« ils ont eu de drôle de vie »

Sophie Cois - ©2008 20 minutes

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Lorsque le juge demande aux accusés s'ils sont bien Turcs, tous acquiescent, mais s'empressent de préciser « d'origine Kurde ». Le procès de onze jeunes Kurdes s'est ouvert hier devant le tribunal correctionnel de Paris. Pour la plupart âgés d'une vingtaine d'années, les prévenus sont poursuivis pour « dégradation », « détention d'explosifs » et « association de malfaiteurs à visée terroriste ». Ils sont soupçonnés d'avoir jeté des cocktails Molotov au printemps 2007 contre deux bars turcs, le Football Café et Chez Musa ainsi que contre une association culturelle, trois lieux fréquentés par la communauté turque de Bordeaux.

Plus grave, ils sont accusés d'appartenir aux « Jeunesses apoïstes », l'organisation de jeunesse du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, et d'avoir collecté des fonds pour le mouvement. Le PKK, qui exige la création d'un Etat Kurde, est considéré comme une organisation terroriste par l'Union européenne. Ce premier jour d'audience était consacré à la présentation des accusés. Sept d'entre eux comparaissaient libres, trois sont détenus et le dernier ne s'est pas présenté. Aidés de deux interprètes, les jeunes accusés ont expliqué pourquoi ils avaient quitté la Turquie pour la France. L'un d'entre eux affirme, ainsi, qu'il s'est enfui après l'assassinat de son père dans les années 1990, et à la suite des pressions qu'il subissait en tant que Kurde en Turquie. « Ils ont eu de drôles de vies », confie Me Sylvie Boitel, l'avocate d'un des accusés. « Tous sont très marqués par leurs expériences en Turquie, mais ce ne sont pas des terroristes », insiste-t-elle. Les prochaines audiences seront consacrées aux faits qui leur sont reprochés et à leurs liens avec le PKK. Fin du procès le 17 décembre.