Bordeaux : Dans les Ehpad, « on se demande comment on va faire face à de fortes chaleurs et à une éventuelle recrudescence du Covid »

SANTE Le CHU de Bordeaux a présenté lundi son plan canicule, qui va devoir s’articuler avec un éventuel rebond de l’épidémie de coronavirus cet été

Mickaël Bosredon

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Illustration dans un Ehpad.
Illustration dans un Ehpad. — M. Libert / 20 Minutes
  • Le pôle gérontologie du CHU se demande « comment on va faire face à la fois à de fortes chaleurs et à une éventuelle recrudescence de l’épidémie de Covid. »
  • La chef du pôle s’attend « à avoir une plus mauvaise tolérance à la chaleur des personnes âgées, qui ont utilisé pour la plupart d’entre elles une grande partie de leurs ressources. »
  • Les systèmes de climatisation et de ventilation de l’établissement, contrôlés, ne représentent en revanche pas de risque de diffusion du virus.

« Cette vague de chaleur annoncée a de quoi nous donner des sueurs froides… » Chef du pôle gérontologie clinique au CHU de Bordeaux - qui gère deux Ehpad soit environ 200 lits - Nathalie Salles sans vouloir être alarmiste, a montré des signes d’inquiétude lundi lors de la présentation du plan canicule du CHU de Bordeaux.

« Dans les Ehpad (Etablissements d'hébergement pour personnes âgées), les températures élevées attendues pour cet été font un peu peur, et on se demande comment on va faire face à la fois à de fortes chaleurs et à une éventuelle recrudescence de l’épidémie de Covid », explique-t-elle. « La crise sanitaire que nous venons de vivre a eu des conséquences importantes en termes de suivi des malades âgés chroniques, poursuit-elle. Cela a induit beaucoup de ruptures de soins, et on s’attend à avoir une plus mauvaise tolérance à la chaleur de ces personnes âgées, qui ont utilisé pour la plupart d’entre elles une grande partie de leurs ressources. »

Possibilité « d’une épidémie perlée, avec des bouffées épidémiques »

La chef du pôle gérontologie s’inquiète par ailleurs de la possibilité « dans les mois qui viennent d’une épidémie perlée, avec des bouffées épidémiques, qui vont rendre la situation plus compliquée, à la maison et en Ehpad. La question est : comment concilier les mesures de prévention associées à la chaleur, avec celles associées à l’infection à coronavirus ? Par exemple, les mesures d’isolement ne permettront peut-être pas toutes de regrouper des personnes âgées dans des salles à manger rafraîchies si on est en période de bouffée épidémique. »

D’autres signaux se veulent plus rassurants, souligne aussi Nathalie Salles. « Si on regroupe toutes les mesures, plan bleu, plan canicule, et mesures Covid, on peut y arriver. Au niveau hospitalier, on fera le maximum pour hospitaliser les personnes âgées malades sans les faire passer par les urgences de manière systématique, et nous renforcerons les consultations par télémédecine. Au niveau des Ehpad nous serons vigilants, et en cas d’alerte rouge, on est prêt. »

« On savait que l’épidémie allait durer, et nous avions en tête le contexte caniculaire de l’été dernier, qui avait démarré très tôt »

Président de la CME (Commission médicale d’établissement) au CHU, Philippe Morlat souligne aussi que « nous sommes encore en période de Covid, et même si la région a été relativement épargnée, l’actualité montre qu’il y a encore un cluster identifié à Bordeaux, et que l’on doit donc en tenir compte. Les mesures de ventilation devront donc être adaptées par exemple. »

Sur ce point, Agnès Lasheras Bauduin, praticien hospitalier au service d’hygiène hospitalière, se veut plutôt rassurante. « Le sujet de la canicule pose la question du rafraîchissement en période d’épidémie de Covid, par l’impact de la diffusion du virus à partir des systèmes de climatisation. Dès le mois d’avril au CHU de Bordeaux nous avons étudié cette question, car on savait que l’épidémie allait durer, et nous avions déjà en tête le contexte caniculaire de l’été dernier, qui avait démarré très tôt dès le mois de juin, il fallait donc se préparer, et s’assurer que nos systèmes de climatisation et de ventilation ne constituaient pas un risque de diffusion de ce virus. »

« Nos installations de climatisation ne constituent pas un risque de diffusion du virus »

Une analyse de risque a été effectuée. « La diffusion du virus peut se faire via les installations de climatisation centrales, même si la littérature montre que c’est relativement peu probable. Mais nous l’avons pris en compte. Au CHU de Bordeaux, nos installations centralisées ne recyclent pas l’air, ou quand elles le recyclent, il y a une filtration avec des filtres de haute efficacité, ce qui nous fait dire que nos installations ne constituent pas du tout un risque de diffusion du virus. »

Agnès Lasheras Bauduin, praticien hospitalière au service d'hygiène hospitalière du CHU de Bordeaux
Agnès Lasheras Bauduin, praticien hospitalière au service d'hygiène hospitalière du CHU de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

L’autre mode de diffusion peut se faire via les ventilateurs et le brassage de l’air. « Cette diffusion est en réalité liée à la contamination des surfaces, ce qui est vraiment bien contrôlé depuis des mois par les différentes mesures mises en place : l’hygiène des mains, le port du masque et l’entretien des surfaces qui a été renforcé. On maîtrise donc aussi ce mode de diffusion car nos surfaces sont peu contaminées dans nos locaux. »

« Le risque d’un afflux de patients présentant une suspicion de Covid et un afflux de patients présentant un coup de chaleur »

Chef des urgences à l’hôpital Saint-André, Isabelle Faure souligne quant à elle le risque d’une éventuelle saturation des urgences, la canicule ne touchant pas que les personnes âgées, mais pouvant aussi concerner les enfants, les personnes handicapées ou atteintes de comorbidité, ou encore les travailleurs évoluant en extérieur, comme dans le secteur du bâtiment.

« Les urgences pourraient être confrontées à une double problématique, dit-elle, un afflux potentiel de patients présentant une suspicion de Covid et un afflux de patients présentant un coup de chaleur. Il faut donc que seuls les patients graves se déplacent aux urgences, et pour les patients moins graves, qu’ils passent d’abord dans la mesure du possible par la case médecin traitant ou médecin de ville. »