Bordeaux : Comment ïkos veut faire « changer le regard des gens sur les objets de seconde main »

CONSOMMATION Ïkos est un projet de vaste plateforme de 17.000 m2, qui proposerait un centre de tri pour les livres, textiles, matériaux, objets et appareils, une recyclerie créative, ou encore une galerie marchande du réemploi

Mickaël Bosredon

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Illustration recyclage
Illustration recyclage — CHAMUSSY/SIPA
  • Né il y a trois ans, le projet ïkos peine à voir le jour sur le territoire de Bordeaux Métropole.
  • Le maire de Bordeaux Nicolas Florian propose de l’accueillir sur le site de la Jallère, au nord de la ville, mais les porteurs du projet veulent étudier toutes les propositions.
  • L’idée est de regrouper sur un même site cinq structures qui proposent déjà des filières de recyclage dans des domaines différents, et d’ouvrir une galerie marchande des objets de seconde main.

Déposer des objets pour qu’ils y soient triés, rénovés, transformés puis remis en circulation. Acheter des biens dans une galerie marchande proposant uniquement des objets de seconde main. S’informer et apprendre, au travers de festivals et d’ateliers sur la transformation. Sur 17.000 m2, ïkos se veut un projet innovant de village consacré à l’univers du recyclage, « le premier de cette envergure en Europe. »

Le maire sortant et candidat à sa réélection, Nicolas Florian, l’évoque souvent. Dans une interview à 20 Minutes il y a quelques jours, il y a encore fait allusion, assurant qu’il souhaite voir ce village s’implanter au sein du projet urbanistique de la Jallère, près du stade Matmut Atlantique, même s’il a amputé le projet des 2.000 logements et de l’établissement scolaire prévus à l’origine.

« Le projet de la Jallère a un peu perdu de son intérêt à nos yeux »

« Cela fait trois ans qu’on travaille à développer ce village, explique à 20 Minutes Marion Besse, présidente de l’association ïkos. Nous avons étudié un certain nombre d’emplacements possibles, aucun n’a pu voir le jour, et le dernier terrain étudié avec les services de Bordeaux Métropole, est effectivement celui de la Jallère. La position de Nicolas Florian à ce sujet n’a pas changé, il a effectivement toujours souhaité maintenir ïkos et une ferme urbaine sur la Jallère. Mais dans les faits, tout dépendra de la nouvelle équipe municipale qui sera en place dans une semaine. Et pour le moment, nous n’avons rien de signé. C’est pourquoi nous avons décidé il y a quelques semaines de faire connaître le projet plus largement, dans l’objectif de trouver éventuellement d’autres solutions auprès de promoteurs ou d’aménageurs, et plusieurs se sont déjà manifestés. »

« Dans l’idéal, poursuit Marion Besse, nous préférerions rester sur Bordeaux, mais le projet de La Jallère, sans les habitations et l’établissement scolaire qui étaient initialement prévus, a un peu perdu de son intérêt à nos yeux. On peut aussi supposer que la jonction entre les deux tramways B et C ne se fera pas, et nous ne serions donc pas très accessibles à cet endroit. Cela dit, nous sommes lucides : la réalité est que nous n’aurons certainement pas le luxe de choisir, parce que nous disposons de moyens limités, et que nous avons besoin de surfaces conséquentes. C’est un projet à environ 10 millions d’euros, qui sera financé par les structures qui le portent, mais nous aurons besoin d’un accompagnement de la métropole et du bailleur ou promoteur qui le soutiendra. »

« Ce village serait un peu le Futuroscope du réemploi »

Derrière le projet ïkos, se trouvent cinq structures ou associations : Le Relais, qui a développé une filière de collecte, tri et valorisation des vêtements et chaussures usagés ; La Recyclerie créative Atelier D’éco Solidaire, un lieu de récupération et de valorisation d’objets et de mobilier ; Le Livre Vert, qui a développé toute une chaîne de métiers dédiée aux activités de la deuxième vie du livre ; Les compagnons bâtisseurs, qui ont lancé la plateforme Soli’Bât pour collecter les invendus de la grande distribution et les matériaux de fin de chantier ; et enfin R3, une plate-forme de massification des encombrants des habitats collectifs de la métropole.

« A la base, le projet de ces cinq structures est de se regrouper, partant du principe qu’à plusieurs on sera plus forts. L’ambition est de mutualiser des compétences et des moyens, entre une structure comme Le Relais qui emploie 100 salariés, et R’Cub qui en a 4. Nous pourrions aussi développer une vraie dynamique dans l’objectif de changer les comportements d’achat, et de changer le regard qu’ont les gens sur les objets de seconde main. Pour cela, il faut une véritable offre commerciale, d’où l’idée d’une galerie marchande de 2.000 m2 pour proposer toute une palette de produits. Ce village serait un peu le Futuroscope du réemploi : un lieu où les gens peuvent s’immerger dans l’univers du réemploi, comprendre, s’amuser, échanger… »

Trois ans après le lancement du projet, Marion Besse alerte sur la nécessité d’accélérer pour sa mise en œuvre, alors que les porteurs « commencent à s’épuiser », et que les « structures se trouvent désormais dans des bâtiments qui ne sont plus adaptés à la réalité des volumes traités. »