Coronavirus : « J’aime mon bistrot » ou comment anticiper sa soif de revivre au comptoir

TCHIN Dans le Bordelais, restaurateurs et bistrotiers se sont inscrits sur la plateforme nationale « J’aime mon bistrot » qui permet de commander son petit verre post-confinement

Marion Pignot

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A Bordeaux, de nombreux bars et restaurants se sont inscrits sur la plateforme « J'aime mon bistrot ».
A Bordeaux, de nombreux bars et restaurants se sont inscrits sur la plateforme « J'aime mon bistrot ». — UGO AMEZ/SIPA
  • Depuis le début du confinement, la plateforme « J’aime mon bistrot » permet aux clients de précommander en ligne un café, du vin, une bière, un cocktail ou même un repas, pour un montant de 1,50 à 50 euros.
  • Ces précommandes sous forme de bons d’achat permettent de soutenir la trésorerie des propriétaires de cafés et de restaurants mis à mal depuis la mi-mars.
  • En Nouvelle-Aquitaine, 538 restaurants et bars ont rejoint la plateforme pour un total de 1.855 commandes. Face au succès, la plaforme a choisi de poursuivre son action et inciter les vacanciers à anticiper leurs apéros/restos pour les déguster une fois arrivés à leur destination préférée.

Plus de 26.000 précommandes, 7.634 établissements inscrits et près de 1,6 million d’euros de collectés. Lancée quelques jours après le 15 mars par un collectif de plus de 80 professionnels du secteur de la consommation hors domicile (Fédération nationale des boissons, Pernaud Ricard, Lavazza, etc.), la plateforme J’aime mon bistrot remporte un beau succès à tel point que les partenaires prolongent l’initiative. « Seulement jusqu’à décembre, assure à 20 Minutes Thierry Caloin, directeur commercial CHD chez Kronenbourg. Parce que la concurrence va bientôt reprendre ses droits entre les 80 partenaires mais surtout parce que nous avons choisi de poursuivre l’accompagnement durant la saison estivale. Cette réouverture du 2 juin ne veut pas dire que la crise économique est finie. »

Pas faux, puisque certains bars ou restaurants en manque de trésorerie n’ont toujours pas rouvert et que ceux qui ont levé leur rideau de fer doivent composer avec la distanciation physique et une capacité d’accueil amoindrie. J’aime mon bistrot devrait alors permettre aux consommateurs de continuer à donner un coup de pouce à leurs troquets ou restos préférés mis à mal par l’épidémie de Covid-19. Et aux vacanciers d’anticiper leurs apéros/restos pour les déguster une fois arrivés à leur destination préférée.

« Mettre un visage sur les noms des premiers soutiens »

Comment ça marche ? En deux volets. D’une part, la plateforme centralise tout le contenu informatif nécessaire aux établissements en temps de crise (soutien juridique, conseils sanitaires, etc.) et, d’autre part, elle permet aux clients de gonfler le fonds de solidarité en anticipant leur consommation pour un montant allant de 1,50 à 50 euros. « Il ne faut pas limiter l’initiative au côté financier mais regarder tous les témoignages de sympathie qui accompagnaient les précommandes. Ils ont donné à certains restaurateurs les raisons de tenir. Ils savaient qu’ils étaient attendus », note Thierry Caloin qui se félicite d’avoir créé un vrai label.

Morann Désert-Lacay et Gary Hough sont à la tête du Dog and Duck, à Bordeaux.
Morann Désert-Lacay et Gary Hough sont à la tête du Dog and Duck, à Bordeaux. - Marion Pignot

A Bordeaux, c’est « ces messages touchants » que Morann Désert-Lacay, à la tête du Dog and Duck, retient. Avec son compagnon Gary Hough, ils ont rouvert leur pub ce mardi soir et étaient heureux de « mettre un visage sur les noms des premiers soutiens ». « On s’est dit que si le confinement durait deux mois de plus, c’est six ans de boulot qui allaient partir en fumée. Ces petits mots ont fait du bien au moral. On savait que des clients seraient là à la sortie du tunnel », confirme l’indépendante qui n’a toujours pas vu la couleur des aides promises par l’exécutif.

Plus de 50 commandes pour un montant de 1.500 euros

Morann parle de « liens gardés avec le client » et fait un clin d’œil à ceux qui, ce mercredi après-midi, viennent refaire un coucou ou réclamer leur dû en tendant leur bon d’achat. Elle détaille aussi ce « protocole Covid-19 contraignant » mais joint les gestes barrières à la parole pour servir masquée ses premières pintes aux fidèles qui avaient soif de revivre à son comptoir. « C’est difficile de demander aux gens de donner un coup de main, et puis je me suis dit que ça n’était pas non plus une cagnotte en ligne. Ils nous faisaient juste une avance », explique la jeune femme de 27 ans qui a encaissé plus de 50 commandes pour un montant de 1.500 euros.

Une jolie somme sachant que, sur la plateforme, le panier moyen frôle les 40 euros. Il est de 41 euros en Nouvelle-Aquitaine, où 620 restaurants, cafés et bars sont inscrits (205 en Gironde), où 1.579 commandes ont été passées (717 en Gironde) pour un montant de près de 97.240 euros (41.300 euros en Gironde).