Coronavirus en Gironde : Des vignerons misent sur le Web pour « faire sortir du vin » pendant le confinement

BY THE WEB En Gironde, des vignerons tentent de « faire sortir du vin » en misant sur le Web, alors que l’habituel réseau Cavistes-hôtellerie-restauration est plombé par le Covid-19

Marion Pignot

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Au Château Carbonneau, à Sainte-Foy-La-Grande (Gironde), la famille Franc de Ferrière a lancé sa boutique de vente de vin en ligne et envoie ses bouteilles aux confinés français, suisses ou Allemands.
Au Château Carbonneau, à Sainte-Foy-La-Grande (Gironde), la famille Franc de Ferrière a lancé sa boutique de vente de vin en ligne et envoie ses bouteilles aux confinés français, suisses ou Allemands. — Hugo Franc de Ferrière
  • Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les salons du vin ont été reportés ou annulés. L’export est en souffrance et les restos ont fermé leurs portes. Alors des vignerons misent sur le Web pour écouler leur production
  • En Gironde, certains répondent aux commandes de particuliers via Facebook, font des livraisons à domicile, proposent des coffrets pour « confinés » ou des délais de paiement rallongés, etc.
  • Exemple dans le Blayais et dans le Pays Foyen où Caroline Bourcier et Hugo Franc de Ferrière tentent de « limiter la casse » avec Instagram et une boutique en ligne.

Des mails à leurs clients fidèles, des commandes de particuliers via Facebook, des livraisons à domicile, des coffrets pour « confinés » ou des délais de paiement rallongés, etc. Depuis le 17 mars, et le début du confinement, les vignerons tentent de « faire sortir du vin » alors que les salons ou l’habituel réseau CHR (caviste, hôtellerie et restauration) est plombé par le Covid-19. En Gironde, beaucoup ont misé sur le Web et les réseaux sociaux, jusqu’à changer complètement leur façon d’écouler leur production, assure l’union des Côtes de Bordeaux. Exemples dans le Blayais et dans le Pays Foyen où Caroline Bourcier et Hugo Franc de Ferrière tentent de « limiter la casse » avec Instagram et une boutique en ligne.

Pour Hugo Franc de Ferrière, « chaque bouteille vendue en ligne est une façon de tenir un peu plus longtemps ». Face à la crise sanitaire, le vigneron trentenaire a dû « se montrer le plus réactif possible et tenter de pallier un minimum au manque à gagner ». Depuis janvier et le début de l’épidémie de Covid-19, le chiffre d’affaires du Château Carbonneau (Sainte-Foy-La-Grande) a « pris un sacré coup » alors que 70 % se faisaient à l’export (dans les pays anglophones). « Tout s’est arrêté d’un coup, mais la vigne, elle, ne s’arrête pas. Alors il faut bosser, payer nos employés ou les factures et cela, sans rentrée d’argent. Il fallait donc vite trouver un moyen de faire sortir du vin. Il a fallu se réinventer dès qu’on a vu que le prestataire de notre site internet proposait un module "boutique en ligne", on a testé », se rappelle Hugo, qui avec son frère Pierre et ses parents Wilfried et Jacquie travaillent 23 hectares de vignobles en Côte de Bordeaux.

« On vend autrement durant une période qu’on n’avait jamais vécue »

Sur le site internet de la propriété, il est désormais possible d’acheter des coffrets Rouge aux lèvres ou des bouteilles de Franc Touch, le vin familial qui joue sur le Cabernet Franc et le surnom des deux frangins. « Dès le 20 mars, on a essayé de proposer des choses sympas, de faire des promos, explique Hugo. On vend autrement durant une période qu’on n’avait jusqu’ici jamais vécue. On teste et on est plutôt contents parce que ça nous permet de limiter un peu la casse. » Les Franc de Ferrière ont livré une première vague de bouteilles sur la France et attaquent cette semaine « la seconde sur l’Europe ». Ce mercredi, dix cartons étaient prêts à partir pour l’Allemagne et quatre autres pour la Suisse.

Pas de chiffres à communiquer pour le moment, d’autant que la famille Franc de Ferrière sait que le bout du tunnel est encore loin. Parce qu’une fois les « clients historiques livrés » comment faire pour toucher au-delà des habitués ? « On a tenté d’élargir notre clientèle en faisant de la pub sur Google, mais ça n’a pas pris. Les acheteurs ont besoin de connaître le château, qu’il y a un fort sentiment d’appartenance lié au vin et à la propriété », assure Hugo qui réfléchit donc à d’autres moyens « de tenir sur la durée » et d’écouler son produit.

S’improviser « épiciers » et « être flexible »

En attendant de proposer du « porte-à-porte » ou de miser sur les marchés, les membres de la famille Franc de Ferrière s’improvisent « épiciers ». Exit les commandes par palettes qui partiront jusqu’au Canada ou en Nouvelle-Zélande, ceux qui font 90 % de vente en moins sur le réseau CHR emballent les bouteilles par six. « On a changé de transporteur qui était forcément dans du gros volume, on a misé sur des cartons plus résistants pour le transport de colis, explique Hugo. Il a vraiment fallu être réactif, flexible et changer notre façon de travailler. »

Même chose au Château Haut Bourcier, en Haute-Gironde. Ici, 60 % du chiffre d’affaires, « c’est les salons ». Dix ont été annulés depuis le début de l’épidémie de nouveau coronavirus. Alors Caroline Bourcier mise sur les réseaux sociaux pour booster ses ventes. Avec un petit succès, « pour le moment ». Tous les mardis, elle part faire ses tournées de livraison dans un rayon de 30 kilomètres autour de sa propriété de 50 hectares. Il y a deux jours, la vigneronne de 31 ans a écoulé jusqu’à 16 cartons, soit 950 euros de revenus. « C’est à peu près le montant de chacune de nos tournées. Mais comme la galère risque de durer, on est en train de voir comment s’organiser pour livrer plus loin », explique Caroline.

« Heureusement, pendant ce confinement, on aime bien manger et bien boire »

Jusqu’à Bayonne par exemple, là où les Internautes réclament de quoi tenir jusqu’au 11 mai. « Heureusement que pendant ce confinement, on aime bien manger et bien boire, sourit Caroline. Je ne sais pas comment les Français vont finir mais qu’ils continuent de consommer du vin, c’est bon pour nous. ». Dès le 17 mars, Caroline, mère de deux enfants, a commencé à stresser, s’est « demandé » comment le château familial allait « tenir » alors que les salons étaient annulés ou reportés et que le négoce souffrait.

Très active sur les réseaux, la trentenaire a alors abreuvé sa communauté d’images de vignes ou de chouettes bouteilles et réfléchi à des offres « spéciales confinement » pour « accompagner la mode des apéros visios ».

Et puis elle a repensé son « drive », pour que l’approvisionner au château respecte les règles sanitaires. « On n’a pas eu le choix. On ne pouvait pas mettre la vigne entre parenthèses et on a dû continuer à travailler avec une trésorerie qui s’essouffle, conclut Caroline, qui emploie cinq salariés. Faire de la route ce n’est pas dans nos habitudes, mais pour tenir sur la durée il faut se bouger. » Et la vigneronne de continuer de miser sur son réseau qu’elle active « par tous les moyens » : « Maintenant, on dit par mails, par SMS, sur Facebook et tous les autres réseaux possibles » que « boire un canon, c’est sauver un vigneron ».