Elections municipales à Bordeaux : Camille Choplin, « écologirl » convaincue, entre dans l’arène

RENCONTRE La blogueuse écolo qui soutient les entreprises dans leur transition verte veut bousculer la mairie et surtout « ne pas décevoir les Bordelais » qui ont eu confiance en elle

Marion Pignot

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Camille Choplin, le soir de la victoire de la liste écolo Bordeaux Respire aux municipales, le 28 juin 2020.
Camille Choplin, le soir de la victoire de la liste écolo Bordeaux Respire aux municipales, le 28 juin 2020. — Laurence Mignard Photographie
  • Dimanche 28 juin, soir du second tour des élections municipales, la liste Bordeaux Respire menée par Pierre Hurmic a remporté la mairie de Bordeaux, avec 46,48 % des voix.
  • Numéro deux, Camille Choplin, qui a rejoint la campagne en novembre dernier, fait donc son entrée tambour battant dans la politique bordelaise.
  • Celle qui a « peur de décevoir les Bordelais qui ont confiance en la nouvelle équipe municipale » avait, au lendemain du scrutin « du mal à réaliser ».
  • Ce vendredi, elle a été désignée adjointe en charge de la Démocratie permanente, de la vie associative et de la gouvernance par l’intelligence collective. Vaste programme.

« C’est assez dingue. J’ai du mal à réaliser. » Au lendemain de la victoire de Pierre Hurmic aux élections municipales à Bordeaux, Camille Choplin ne touche plus terre. Au téléphone, on entend le sourire dans la voix de la numéro deux de la liste Bordeaux Respire. Béotienne de la politique, « l’écologirl »​ a rejoint l’équipe des verts séduite par « l’abnégation pour l’écologie » et la « sympathie » de la tête de liste. « C’est cette force de conviction, cette constance dans le combat qui m’a poussée à rejoindre Pierre Hurmic, expliquait Camille Choplin à 20 Minutes, peu avant la victoire du 28 juin. Il m’a dit "si tu ne viens pas, tu laisseras des gens moins vertueux décider à ta place". Je me suis dit qu’avec lui, je ne perdrais pas en sincérité. »

Sincère, Camille Choplin l’est ce lundi. Au téléphone, la quadra, mariée et mère de deux enfants, ne patine pas encore d’un filtre politique les messages qu’elle souhaite délivrer. Ce qui a été le plus dur dans la campagne ? « Twitter, répond-elle d’emblée. C’est le royaume de la mauvaise foi et de l’attaque gratuite. On y a remis en question ma compétence. Certains trolls ont été violents. Je pense que je n’irai plus. »

La trouille d’être enfin dans le grand bain, d’être happée par les rouages de la politique, alors que le conseil de Bordeaux ce vendredi va déterminer les adjoint de Pierre Hurmic ? « Si on s’engage, c’est pour gagner. Je n’ai pas peur, j’ai juste peut-être de l’appréhension devant l’ampleur de la tâche », glisse Camille Choplin avant d’ajouter : « en fait, si, j’ai peur de décevoir les gens qui ont eu confiance en nous. Pour le reste, il faudra garder la tête froide. »

« J’ai un parcours pluriel qui me permet d’avoir une vision globale »

Garder la tête froide pour affronter l’opposition qui au sein du « parlement bordelais » comme se plaît à l’appeler Philippe Poutou, risque que de ne pas épargner les nouveaux élus, souvent taxés « d’amateurisme ». « Alain Juppé coupait les micros quand il en avait marre, rappelle Camille Choplin. Là, je pense que l’on sera dans un débat constructif. Philippe Poutou, qui prône une écologie radicale, a finalement avancé les mêmes projets que nous. Idem pour la liste Florian-Cazenave qui a présenté un programme très très écolo. Nous n’allons pas vers un affrontement, à moins que la droite refasse un revirement… très à droite. »

La diplômée de l’école des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa), qui a rejoint la politique en novembre dernier, compte aussi sur son parcours professionnel pour « répondre à ceux qui douteraient » de ses atouts. « J’ai travaillé dans le privé [dans la cosmétique bio], j’ai été fonctionnaire [chargée de com' de la maison écocitoyenne] et aujourd’hui je suis entrepreneure [elle tient un blog et des conférences, a écrit un livre et accompagne les entreprises dans leur transition écologique]. Je saurai à qui je m’adresse et comment leur répondre. J’ai un parcours pluriel qui me permet d’avoir une vision globale. »

Camille Choplin a grandi dans la Drôme, s’est construit une conscience écolo à Paris et s’est épanouie en arrivant à Bordeaux en 2007. Via son blog qui fédère déjà 3.000 engagées « super green », elle milite pour l’écologie du « bon sens » : « Je souhaitais transmettre, partager, faire plonger le plus de gens possible dans mon monde. »

Ce 28 juin, des Bordelais ont plongé. Alors, elle veut leur parler « de plus de végétal dans Bordeaux », de « davantage se tourner vers les entreprises d’insertion », des « petits gestes qui changent tout » ou de « l’ouverture de boutiques-ateliers dans chaque quartier pour une économie plus sociale et solidaire ». Pierre Hurmic lui a créé une délégation sur mesure : depuis ce vendredi matin, Camille Choplin est adjointe en charge de la Démocratie permanente, de la vie associative et de la gouvernance par l’intelligence collective.