Déconfinement à Bordeaux : « L’Autre parloir », l’émission de radio qui entretient le lien entre familles et détenus

ONDES DIT TOUT La radio Clé des ondes a relancé son émission « L’Autre parloir », afin que les détenus de la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan puissent écouter les messages de leurs proches

Marion Pignot
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L'émission L'Autre parloir avait un peu perdu le lien avec les détenus depuis près de cinq ans. Elle a été relancée pendant le confinement.
L'émission L'Autre parloir avait un peu perdu le lien avec les détenus depuis près de cinq ans. Elle a été relancée pendant le confinement. — La Clé des ondes
  • La radio associative La Clé des ondes a lancé une émission quotidienne pendant le confinement pour que les détenus de la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan puissent entendre les messages et les dédicaces de leurs proches.
  • En période de déconfinement progressif, L’Autre parloir (90.10 FM) retrouve son créneau originel. Comme depuis 1992, elle sera diffusée tous les mercredis de 19 heures à 20 heures.
  • L’administration a passé une commande de radios afin que tous les détenus puissent écouter L’Autre parloir mais elle n’est pas encore arrivée. Alors la Clé des ondes lance un appel aux dons de radios.

« On n’a plus de nouvelles de toi, tu nous manques », « as-tu bien reçu mes lettres ? ». Dès le début du confinement lié à l’épidémie de  Covid-19, l’émission L'Autre parloir a pour les familles de détenus remplacé les visites à la maison d’arrêt de Gradignan qui rassemble plus de 500 prisonniers, près de Bordeaux (Gironde). L’historique rendez-vous du mercredi soir, qui fêtera ses 40 ans l’an prochain, est alors devenu quotidien. Chaque soir, de 19 heures à 20 heures, huit animateurs bénévoles de la radio La Clé des ondes se sont relayés pour devenir « les porte-voix des familles dans l’incapacité de voir leurs proches ».

« Avec le confinement, les visites ont été suspendues et le lien a été rompu. C’est devenu très dur pour les détenus. C’était comme une double peine, se rappelle l’animateur Xavier Ridon. "L’Autre parloir" était un peu endormie depuis plus de cinq ans, notamment, depuis que les portables circulent en prison. Mais un collectif citoyen est venu nous réveiller et, face à la demande, nous sommes passés en version quotidienne. »

Plus de 400 détenus ne possèdent pas de radio

Avec le déconfinement, les parloirs n’ont pas complètement rouvert. Une seule visite par semaine et par détenu est autorisée, contre deux à trois en temps normal. Alors L’Autre parloir continuera d’émettre tous les mercredis soir, « jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre, voire après ». Et pour que chacun puisse écouter les dédicaces de la famille, la radio fait aujourd’hui un appel aux animateurs bénévoles et aux dons.

« L’attente reste forte chez les détenus mais certains n’ont pas de radio, explique Xavier Ridon. Une centaine en possèdent une, plus de 400 n’en ont pas et parmi eux, une bonne cinquantaine n’a pas du tout les moyens de s’en acheter. La prison a passé une commande, mais il y a un couac et elle n’arrive pas. » Celles et ceux qui veulent en offrir une aux détenus peuvent contacter La Clé des ondes par mail* ou sur sa page Facebook. « On trouvera un créneau et un lieu de rendez-vous pour récupérer le matériel », précise Xavier, qui ajoute que des magasins spécialisés ont proposé de donner un coup de pouce.

Libre antenne, l’information pratique et la revue de presse

Depuis le 17 mars, L’Autre parloir a reçu plus d’une centaine d’appels. Un record. Les mamans, les compagnes, les femmes ou les sœurs enregistrent des messages qui viennent du cœur, des appels qui réclament des nouvelles ou passent parfois en direct à l’antenne. Jeanne, 5 ans, a livré un « c’est quand que tu vas rentrer à la maison. On pourra aller au McDo. Je t’aime papa d’amour et à bientôt ». Un ancien détenu a, lui, pris le temps de délivrer ses astuces santé aux copains restés derrière les barreaux. « Son message était hyper vivant, plein d’humour, raconte Xavier. Il leur a dit de bien se nourrir et de bien se laver les mains. »

Coté administration pénitentiaire, André Varignon, le directeur, a informé les détenus sur l’existence de ce rendez-vous quotidien. Enfin, alors que la ligne du parloir téléphonique était saturée, il a demandé aux huit animateurs de diffuser le numéro de la seconde lancée durant le confinement. « Quant à nous, nous travaillons sur ces trois axes : la libre antenne, l’information pratique sur le milieu carcéral et la revue de presse d’actualité. En fonction de l’orientation de nos animateurs, la ligne éditoriale peut bouger », explique Xavier Ridon. Julia a communiqué sur la progression de l’épidémie ou les gestes barrières, quand Christophe, de l'Observatoire international des prisons, n’a pas hésité à communiquer sur les positions du ministère de la Justice.

Grâce à L’Autre parloir, un fiston resté en prison a pu enfin entendre à l’antenne tous les membres de sa grande famille lui dire « je t’aime ». Et celle de « la maison rose et de Macau » lâcher un « nous t’attendons même si c’est très long. Sois patient et garde confiance. On espère que tu pourras téléphoner prochainement. Ecris-nous et reviens-nous vite. Tu manques à tout le monde. »

* Pour écouter L’Autre Parloir, c’est les mercredis de 19 heures à 20h30 sur le 90.10 FM ou le site internet lacledesondes.fr. Pour diffuser des messages et dédicaces, c’est le 05.56.50.69.99 pour le direct et le 09.62.63.35.46 pour le répondeur et par les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram).