Coronavirus en Gironde : « J’ai une chance énorme, quand ma carrière démarre enfin, le confinement arrive »

« ALLEZ CIAOOO » Confiné chez ses parents à Saint-Emilion, Maxime Gasteuil continue de poster ses vidéos hilarantes sur Instagram et participe au nouveau programme court de France 2 « Au secours, bonjour »

Propos recueillis par Marion Pignot

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Maxime Gasteuil a hâte de retrouver la scène après ce confinement dans le Bordelais.
Maxime Gasteuil a hâte de retrouver la scène après ce confinement dans le Bordelais. — Laura Gilli
  • L’humoriste Maxime Gasteuil, originaire de Gironde, est confiné chez ses parents à Saint-Emilion.
  • Le trentenaire continue de poster ses vidéos hilarantes sur Instagram et vient même de rejoindre l’équipe des stars d’Au secours, bonjour, la nouvelle capsule humoristique de France 2.
  • A 20 Minutes, il parle de son retour « à la vie d’ado » chez ses parents et de sa grande envie de remonter rapidement sur scène… en évitant de parler épidémie et confinement.

Sur scène, il parle à 100 à l’heure et carbure à la vanne Paris vs Province. Confiné chez ses parents à Saint-Emilion, Maxime Gasteuil continue de poster ses vidéos hilarantes sur Instagram et vient même de rejoindre l’équipe des stars de Au secours, bonjour , la nouvelle capsule humoristique de France 2. Entre deux passages de tracteur tondeuse et les boulgours préparés par la frangine, le trentenaire hyperactif, qui « sort d’avoir passé le rotofil », parle humour en temps de crise, projets post-11 mai, Parisiens sur le marché et bonnes nouvelles du confinement.

Comment se passe le confinement chez les parents ?

Honnêtement, c’est super bien. Quand j’ai vu que ce truc commençait à devenir sérieux, je suis descendu chez mes parents à Saint-Emilion. Comme mon travail, c’est beaucoup de concessions côté potes et famille, je me suis dit que c’était l’occasion de me rapprocher d’eux. Je suis content de vivre ça avec eux, de refaire le marché avec mon père. Je reprends ma vie d’ado à 32 ans avec mes parents et ma petite sœur qui a six ans de moins que moi et avec qui j’ai toujours vécu en décalé. Et puis, ils peuvent enfin voir un peu comment je bosse.

C’est quoi une journée de confinement à la Maxime Gasteuil ?

Au début, j’étais déréglé comme à Paris et puis j’ai repris le rythme de Saint-Emilion. Vin rouge et confit, c’est instinctif. Bon, je tente aussi les 30 minutes de sport le matin. J’ai trouvé une appli cool qui autorise les pauses, parce qu’on ne va pas se mentir, je ne suis pas un grand sportif. Et puis, il y a le jardinage, le bricolage et les vidéos à tourner pour Instagram et France 2. J’en fais quatre ou cinq par avance. J’écris, j’attends le retour de mon producteur, je tourne ma séquence et j’attends de nouveau un retour. Si c’est du génie, on arrête là. Sinon, on retravaille encore. Chaque vidéo me prend une heure ou deux heures. Après on se retrouve en famille pour dîner. Mes parents bossent beaucoup et se couchent tôt. Je les fais chier à gueuler dans le jardin jusqu’à une heure du matin.

Tu as développé des passions ?

J’ai pris goût au jardinage. J’ai l’impression d’avoir 63 ans, de boire du Ricqlés et de fumer des Gitane maïs en attendant 17h30 que le soleil se couche. Mais ma véritable nouvelle passion, c’est le tracteur tondeuse. Je suis à deux doigts d’aller acheter des clopes en tracteur tondeuse. Je suis tellement excité que je vais lui mettre des clignotants et le faire homologuer pour la route. Sinon, y’a un truc qui me fout les glandes, c’est le mec qui s’invente une vie de coach sportif pour faire des « like ». J’en peux plus. Le mec était plombier, il y a 20 jours et là, il est personal trainer. Non, tu arrêtes. Tu mens. Fais ton sport dans ton garage et tu fais chier personne.

Plutôt confits que jogging, alors ?

Les quinze premiers jours, j’ai bu mais j’ai bu. J’ai bien mangé aussi. On est des épicuriens dans la famille et on a tenté de mettre un pansement sur tout ça en buvant bien et en mangeant du bon. Là, on a repris un meilleur rythme. On mange des choses plus saines, genre des salades et des jus le matin. Je me sens vraiment en forme d’ailleurs. Ma sœur, qui a un côté « healthy » à finir dans le Marais, me pousse à manger du boulgour et des steaks de soja. J’en peux plus quand même.

Vous avez l’habitude de travailler en famille, avec les amis. Le moral, ça va ?

Mes deux producteurs, Benjamin et Magalie, sont des cousins. Je les ai au téléphone trois à quatre fois par jour. Pareil pour mon attachée de presse et mon metteur en scène, Edouard Pluvieux. On fait beaucoup de FaceTime, aussi. C’est un peu comme s’ils étaient là. Je ne suis pas un solitaire donc tout le monde commence à beaucoup me manquer. La scène me manque aussi. L’autre jour, je me disais que si on était condamnés à ne plus sortir, que si je ne pouvais plus monter sur scène, eh bien je me laisserais aller.

Apparemment la fin n’est pas au programme et vous bossez même pas mal pendant ce confinement…

C’est assez bizarre, car ce confinement, c’est un peu les bonnes nouvelles en série pour moi. Dès le début, Brut m’a contacté pour Au secours, bonjour. Je suis à côté de Marina Fois, François Berléand ou Manu Payet… c’est la folie. Et puis mes vidéos sur Instagram explosent. On a eu le temps de peaufiner un film et un livre qu’on a écrit avec mon équipe. Le film, c’est celui du spectacle qu’on aimerait appeler Quand il arrive en ville. C’est l’histoire d’un provincial coincé à Paris pendant le mois d’août et qui découvre les Parisiens. Le livre, c’est le guide du provincial qui débarque à Paris.

Toujours le duel Paris-Province. Vous pensez quoi des Parisiens qui sont venus se confiner sur le littoral aquitain ?

Ça me fait bien marrer. Je n’ai jamais tapé aussi juste avec mon sujet qu’en ce moment. Quand on arrive à Paris, on se fait traiter de bouseux. Eux, quand ils sont arrivés ici, ça a été la guerre. C’est un combat qui ne cessera jamais. Les Parisiens, tu les vois tout sourire sur le marché. Tu mets de la terre sur les légumes et des tomates à l’ancienne que tu leur vends huit fois le prix, et ça les fait rêver.

C’est difficile de faire rire en temps de crise ?

Ce qui marche depuis le début de ma carrière, c’est parler de la vie que j’ai menée en province. Donc, là, j’ai de quoi faire. Mon père est l’un de mes plus gros exemples, mon moteur. Comme il est là tous les jours avec moi, j’ai beaucoup de ressources. Et puis ma sœur m’a dit que je n’avais jamais été aussi drôle que pendant ce confinement… J’ai des soignants qui me disent aussi qu’ils prennent vingt minutes de pause pour rire en regardant mes vidéos. C’est là que je me dis que j’ai fait mon taf.

Et vous allez parler de coronavirus et de Covid-19 sur scène ?

On en dira ce qu’on en voudra, mais mon humour est très léger. Je fais ce que je sais faire et je n’ai pas envie d’aller sur des terrains que je ne connais pas. J’ai vu plein d’humoristes parler de la maladie, mais, moi, je ne la connais pas. Si tu regardes les infos, personne ne sait rien, alors je n’ai pas envie d’aller dire des conneries sur Instagram. J’ai fait une vidéo au début du confinement en blaguant sur le fait que ça allait durer quinze jours… et puis ça fait deux mois. La belle erreur.

Donc pas de sketch sur le confinement dans un prochain spectacle ?

Je crois que je n’aurais pas envie de parler d’actu aux gens qui viennent dans ma salle. Mon spectacle, j’ai envie que ça soit Disneyland, une soirée en boîte de nuit. J’ai envie qu’ils soient morts de rire et qu’ils veuillent aller boire des coups en repartant. J’ai envie qu’on continue de me dire à la fin : « j’ai envie d’aller faire la fête avec toi ». Moi, je veux que ma vie future se passe sur du Eiffel 65.

Vous avez donc hâte de remonter sur scène ?

On a commencé il y a plus de cinq ans dans des salles pour 20 personnes qui n’étaient pas remplies. Aujourd’hui, je remplis cinq soirs de suite le théâtre de la Tour Eiffel. Je fais des Zénith, l’Arkéa à Bordeaux… On était complet partout jusqu’à juillet. Bref, quand ma carrière démarre enfin, j’ai le confinement qui arrive. C’est super cool, tu vois, j’ai vraiment une chance énorme [rire]. Donc, oui, forcément, j’ai hâte parce que le rêve est inachevé.

Mais avant de remonter sur scène il y a le déconfinement le 11 mai, vous allez faire quoi ?

Déjà, le 12, je suis à l’hôpital parce que je fais un coma éthylique. Blague à part, tout le monde dit « le 11 on sort », mais comme le disait Macron, il va y avoir pas mal de paliers à suivre avant de vivre ça. Mais, dans l’idéal, le 11, je prends mes potes dans mes bras, je les touche, je leur parle. J’organise un putain de repas avec apéro et digestif, fois dix. Je vais me coucher à 10 heures du matin avec un Armagnac, toujours en train de refaire le monde.