Coronavirus à Bordeaux : Des soignants reçoivent la médaille « Merci » de la Monnaie de Paris et estiment qu’elle « ne suffira pas »

RECOMPENSE La Monnaie de paris a remis officiellement les 1.000 premières frappes de la médaille « Merci » au CHU de Bordeaux

Marion Pignot

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Linda Gombeaud (ASH), Marie-Edith Lafon (virologue) et Elisabeth Chazal (infimière) ont reçu, vendredi 15 mai 2020, la médaille « Merci » de la Monnaie de Paris.
Linda Gombeaud (ASH), Marie-Edith Lafon (virologue) et Elisabeth Chazal (infimière) ont reçu, vendredi 15 mai 2020, la médaille « Merci » de la Monnaie de Paris. — Marion Pignot
  • Des personnels hospitaliers du CHU de Bordeaux ont reçu, ce vendredi, 23 médailles « Merci » parmi les 1.000 premières frappes offertes par la Monnaie de Paris à l’établissement de santé bordelais.
  • Cette médaille symbolique honore, selon le directeur du CHU de Bordeaux, les soignants qui ont su « faire preuve de réactivité, d’adaptabilité et de générosité durant cette crise épidémique » du Covid-19.
  • Virologues, médecins, infirmières ou pharmaciens présents ont accepté avec le sourire cette médaille et beaucoup d’entre eux espèrent qu’elle n’est que « le début d’une plus large reconnaissance ».

« Une médaille, ça met un peu de baume au cœur, mais ça ne suffira pas. » Ce jeudi, à l’hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux, 23 professionnels hospitaliers (infirmières, médecins, virologue, chirurgien en réanimation, etc.) ont reçu des mains de Marc Schwartz, PDG de la Monnaie de Paris, une pièce flanquée d’un beau « Merci »*. Souriants derrière leur masque, le Dr Olivier Guisset, responsable d'unité en réanimation, Frédérique Pribat, pharmacienne, Mathilde Puges médecin au service des maladies infectieuses ou Rudy Bouty, technicien hospitalier ont glissé dans leur poche la médaille qui « rend hommage aux femmes et aux hommes » qui ont su, selon Yann Bubien, directeur du CHU de Bordeaux, « faire preuve de réactivité, d’adaptabilité et de générosité durant cette crise épidémique ».

La Monnaie de Paris a remis les 1.000 premières frappes de sa médaille « Merci » aux personnels hospitaliers du CHU de Bordeaux.
La Monnaie de Paris a remis les 1.000 premières frappes de sa médaille « Merci » aux personnels hospitaliers du CHU de Bordeaux. - Marion Pignot

Hasard du calendrier, ce jour de remise de médaille est fixé alors que, sur les réseaux sociaux, les soignants dénoncent la « médaille de l’engagement » ressortie du placard par l’exécutif. Impossible alors, à Bordeaux, de ne pas poser la question au personnel souriant. Et pour beaucoup de « médaillés » la pièce en argent à un goût amer et ce « Merci » ne doit par faire office de solde de tout compte.

« C’est le début d’une plus large reconnaissance »

« Ça a été très dur mentalement, notre seul but était de tenir jusqu’au bout, alors oui, cette médaille ça met déjà un peu de baume au cœur, mais ça ne suffira pas », avance Linda Gombeaud, qui a fait une croix sur ses vacances et ses jours de repos depuis fin janvier et l’arrivée du premier cas de Covid-19 au CHU de Bordeaux. « Aujourd’hui, on souffle un peu, on retrouve un semblant de quotidien dans nos services respectifs, mais on sait que la lutte n’est pas finie. On peut encore être mobilisées et il faut se tenir prêtes. C’est usant moralement, poursuit l’agente des services hospitaliers de 27 ans. Cette médaille, c’est une première récompense, la preuve d’une prise de conscience. Mais on espère là aussi que ça n’est pas fini, que c’est le début d’une plus large reconnaissance. »

« Une reconnaissance qui devra passer par une revalorisation salariale », glisse doucement la Pr Marie-Edith Lafon. La cheffe de service en virologie au CHU Pellegrin sait qu’elle « fait partie des privilégies » de l’hôpital mais épouse la cause de ses jeunes consœurs. « Il a fallu être présente tout le temps, être prête à recevoir des informations différentes à chaque instant, restée connectée, se rappelle celle qui travaille au CHU girondin depuis plus de vingt ans. C’était une période unique mais qui va durer et le personnel hospitalier restera mobilisé alors cette médaille ne doit être qu’un premier pas. »

A ses côtés, Elisabeth Chazal, 22 ans. La jeune infirmière en soins généraux (IDE) était en stage en réanimation quand le Covid-19 est arrivé. A peine trois ans de métier derrière elle et elle se rend déjà « bien compte des risques qu’il faut prendre chaque jour et de l’investissement demandé ». « Je suis d’accord avec mes collègues, il faudra à l’hôpital bien plus qu’une médaille. Cette pièce est touchante, comme les applaudissements à 20 heures, mais il faudra que les remerciements ne transforment en actes », ajoute la jeune femme qui parle toutefois de « fierté » en regardant sa Monnaie de Paris. Sur le rond argenté, une femme médecin semble prendre les commandes, « comme souvent en coulisses pendant la crise », note Marie-Edith Lafon. Et ce sont ces milliers de femmes en premières lignes, au CHU de Bordeaux comme ailleurs en France, qu’a voulu honorer la Monnaie de Paris. Entourée d’un pompier et d’un éboueur, elle se tient face à des mains qui applaudissent.

« Cette polémique tombe mal parce que, vraiment, nous avons voulu marquer le coup et souligné le travail de nos soignants, ici, à Bordeaux, regrette Olivia Rufat, directrice des soins de santé. La proposition de la Monnaie de Paris était honnête et la pièce est vraiment chouette. D’autant qu’aujourd’hui, le CHU a fait en sorte de remercier toute la chaîne de l’effort, des personnels qui ont accueilli le premier cas de Covid-19 à Bordeaux à la restauration. » Ce mercredi, 23 personnels hospitaliers ont reçu ce « Merci », les 977 autres premières frappes seront bientôt remises à d’autres soignants du CHU de Bordeaux.

Il est également possible de soutenir la Fondation de France en achetant une médaille « merci » à 8 euros sur le site internet de la Monnaie de Paris. Six euros seront reversés à l’action « Tous unis contre le virus » qui vient en aide aux soignants et à la recherche.