Bordeaux : La navette aérienne Air France vers Paris-Orly ne repartira certainement pas

ECONOMIE La navette Air-France entre Bordeaux et Paris-Orly, supprimée depuis la crise du Covid-19 et la fermeture de l’aéroport parisien, ne va certainement jamais repartir

Mickaël Bosredon

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L'aéroport de Bordeaux Mérignac
L'aéroport de Bordeaux Mérignac — Mickaël Bosredon/20 Minutes¨
  • Un décret gouvernemental doit paraître dans les prochains jours pour entériner la décision.
  • Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait en effet demandé à la compagnie aérienne de supprimer ses vols intérieurs, lorsqu’une alternative en train en moins de 2 h 30 est possible.
  • Le président de la CCI Bordeaux Gironde se dit « en colère » contre cette décision « unilatérale », l’aéroport de Bordeaux accuse « un coup dur. »

Ne cherchez pas à réserver un vol sur la navette Air France entre Bordeaux et Paris-Orly : ce ne sera plus possible. Depuis la réouverture de l'aéroport d'Orly vendredi dernier, la navette n’avait pas été rétablie, et elle ne devrait pas l’être. Toute demande de voyage aérien entre Bordeaux et Paris, se fera désormais uniquement au départ et à destination de Paris-Charles de Gaulle.

Une situation qui a provoqué la colère du président de la CCI Bordeaux-Gironde Patrick Seguin, ce lundi midi. « Nous avons appris la semaine dernière par un courrier que les réservations pour les vols Bordeaux-Orly seraient désormais suspendues, dans l’attente d’un décret qui doit être publié cette semaine, et qui dira à Air France que les vols Bordeaux-Orly sont fermés. Pas de discussion, c’est comme ça. » L’aéroport de Bordeaux-Mérignac a confirmé l’information à 20 Minutes : « L’exploitation de la ligne ne sera plus possible, pour n’importe quelle compagnie, c’est un coup dur pour nous, surtout en cette période, mais on va se réinventer. »

Contacté par 20 Minutes, le service communication d’Air France nous indique que « la reconstruction du programme court courrier de la compagnie n’est pas encore définitivement arrêtée, la stratégie devrait être donnée tout début juillet. »

« Le gouvernement nous méprise »

En pleine crise du Covid-19, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait annoncé que l’aide de 7 milliards d’euros allouée à Air France, ne se ferait pas sans contrepartie. Il demandait notamment à la compagnie de stopper toutes ses liaisons intérieures, lorsqu’une alternative en train est possible en moins de 2 h 30, ce qui est possible entre Bordeaux et Paris.

Cette demande avait provoqué une véritable levée de boucliers de la part du secteur économique à Bordeaux. La CCI de Bordeaux, dans une lettre également signée par le président de la métropole, l’ancien maire de Bordeaux, le maire de Mérignac, et différentes entreprises, avait demandé au gouvernement de revoir sa position, et de procéder par paliers. « Mais le gouvernement nous méprise, parce que ces différentes lettres n’ont obtenu aucune réponse, s’est insurgé Patrick Seguin. On a aussi demandé un rendez-vous au ministre des Transports, pas de réponse, là non plus. »

« Des entreprises autour de l’aéroport ont besoin de l’avion »

Le président de la chambre de commerce rappelle que « la navette Bordeaux-Orly, avant le Covid, c’était 560.000 passagers par an. » « On peut considérer qu’il va falloir changer nos habitudes, qu’il va falloir sans doute moins voyager, reconnaît le chef d’entreprise, mais nous avons estimé avec les professionnels de l’aéronautique et de l’espace qui sont autour de l’aéroport, et qui se sont installés ici parce qu’ils ont du business international et qu’ils ont besoin de l’avion, que l’on pourrait dans un premier temps réduire le nombre de navettes, qui sont actuellement de dix par jour, à 5 ou 6, en gardant celles du matin et du soir. Orly, ça dessert l’Europe du Sud, l’Afrique et les Dom-Tom, et quand les gens de Dassault veulent aller à Kourou, ils passent par Orly. »

Le projet de prolongement de la ligne A du tramway jusqu’à l’aéroport ne serait pas pour autant remis en cause. « Mais bon, maintenant qu’il arrive, il va falloir dire aux chefs d’entreprise qu’ils doivent le prendre dans l’autre sens pour aller à la gare, parce qu’ils devront prendre le train ? Des trains qui sont déjà complets le matin. »

« L’Etat va vouloir faire plaisir aux écologistes »

En colère contre cette « décision unilatérale du ministre de l’Economie », Patrick Seguin admet « qu’au regard des résultats des élections de dimanche soir, l’Etat va vouloir faire plaisir aux écologistes. » Avant toutefois d’ajouter que « même Pierre Hurmic [le nouveau maire EELV de Bordeaux] m’a dit que l’on pourrait effectivement peut-être y aller progressivement. »

Le patron de la CCI de Bordeaux laisse toutefois entendre que le match n’est pas encore tout à fait plié. « Attention tout de même à ce que cette décision ne soit pas attaquée, car en droit européen, elle est attaquable » prévient-il.