement est en train de se prolonger »

LOGEMENT Sur Bordeaux et la Gironde, le marché de l’immobilier reste très dynamique en ce début d’été, mais plusieurs professionnels anticipent une correction des prix pour la fin de l’année ou début 2021

Mickaël Bosredon

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Le site les-villas.fr propose des maisons haut-de-gamme autour de Bordeaux
Le site les-villas.fr propose des maisons haut-de-gamme autour de Bordeaux — les-villas.fr
  • Le réseau de La Bourse de l’Immobilier a réalisé le meilleur mois de son histoire en juin, avec une hausse des transactions de 28 %.
  • « Aucun ralentissement n’est constaté à Bordeaux », assure l’Union des syndicats de l’immobilier.
  • Toutefois, « on se dirige vers une stagnation des prix et des délais de vente qui vont se rallonger » prévient Perrine Gautheron du réseau Les Villas.

Qui aurait pensé que le vent de folie qui a traversé le marché de l'immobilier se ferait encore ressentir au début de l’été ? C’est pourtant le cas, nous confirme Benjamin Salah, directeur général de La Bourse de l’Immobilier, un réseau de 450 agences en France, dont 80 en Gironde.

« L’emballement de la demande que nous avions constaté au lendemain du confinement, est en train de se prolonger sur le mois de juillet. Cela a donné quelque chose de très spectaculaire au mois de juin, puisque nous avons réalisé sur l’intégralité de notre réseau le meilleur mois de l’histoire de l’entreprise, avec une hausse des ventes de 28 % par rapport à juin 2019, qui avait déjà été un mois particulièrement dynamique. Cela s’est traduit par 1.450 ventes au niveau national, soit un chiffre de 260 millions d’euros de transactions au niveau national. C’est colossal. »

« Les gens veulent du vert, de l’espace et la fibre… C’est génial pour le marché des villas »

Le marché de la maison avec jardin, qui a connu un vrai boom au lendemain du confinement, est toujours porteur et explique en partie cet engouement. Mais pas seulement. « Nous vendons 30 % de maisons de plus par rapport à ce que l’on faisait avant, mais on progresse aussi sur la vente d’appartements, analyse Benjamin Salah. Pendant le confinement, les Français ont pris des décisions pour leur logement, ils ont fait des choix de vie, maintenant ils passent à l’acte, et cela se traduit aussi par la volonté d’acheter plus grand, de changer de région, ou de se rapprocher de son lieu de travail. »

Dirigeante du groupe Oralia, et membre du bureau Unis (Union des syndicats de l’Immobilier), Catherine Coutellier confirme. « Nous entrons toujours beaucoup de mandats, au prix du marché, et en face on a des acquéreurs. Même si les investisseurs ne sont pas au rendez-vous, sur Bordeaux on ne constate aucun ralentissement. »

Directrice de l’agence Les Villas, un réseau spécialisé dans les « belles maisons autour de Bordeaux », Perrine Gautheron estime aussi que ce marché reste porteur. « Les gens télétravaillent davantage, donc ils acceptent de s’éloigner de Bordeaux, et ils veulent du vert, de l’espace et la fibre, c’est génial pour le marché des villas. »

Le prix moyen sur le bassin d’Arcachon atteint 360.000 euros

Concernant les prix, Benjamin Salah est tout autant soufflé par la dynamique actuelle. « Il y a deux mois, je pensais que les prix ne chuteraient pas, mais cela va plus loin que cela, puisqu’ils montent. Sur les deux derniers mois, nous observons une hausse de prix de 7 % sur les maisons, ce qui est énorme, et de 2 % pour les appartements. »

En zoomant sur la Gironde, le directeur de La Bourse de l’Immobilier constate « une hausse globale des prix entre 5 et 6 % sur Bordeaux et sa première couronne. » Sur le Bassin d’Arcachon, « c’est encore plus spectaculaire puisque cela monte à + 12-13 %, avec un prix moyen qui atteint désormais 360.000 euros hors frais de notaire, c’est beaucoup. Le bassin, c’est l’eldorado, et les produits partent très vite. »

« Il y a une dynamique sur des secteurs comme Cadillac, Audenge, où il fait bon vivre, constate de son côté Catherine Coutellier. Les maisons sur ces secteurs sont parties très vite. Pour les appartements, on vend facilement les T2 et T3, en revanche les produits un peu plus grands, surtout haut de gamme, sont au ralenti. Globalement, ce que les acquéreurs cherchent, c’est un point extérieur : une maison avec jardin ou un appartement avec terrasse. Certains recherchent aussi le calme, qu’ils ont connu durant le confinement, c’est ce qui peut les amener à vouloir quitter le centre de Bordeaux. »

« Cette petite euphorie va redescendre »

Attention tout de même. Certains signaux laissent envisager un retournement à venir. « Je pense que cette petite euphorie va redescendre, estime Benjamin Salah. Alors que depuis 4-5 ans, il y avait de moins en moins de biens à la vente, là, nous observons une hausse des mises en vente, ce qui est peut-être les prémices d’un retournement. Une offre plus abondante peut en effet orienter les prix à la baisse. Je vois bien une correction des prix, légère, l’année prochaine, mais pas un écroulement non plus. »

Une analyse partagée par Perrine Gautheron. « On se dirige vers une stagnation des prix et des délais de vente qui vont se rallonger » confirme-t-elle. Sur le secteur des villas, elle voit aussi « beaucoup de maisons arriver sur le marché. » « L’offre s’intensifie, donc il y a de plus en plus de concurrence. »

« Les acquéreurs, veulent d’emblée négocier, je ne l’avais jamais vu de manière aussi agressive »

Elle observe aussi des changements de comportement. « Après le confinement, nous étions dans une dynamique de rattrapage, là, on change d’état d’esprit : les acquéreurs qui s’étaient précipités en mai, car ils avaient perdu du temps, ne sont plus sur le marché, et les nouveaux acquéreurs sont plus attentistes. D’emblée, ils veulent négocier, je ne l’avais jamais vu de manière aussi agressive. »

Catherine Coutellier se veut aussi prudente. « La catastrophe économique annoncée pour la fin de l’année, laisse présager un éventuel repli du marché, eu égard aux pertes d’emploi et à la frilosité des banques face à la solvabilité des ménages. Mais la région reste dynamique, attractive, donc il y a toujours de la demande, je ne pense pas qu’il y aura baisse de prix sur Bordeaux. »

Tous s’accordent à dire, que l’évolution des taux d’emprunt sera à surveiller de près, et jouera un rôle majeur sur l’évolution du marché. « Les taux ont augmenté, mais cela reste extrêmement intéressant d’emprunter, analyse toutefois Perrine Gautheron, et si les banques suivent moins facilement qu’avant, les dossiers qui tiennent la route, avec de l’apport, passent sans problème. »